Crise politique: Juncker tombe à Luxembourg

On croyait Jean-Claude Juncker inamovible. Ébranlé par un scandale lié aux agissements des services secrets grand-ducaux, le Premier ministre luxembourgeois depuis 18 ans a démissionné mercredi soir. Face à la Chambre, il avait admis des "erreurs" mais refusé d'endosser la responsabilité de ces dérives.

Crise politique: Juncker tombe à Luxembourg
©AP
Sébastien Lambotte , correspondant au Luxembourg

Le grand-duché de Luxembourg traverse une crise politique sans précédent. Hier, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, devait répondre de sa responsabilité dans les dysfonctionnements du Service de Renseignement de l’Etat luxembourgeois (SREL), dont il a la tutelle. C’est la tête du gouvernement luxembourgeois qui était en jeu, ni plus, ni moins. Elle est tombée. Jean-Claude Juncker et son parti ont été désavoués par l’ensemble des groupes composant l’assemblée parlementaire. Dans ce pays qui a fait de la stabilité politique un de ses principaux arguments pour attirer les entreprises sur son territoire, cette crise interne fait mauvais genre. Jean-Claude Juncker a annoncé, après de longs débats à la Chambre des députés, prenant acte des positions des divers partis en présence, qu’il proposera, “ce jeudi matin au Grand-Duc la dissolution de la Chambre et la tenue d’élections anticipées”.

Qu’un gouvernement tombe au Grand-Duché, c’est une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Les débats furent longs, toutefois, à la Chambre des députés, ce mercredi. Suite à plusieurs scandales liés à de l’espionnage politique interne, des écoutes illégales et de nombreux autres éléments inconvenants perpétrés par des services secrets fonctionnant vraisemblablement en dehors de tout contrôle, une commission d’enquête parlementaire mise en place pour faire la lumière sur ces affaires a rendu un rapport accablant pour le Premier ministre luxembourgeois. La responsabilité de Jean-Claude Juncker par rapport à cette débâcle y est engagée. Il devait donc en répondre devant les députés luxembourgeois. “Je n’assumerai aucune responsabilité personnelle”, a-t-il conclu à l’issue de son discours de deux heures au cœur duquel il s’est défendu point par point, reconnaissant tout au plus quelques menues erreurs et précisant, en substance, ne pas avoir été mis au courant des actions menées en sous-marin par les services secrets. Jean-Claude Juncker n’a pas convaincu les membres de la minorité. Restait son partenaire de coalition, le parti socialiste luxembourgeois (LSAP) pour sauver sa tête. “Pour nous, il y a une responsabilité politique car il y a eu des négligences”, a commenté Alex Brody, président du LSAP. “Quelqu’un doit assumer et, pour nous, c’est à M. Juncker de porter la responsabilité politique.

Désavoué, la majorité ayant éclaté, le Premier ministre n’a pas eu d’autre choix que de rendre les armes. Le LSAP demandait au Premier ministre d’assumer ses responsabilités ainsi que… des élections anticipées. Ils ont eu raison de lui. Ces élections anticipées devraient être organisées dans les trois mois qui suivront l’officialisation par le Grand-Duc de la dissolution de la Chambre. Et Jean-Claude Juncker, plus que vraisemblablement, sera candidat à sa succession.


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