Tapie à Pujadas: "Vous vous foutez de ma gueule?"

Un 'moment de télé', Bernard Tapie était l'invité du 20H de France 2. Une première sortie après 96 heures de garde à vue dans le cadre de sa mise en examen pour escroquerie en bande organisée au sujet de l'arbitrage Adidas. Et Tapie était visiblement très remonté lors d'un entretien que les téléspectateurs ne seront pas près d'oublier.

Rédaction en ligne (avec AFP)
Tapie à Pujadas: "Vous vous foutez de ma gueule?"
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Bernard Tapie était l'invité du 20H de France 2. Une première sortie après 96 heures de garde à vue dans le cadre de sa mise en examen pour escroquerie en bande organisée. Et l'homme d'affaires était visiblement très remonté. L'entretien s'est rapidement transformé en un échange à couteaux tirés, avec son lot de jurons et d'attaques personnelles lancées par Bernard Tapie au journaliste. 

Quand Pujadas lui a demandé "comment il allait", il a confié que sa garde à vue de 96 heures "a été très longue, très difficile à vivre", ajoutant qu'elle a été pour autant moins difficile que "les cinq semaines que les médias [lui ont] fait vivre auparavant". Bernard Tapie se dit victime d'un acharnement médiatique de la part d'une "presse [qui]dit tout faux". "Arrêtez de lire les coupures de presse", a -t-il adressé plusieurs fois à David Pujadas, avec une réplique inoubliable: "Si vous m'avez invité pour lire les journaux, je vous laisse tout seul avec vos journaux!".

Le journaliste, qui maîtrisait l'affaire dans les détails, a plusieurs fois tenté de revenir sur le fond du dossier. Pour Bernard Tapie, c'est l'ancien chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, qui est visé "dans les faits" par l'enquête sur la sentence arbitrale dont il a bénéficié sur la vente d'Adidas. "On a essayé de l'accrocher. C'est lui qu'on visait dans les faits", a-t-il affirmé.

Qui a décidé de l'arbitrage?

A la question de savoir qui avait pris la décision, Bernard Tapie a répondu: "Mme Lagarde", ministre de l'Economie de l'époque. "Il n'est pas pensable, aucunement, que (Nicolas Sarkozy) n'ait pas donné son feu vert. Il a forcément donné son feu vert mais entre donner son feu vert et donnez son accord...", a encore dit Bernard Tapie.

Interrogé sur ses liens avec l'un des arbitres, Pierre Estoup, également mis en examen pour "escroquerie en bande organisée", M. Tapie a soutenu qu'il ne le connaissait pas, donnant comme preuve le fait d'avoir écrit Estoupe et non Estoup dans la dédicace d'un livre qu'il lui avait adressé. "Seriez-vous prêt à rembourser", lui demande Pujadas. Bernard Tapie répond alors par l'affirmative, avant de s'énerver à nouveau. "La presse dit tout faux", dit-il, "C'est un complot".

«Pourquoi vous vous sentez vous persécuté ?», interroge Pujadas. «Vous vous foutez de ma gueule», a alors lancé M. Tapie à plusieurs reprises. Et d'ajouter: "Je vais vous l'expliquer, c'est très simple. Le soir de la victoire de la Coupe du monde de foot (par la France en 1998), qui a été gagnée par une équipe dans laquelle il y avait plus de la moitié qui était des Marseillais, j'ai essayé d'avoir une invitation pour la finale (...) J'ai pas eu le droit à une invitation. Et Didier Deschamps, quand on lui remet le trophée, la première déclaration il dit 'cette Coupe du monde on la doit à Bernard Tapie'. Il y a deux France, Monsieur, celle de ceux qui ont le droit, et celle de ceux qui n'ont pas le droit".

Les juges d'instruction chargés de l'enquête soupçonnent l'arbitrage, grâce auquel M. Tapie s'était vu octroyer 403 millions d'euros pour solder le litige sur la vente d'Adidas, d'avoir été truqué au profit de l'homme d'affaires de 70 ans.

Ils ont mis en examen cinq personnes, autant de profils différents impliqués dans ce qu'ils interprètent comme une "escroquerie en bande organisée".
Outre M. Tapie et son avocat Maurice Lantourne, sont poursuivis un des trois arbitres, Pierre Estoup, l'ex-président du Consortium de réalisations (CDR, organisme sous tutelle de l'Etat chargé du passif du Crédit Lyonnais) Jean-François Rocchi, et Stéphane Richard, l'ex-directeur de cabinet de l'ancienne ministre de l'Economie Christine Lagarde.

La patronne du Fonds monétaire international (FMI) a échappé fin mai à une mise en examen, en sortant avec le statut de témoin assisté de son audition par le Cour de justice de la République (CJR).


Moscovici: la thèse du complot est "absurde" 

Le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, a qualifié mardi d'"absurde" la thèse du complot avancé lundi soir par Bernard Tapie. 

 "La thèse du complot est une thèse absurde", a réagi le ministre sur BFMTV. "Nous avons suggéré au juge de prendre les mesures conservatoires qui permettraient d'assurer la réparation des préjudices", a affirmé M. Moscovici, observant qu'un "certain nombre de faits laisse à penser qu'il y a pu y avoir eu fraude". 

Cela permettrait, selon le ministre, que "s'il devait y avoir un recours et la nécessite de rembourser, de s'assurer que ces sommes sont disponibles". "N'en déplaise à M. Tapie, dans ce gouvernement nous avons une règle c'est de respecter l'indépendance de la justice et de veiller à la protection des intérêts patrimoniaux de l'Etat", a souligné M. Moscovici. 


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