France: Delphine Batho, ministre limogée, fait les frais de la rigueur budgétaire

Le président français a mis fin mardi aux fonctions de la ministre PS de l'Écologie, qui contestait les coupes prévues par le budget 2014 pour son ministère, congédiant pour la première fois un membre du gouvernement pour manque de solidarité. Une éviction qui a provoqué une crise chez les écologistes.

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France: Delphine Batho, ministre limogée, fait les frais de la rigueur budgétaire
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Le président français, François Hollande, a mis fin mardi aux fonctions de la ministre PS de l'Écologie, Delphine Batho, qui contestait les coupes prévues par le budget 2014 pour son ministère, congédiant pour la première fois un membre du gouvernement pour manque de solidarité.

Une éviction qui a provoqué une bronca chez les écologistes qui devaient se réunir dans la soirée pour "analyser la situation politique".

Le communiqué de l'Elysée est tombé à peine une petite heure après l'explication qu'avait eue, en milieu d'après-midi, la ministre avec le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à Matignon, où elle avait été convoquée.

Moins de dix heures après avoir qualifié sur RTL de "mauvais" son budget 2014, dont les crédits devraient baisser de 7%, Mme Batho a vu le président mettre fin à ses fonctions et nommer immédiatement son successeur, Philippe Martin.

Comme ils avaient annoncé de façon inédite la convocation de Mme Batho par M. Ayrault avec un simple tweet, Matignon a ensuite utilisé un tweet pour entériner ce limogeage.

Une décision Inédite dans le quinquennat d'Hollande

Mis à part le cas de la démission de l'ex-ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, en mars, c'est la première fois sous le quinquennat Hollande qu'un membre du gouvernement est démissionné pour avoir tenu des propos critiques vis-à-vis du gouvernement.

Aucun autre ministre n'a été rappelé à l'ordre publiquement par M. Ayrault. Pas même ceux qui avaient, à mi mots, réclamé un changement d'orientation de la politique suivie, comme Arnaud Montebourg (Redressement productif), Benoît Hamon (économie solidaire) ou l'écologiste Cécile Duflot (Logement). Vincent Peillon (Education) ou Nicole Bricq (Commerce extérieur) ont eu également des paroles jugées trop intempestives par l'exécutif sans que rien ne se passe, du moins publiquement.

Logique pour les uns, choquant pour les Verts

"C'est la question de la cohérence de la politique gouvernementale qui a été posée", a écrit sur twitter Laurent Fabius (Affaires étrangères)

"Toucher au budget, c'est la ligne rouge qu'il ne faut pas franchir", a souligné auprès de l'AFP une source gouvernementale.

Selon le porte-parole d'une ONG qui ne souhaitait pas être cité, Jean-Marc Ayrault était furieux parce que Mme Batho n'avait jamais exprimé de désaccord lors des arbitrages.

Selon une autre source gouvernementale, on estimait, avant son limogeage, que Mme Batho "n'avait pas maîtrisé le curseur, le rapport de force" et risquait, sans troupes, "de se retrouver bien seule" et même de "se lancer dans une traversée du désert qui ne se terminera jamais".

Début mai, après une multiplication de couacs, François Hollande avait prévenu, dans un entretien à Paris Match, que "personne n'(était) protégé dans le gouvernement" et que "personne n'a(vait) d'immunité".

Les écologistes ont réagi avec colère. Une "réunion de crise" d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a eu lieu mardi soir, avec leurs deux ministres, Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Développement), ainsi que Pascal Durand, secrétaire national du parti, et les responsables parlementaires.

Mais les deux ministres restent dans l'équipe Ayrault. "La question de la sortie du gouvernement a été évacuée assez vite", a déclaré devant la presse Barbara Pompili, co-présidente du groupe des députés EELV en sortant de la réunion au ministère de Mme Duflot.

"On attend notamment de rencontrer Jean-Marc Ayrault (...) On a besoin d'avoir des éléments qui nous rassurent sur ce que veut faire ce gouvernement par rapport à l'écologie", a expliqué Mme Pompili.

Le limogeage de Delphine Batho ne devrait pas arranger les relations entre le PS et les écolos, alors que François Hollande prône des listes d'union de la gauche aux municipales de 2014.

Le nouveau ministre, Philippe Martin, 59 ans, est membre de la commission du Développement durable à l'Assemblée et considéré comme un bon spécialiste des questions d'environnement. C'est un "opposant aux OGM et partisan de la fiscalité écologique", selon Pascal Canfin.

Sa nomination à la place d'une femme fait que le gouvernement n'est désormais plus paritaire: il compte 19 hommes et 18 femmes. Il ne l'était déjà plus avec le départ de M. Cahuzac, mais en sens inverse, (19 femmes et 18 hommes).

Philippe Martin est le troisième ministre de l'Ecologie en un an. Nicole Bricq a occupé ce poste au tout début du quinquennat avant d'être priée de prendre le portefeuille du Commerce extérieur en juin 2012.

A l'UMP, on approuvait la décision de François Hollande, jugeant, à l'instar de Gilles Carrez, président de la commission des Finances de l'Assemblée, "invraisemblable" qu'une ministre refuse publiquement les arbitrages budgétaires.

Pour réduire le déficit structurel (hors effets de la conjoncture) d'un point de PIB en 2014, le gouvernement entend concentrer les efforts à 70% sur les dépenses (13 à 14 milliards d'euros) et à 30% sur les recettes (six milliards), via des hausses d'impôts, en plus de six milliards de prélèvements pour compenser des rentrées fiscales moindres que prévu ou non renouvelées.

Compte tenu de l'ampleur des économies à faire, le dossier est explosif politiquement pour l'exécutif, au point que François Hollande surveille de très près l'élaboration du projet de loi de finances 2014.

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