Armes chimiques en Syrie: est-ce que les USA disent vrai?

La Maison Blanche a déclaré jeudi que le régime syrien avait eu recours à son stock d'armes chimiques. La commission des affaires étrangères à la Douma dément. Londres est sur la même longueur d'ondes que les USA.

AFP
Armes chimiques en Syrie: est-ce que les USA disent vrai?
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Les Etats-Unis ont inventé les informations selon lesquelles le régime de Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques contre les rebelles, a affirmé vendredi le chef de la commission des affaires étrangères à la Douma (chambre basse du Parlement russe).

"Les informations sur l'usage par Assad d'armes chimiques sont fabriquées au même endroit que le mensonge sur les armes de destruction massive de (Saddam) Hussein" en Irak, a écrit Alexeï Pouchkov sur son compte Twitter.

"Obama suit la même voie que George Bush", le précédent président américain qui avait lancé une opération militaire en Irak en 2003, a-t-il ajouté.

La Maison Blanche a déclaré jeudi que le régime syrien avait eu recours à son stock d'armes chimiques dans des attaques qui ont fait jusqu'à 150 morts, et affirmé que ce développement signifiait que des "lignes rouges" avaient été franchies.

Selon le renseignement américain, des armes chimiques, dont du gaz sarin, auraient été employées à échelle réduite contre l'opposition à de multiples reprises dans l'année écoulée.

"Quel intérêt aurait Assad à utiliser en quantité réduite du gaz sarin contre les rebelles? Pourquoi? Pour donner un prétexte à une ingérence extérieure? Ce n'est pas logique", a encore écrit M. Pouchkov, qui est membre du parti au pouvoir Russie unie.

Londres "partage l'analyse" des USA

Londres "partage l'analyse" des Etats-Unis sur l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien, a déclaré vendredi le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague, soulignant que le prochain sommet du G8 débattrait de "la réponse forte et déterminée" à apporter. "Nous partageons l'analyse américaine sur le fait que des armes chimiques, dont du gaz sarin, ont été utilisées en Syrie par le régime d'Assad", a indiqué le ministre dans un communiqué.

"Comme je l'ai dit à Washington mercredi, la crise (syrienne) demande une réponse forte, déterminée et coordonnée de la part de la communauté internationale", a poursuivi M. Hague. "Nous devons nous préparer à faire plus pour sauver des vies, pour pousser le régime d'Assad à négocier sérieusement, pour prévenir le développement de l'extrémisme et pour empêcher le régime d'utiliser des armes chimiques contre son peuple".

"Nous allons discuter urgemment de cette réponse avec les Etats-Unis, la France et d'autres pays, notamment lors du G8" convoqué lundi et mardi en Ulster, a ajouté le chef de la diplomatie britannique.

Washington a annoncé un soutien militaire aux rebelles syriens, sans préciser sa nature. La question syrienne sera l'un des principaux sujets au menu des dirigeants du G8.

Paris et Londres ont poussé l'Union européenne à lever son embargo sur la livraison d'armes aux rebelles. Mais M. Cameron a affirmé dernièrement que Londres n'avait pas encore pris de décision sur la fourniture éventuelle d'armements à l'opposition syrienne.

Damas accuse Washington de "mensonges"

Le régime syrien a qualifié vendredi de "mensonges" les accusations des Etats-Unis sur un recours par ses troupes à des armes chimiques dans sa guerre contre les rebelles, selon l'agence officielle Sana. "La Maison Blanche a fait publier un communiqué truffé de mensonges sur le recours aux armes chimiques en Syrie, en se basant sur des informations fabriquées à travers lesquelles elle a tenté de faire assumer au gouvernement syrien la responsabilité d'un tel usage", a indiqué un responsable des Affaires étrangères.

D'après lui, ces accusations interviennent "après des rapports affirmant que les groupes terroristes armés actifs en Syrie (rebelles, ndlr) sont en possession d'armes chimiques mortelles et de la technologie nécessaire pour leur fabrication".

Les Etats-Unis ont durci leur position face au régime en Syrie en l'accusant pour la première fois clairement d'avoir eu recours aux armes chimiques dans sa guerre contre les rebelles et en promettant une aide militaire aux insurgés. Le responsable syrien s'en est pris également à cette décision. "La décision américaine d'armer les groupes terroristes armés démontre (...) l'implication directe des Etats-Unis dans le bain de sang syrien", a-t-il dit.

"Cela pose des questions sérieuses concernant leur bonne foi à contribuer à trouver une solution politique à la crise en Syrie", a ajouté le responsable, en référence aux efforts de Washington et de Moscou d'organiser une conférence de paix internationale entre régime et rebelles.

L'UE juge encore plus urgent l'envoi d'une mission de l'ONU en Syrie

L'annonce par les Etats-Unis que le régime syrien avait eu recours à son stock d'armes chimiques rend "encore plus important" l'envoi d'une mission de vérification de l'ONU dans ce pays, a déclaré vendredi un porte-parole de l'Union européenne. "Nous avons pris connaissance avec une grande préoccupation du communiqué des Etats-Unis (...) Ce constat, qui s'ajoute à d'autres, rend encore plus important le déploiement d'une mission de vérification de l'ONU en Syrie pour enquêter sur ces allégations sur le terrain", a ajouté Michael Mann, le porte-parole de Catherine Ashton, chef de la diplomatie de l'UE, devant la presse.

"Dans le même temps, de tels développements renforcent l'importance d'une solution politique à la crise et devraient, nous l'espérons, accélérer les efforts de la communauté internationale" pour la trouver, a précisé le porte-parole. La Maison Blanche a déclaré jeudi que le régime syrien avait eu recours à des armes chimiques, dont du gaz sarin, lors d'attaques qui ont fait jusqu'à 150 morts et a affirmé que ce développement signifiait que des "lignes rouges" avaient été franchies. Ces accusations ont été rejetées par Damas et Moscou.

Un haut responsable de l'UE a souligné que le communiqué de Washington avait été "soigneusement formulé" et ne précisait pas la nature du soutien militaire que les Etats-Unis envisageaient d'apporter aux rebelles. Le Royaume Uni et la France ont poussé l'Union européenne à lever son embargo sur la livraison d'armes à l'opposition modérée, mais aucun envoi n'est prévu avant le début août.

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