Belgrade va entamer des pourparlers d’adhésion à l’UE

La Croatie entre, la Serbie va négocier, le Kosovo se rapproche.

Belgrade va entamer des pourparlers d’adhésion à l’UE
©AFP Internet
Christophe Lamfalussy

Les chefs d’Etats et de gouvernements européens ont décidé vendredi à Bruxelles d’entamer avec Belgrade, au plus tard en janvier 2014, des négociations qui ouvrent la voie à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne (UE).

L’ouverture de ces négociations n’entraîne pas automatiquement l’adhésion du pays. Elles peuvent durer longtemps (huit ans, par exemple, avec la Croatie). Mais elles permettent au pays de rapprocher sa législation, chapitre par chapitre, à celle de l’UE.

Au sommet de Thessalonique en 2003, les Européens avaient promis d’intégrer les pays des Balkans au cas par cas, selon leur évolution.

Mais la décision de vendredi fait partie d’un "paquet" dont les Européens ont le secret. Car parallèlement à la décision sur la Serbie, ils ont promis d’entamer des négociations avec le Kosovo pour un accord de stabilisation et d’association. Et passé minuit, ce dimanche, la Croatie entre dans l’Union. " Si nous n’avions pas fait des progrès dans le dialogue avec Pristina, nous aurions pu faire des réformes spectaculaires en Serbie que personne ne s’en serait soucié ", a dit jeudi le Premier ministre serbe Ivica Dacic. La normalisation des relations avec le Kosovo, dont l’indépendance n’est toujours pas reconnue par Belgrade et cinq pays de l’Union, était de fait au cœur des préoccupations des Européens. Ceux-ci étaient échaudés par l’expérience de Chypre, entrée dans l’Union sans avoir réglé son différend territorial.

Signes de détente

Belgrade et Pristina ont signé un préaccord à l’arraché le 19 avril dernier qui doit normaliser leurs relations, notamment sur le plan de la justice et de la police. Depuis, l’ambiance se détend. Un commissaire en chef de police serbe a été nommé à Mitrovica, dans la partie nord habitée par les Serbes. Pour la première fois depuis l’indépendance du Kosovo en 2008, une ministre kosovare s’est rendue à Belgrade, le 21 juin. " J’espère que ma génération sera la toute dernière à avoir grandi dans la peur de Belgrade", a dit Vlora Citaku, 32 ans, ministre de l’Intégration européenne, dans un rappel des guerres qui ont accompagné la désintégration de l’ex-Yougoslavie, de 1991 à 2001.

Le Bundestag, en mandatant son gouvernement, a clairement balisé jeudi la décision sur la Serbie. Il demande le démantèlement complet des structures serbes parallèles et un examen attentif des paiements faits par Belgrade à la minorité serbe du Kosovo.

L’accord entre la Serbie et le Kosovo a été ratifié jeudi par le Parlement kosovar. Non sans mal. Le leader du mouvement Autodétermination, Albin Kurti, a tenté avec ses militants et élus de bloquer le vote du Parlement. Ses militants ont aussi empêché l’ambassadrice américaine au Kosovo, Tracey Ann Jacobson, de pénétrer dans le bâtiment (elle y est entrée à la troisième tentative), suscitant de fortes condamnations et un communiqué américain dénonçant les "tactiques violentes " de Vetevendosje.

La Croatie a été en guerre avec la Serbie entre 1991 et 1995. Le Kosovo a fait l’objet d’une intervention de l’Otan en 1999. Un grand pas a été fait à Bruxelles pour tourner, pacifiquement, la page.

Ch. Ly.

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