Un train déraille près de Paris: Le temps des questions

Au moins six personnes ont perdu la vie dans le déraillement du train qui reliait Paris à Limoges vendredi soir. Les raisons de l'accident sont toujours inconnues. Et les hypothèses sont nombreuses.

AFP
Un train déraille près de Paris: Le temps des questions
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Au moins six personnes ont trouvé la mort vendredi dans le déraillement du train Paris-Limoges dans une gare au sud de Paris, une catastrophe ferroviaire comme la France n'en a plus connue depuis un quart de siècle et qui n'avait pas trouvé d'explication samedi matin.

Avec huit blessés graves et 22 plus légers, le dernier bilan donné dans la nuit reste provisoire. Selon un responsable des secours aucun enfant ne se trouvait parmi les personnes décédées recensées en milieu de soirée.

Les trois voitures qui se sont couchées - quatre ont déraillé - devaient être relevées samedi matin. Toute la nuit, les secouristes ont dû travailler sous la lumière de puissants projecteurs, à la recherche d'éventuelles victimes coincées dans la carcasse de wagons pulvérisés mais aussi des corps pris au piège de la tôle.

Le travail d'identification de ces corps promet d'être "très long", a prévenu vendredi soir le président français François Hollande, venu sur place.

Au lendemain du choc né des scènes d'horreur rapportées par les voyageurs et les témoins, vient le temps des questions après cet accident. Infrastructures défaillantes ou obsolescentes? Avaries du train au niveau de la roue ou de l'essieu? Défaut dans les voies ou dans l'aiguillage? Erreur humaine? Voire acte de malveillance?

"Aujourd'hui, il est impossible de donner une information" sur les causes de cet accident, a déclaré le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lui aussi venu sur les lieux de l'accident.

"On ne sait pas. Il est trop tôt pour le dire. Tout est possible mais rien n'est privilégié", répond dans la nuit le porte-parole du ministère de l'Intérieur Pierre-Henry Brandet. Il est "beaucoup trop tôt pour tirer quelques conclusions que ce soit", renchérit le patron de la compagnie ferroviaire SNCF, Guillaume Pepy, apparu très ému sur les lieux de la catastrophe.

Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a exclu une vitesse excessive, expliquant que le train était arrivé à 137 km/heure, soit sous la vitesse maximale autorisée (150 km/h). Avec 385 voyageurs, le train n'était a priori pas surchargé.

Des travaux ont été récemment menés "fin juin" à proximité immédiate de la catastrophe pour remédier à "un défaut majeur". Mais la SNCF a assuré qu'ils ne concernaient pas la voie où s'est produit l'accident.

Seule certitude: il s'est déroulé à hauteur d'un aiguillage, à 200 mètres en amont de la gare. Des voyageurs ont d'ailleurs expliqué avoir instinctivement pensé à un problème d'aiguillage. Mais une demi-heure avant la catastrophe, un autre train est passé au même endroit, sans qu'aucune anomalie ne soit relevée.

Et cet aiguillage a fait l'objet d'une tournée de surveillance le 4 juillet, selon la SNCF, qui n'a pour l'heure pas précisé à quand remontait la dernière inspection de la motrice et des voitures.

Le train, qui transportait environ 370 personnes entre Paris et Limoges (centre), s'est scindé en deux en arrivant à grande vitesse dans la gare, vers 15h15 GMT, en pleine heure de pointe en fin d'après-midi, selon une source policière.

"Une partie du train a continué à rouler, tandis qu'une autre s'est couchée sur le flanc sur le quai", a-t-on indiqué de même source.

Tous les témoins se sont accordés pour décrire la violence inouïe de la catastrophe qui s'est déroulée sur "plusieurs centaines de mètres". Des morceaux de ballast ont été retrouvés dans la ville, à plusieurs centaines de mètres.

Des voyageurs et des témoins ont décrit vendredi soir des scènes d'horreur.

"J'ai vu beaucoup de blessés, des femmes des enfants bloqués à l'intérieur. J'ai tremblé comme un gosse. Les gens criaient. Un homme avait le visage en sang", a témoigné par téléphone à l'AFP Vianey Kalisa, un chômeur de 30 ans qui attendait son train en gare de Brétigny pour rentrer à Paris.

Un passager, Marc Cheutin, 57 ans, a expliqué à l'AFP avoir dû "enjamber une personne décapitée" pour sortir du wagon dans lequel il se trouvait.

"Peu après le départ, on a ressenti un premier choc, la voiture dans laquelle je me trouvais - la troisième ou la quatrième, je ne sais plus - a été ébranlée", a-t-il raconté par téléphone à l'AFP.

Mais le bilan aurait pu être encore plus lourd, une collision avec un train ayant été évitée grâce au sang-froid des cheminots, selon Guillaume Pepy. Le conducteur du train a eu le réflexe de déclencher toutes les alarmes qui ont entraîné l'arrêt de tous les trains dans la zone.

Quelque 300 pompiers, 20 équipes médicales et huit hélicoptères ont été mobilisés.

La circulation sur les grandes lignes ferroviaires a été coupée au départ et à l'arrivée de la gare d'Austerlitz à Paris dans la soirée, alors que ce vendredi était un jour de grand départ en vacances en France.

La gare de Brétigny-sur-Orge devrait restée fermée pour trois jours, selon les autorités.

Il s'agit de la catastrophe ferroviaire la plus grave depuis celle de la gare de Lyon qui avait fait 56 morts en 1988 à Paris.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a adressé vendredi soir un message au président François Hollande dans lequel il lui adresse ses "plus sincères condoléances et pensées attristées pour les familles des victimes".


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