Comment "Big Brother" veille sur la ville de Rio

Big Brother is watching you. Pour les cariocas, la célèbre phrase du roman de George Orwell est plus que jamais d'actualité.

Elodie Guignard, correspondante à Rio
Comment "Big Brother" veille sur la ville de Rio
©Reporters

A l’entrée d’un immeuble ultramoderne et bien gardé du centre de Rio de Janeiro, se joue un étrange ballet d’individus en combinaisons blanches. Interdiction de leur parler ou de prendre leurs visages en photo. Car ces hommes et ces femmes voient au quotidien la "Ville Merveilleuse" comme personne d’autre. Ils sont les yeux de la ville et les petites mains du Centre des Opérations de Rio (COR).

Centre de haute technologie lancé en décembre 2010, la structure a pour mission de surveiller et d’aider à la gestion de la métropole. Le saint des saints ? La salle de contrôle, située au rez-de-chaussée.

Derrière un écran de 80 mètres carrés et une nuée d’ordinateurs, septante personnes veillent en continu sur la circulation, les transports en commun ou les conditions climatiques. Arrivent ici les images de plus de 900 caméras de surveillance disséminées dans les rues et points stratégiques de la ville. Mais aussi les données climatiques grâce à cent trente pluviomètres automatiques et à un radar météorologique dernier cri, d’une portée de plus de 200 km. Une aide précieuse dans une métropole régulièrement soumise à de fortes pluies, qui complexifient la circulation et entraînent parfois des inondations et des glissements de terrain. En cas de risque pour les habitants des favelas, l’alarme leur indiquant de quitter leur domicile peut être déclenchée de ce Centre des Opérations.

Les accidents

Au quotidien, le COR a aussi pour mission d’alerter les citoyens en temps réel, grâce aux réseaux sociaux, en cas d’accident ou de panne électrique par exemple.

Sur trois niveaux, ce sont au total, quatre cents personnes qui y travaillent, dans une intégration presque unique au monde. On trouve ici aussi bien des employés-relais des compagnies d’eau, de gaz et d’électricité, des entreprises de bus et du métro que des représentants de la police militaire, des pompiers et même de la défense civile.

Certains critiquent une structure à la pointe de la technologie, alors que, sur le terrain, les agents de la circulation semblent parfois manquer de formation.

Le Centre des opérations semble tout de même un outil essentiel pour les autorités locales à l’heure d’accueillir les plus grands événements planétaires.

Prêt pour accueillir les JMJ

Rio présente en effet un agenda des plus conséquents : finale de la Coupe des Confédérations ce dimanche, visite du Pape lors des Journées mondiales de la jeunesse (23-28 juillet), la coupe du monde de football 2014, puis les Jeux olympiques de 2016.

Signe de l’importance du dispositif : des membres du FBI avaient pris place au Centre des Opérations lors de la visite du président Barack Obama à Rio, en mars 2011.

Pour celle du pape François à l’occasion des JMJ, fin juillet, tous les détails n’ont pas encore été rendus publics mais des membres des services de sécurité du souverain pontife devraient également opérer d’ici. "Notre plus grand défi sera les JMJ, car on ne sait pas avec certitude combien de personnes vont venir. Pour les rassemblements prévus en présence du Pape sur la plage de Copacabana, on peut aussi bien voir arriver cinq cent mille qu’un million et demi de personnes. Pour un match de foot au Maracanã, on connaît la capacité du stade; mais là, il n’y a pas de billet à acheter…", explique Pedro Junqueira, le directeur général du COR.

En cas de situation d’urgence, la salle de crise et son dispositif de téléconférence permettent d’organiser des réunions entre le Centre des Opérations, la résidence du maire de Rio, Eduardo Paes, et les locaux de la défense civile.

La sécurité, mise en cause lors des récentes manifestations, n’est pas du ressort de la municipalité mais du gouvernement de l’État de Rio. Lequel a accès aux images qui arrivent au Centre des Opérations.

Tout juste signale-t-on, ici, la forme inédite d’un mouvement sans chef qui mobilise uniquement par les réseaux sociaux. Sans que le Centre des Opérations n’ait reçu, jusqu’à ce jour, de quelconque avis d’organisation de rassemblement !