Portrait: un Européen très convaincu

Depuis dix-huit ans qu’il occupe le haut des affiches politiques luxembourgeoise et européenne, on en avait presque oublié qu’il y eut un "avant Jean-Claude Juncker". Et à peine envisagé qu’il y aurait un "après".

Portrait: un Européen très convaincu
©Belga
Portrait Olivier le Bussy

Depuis dix-huit ans qu’il occupe le haut des affiches politiques luxembourgeoise et européenne, on en avait presque oublié qu’il y eut un "avant Jean-Claude Juncker". Et à peine envisagé qu’il y aurait un "après". C’est que le social (très)-chrétien a aligné les records de longévité : présent au gouvernement sans discontinuer depuis 30 ans (il fut nommé secrétaire d’Etat au Travail et à la Sécurité sociale en 1982), il occupe le poste de Premier ministre du Grand-Duché depuis le 20 janvier 1995, date à laquelle il succéda à Jacques Santer. Il est, de ce fait, le doyen du Conseil européen qu’il intégra à une époque où Mitterrand, Kohl et Dehaene en faisaient partie. Mais encore : celui qui combina jusqu’en 2009 les tâches de Premier et de ministre des Finances fut aussi président au long cours de l’Eurogroupe, de sa création en 2005 à janvier 2013.

Est-il nécessaire de préciser que Jean-Claude Juncker est un partisan convaincu de la construction européenne ? En 2011, il déclarait à "La Libre" que si les politiques actuels "ne retrouvent pas l’enthousiasme et la ferveur des pères fondateurs (de l’Europe), i ls manqueront à leur devoir et cela s’avérera être une lourde faute historique". L’idéalisme à la Verhofstadt, très peu pour lui, cependant : le roué Juncker privilégie le pragmatisme. Il est d’ailleurs longtemps apparu comme étant l’homme de la synthèse entre Paris et Berlin. "Quand je veux parler en français, je pense en allemand, quand je veux parler allemand, je pense en français, et au final je suis incompréhensible dans toutes les langues", ironisa-t-il un jour. A la vérité, il manie l’une et l’autre, ainsi que l’anglais, avec aisance, les saupoudrant de son inimitable accent luxembourgeois.

Sa personnalité, sa longévité et sa capacité à faciliter le consensus ont conféré à son pays au sein de l’Union un poids sans rapport avec ses dimensions. Même si, au Grand-Duché, il lui a été reproché d’être trop accaparé par l’Europe. L’humour, le sens aigu de la formule et le franc-parler - bien qu’il ait un jour avoué qu’un politique doit savoir "mentir quand ça devient important" - de ce séducteur en ont fait le chouchou des correspondants européens : il a toujours quelque chose de percutant, de pertinent ou, à défaut, d’amusant à dire.

L’étoile du sage européen a pâli

A l’aune d’un tel parcours, on le qualifie souvent de "dinosaure", oubliant qu’il n’a jamais que 58 ans. Il est né le 9 décembre 1954 à Redange-sur-Attert, à un pas de la Belgique où il suivit l’enseignement secondaire des Pères du Sacré-Cœur, avant de décrocher une maîtrise en droit à l’université de Strasbourg. Ce fumeur invétéré (qui ne veut pas être photographié la clope au bec "parce qu’alors, je reçois du courrier") est toutefois apparu fatigué et amer ces derniers temps.

En quatre ans, il s’est épuisé en d’interminables réunions de crise de la zone euro. Son aura européenne a pâli. Il se trouve bien seul pour défendre la méthode communautaire, déplorant, mezzo voce, le recours croissant à l’intergouvernementalisme. Sa relation avec Sarkozy était électrique; il cherche la bonne longueur d’ondes avec Merkel. Fin 2009, le couple franco-allemand de l’époque préféra pousser le Belge Van Rompuy sur le siège de président permanent du Conseil européen, qu’on pensait fait pour lui. L’a-t-il digéré ? Pas sûr. Sa cote avait perdu de sa valeur sur la place de Bruxelles. Elle vient de chuter à Luxembourg

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