Catastrophe ferroviaire: Une pièce de l'aiguillage à l'origine du drame

Selon la SNCF, une pièce défaillante de l'aiguillage aurait provoqué le déraillement du train à Brétigny-sur-Orge. Six personnes ont perdu la vie dans l'accident.

AFP
Catastrophe ferroviaire: Une pièce de l'aiguillage à l'origine du drame
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La défaillance d'une pièce d'un aiguillage était samedi la piste privilégiée pour expliquer le spectaculaire déraillement d'un train près de Paris qui a fait vendredi six morts, quatre hommes et deux femmes de 19 à 82 ans, et plusieurs blessés graves.

 A la mi-journée, même si elles restaient prudentes avant que les trois voitures du Paris-Limoges qui se sont couchées ne soient enlevées des voies de la gare de Brétigny-sur-Orge, les autorités laissaient entendre que le bilan pourrait ne plus beaucoup évoluer. Outre les décès -- quatre hommes et deux femmes de 19 à 82 ans-- neuf personnes sont gravement blessées, dont deux ont un pronostic vital engagé. Les autopsies, destinées à identifier les voyageurs tués, ont débuté samedi. En hommage aux victimes, une minute de silence a été observée à midi dans toutes les gares de France. 

Au lendemain du choc né de la vision des scènes d'horreur rapportées par les voyageurs et les témoins, vient le temps des premières explications de la compagnie nationale ferroviaire SNCF qui privilégie la thèse de la défaillance d'une pièce d'acier de dix kilogrammes dans le système d'aiguillage. "Cette éclisse", sorte d'agrafe qui relie deux rails, "s'est désolidarisée, elle s'est détachée, elle est sortie de son logement", a détaillé Pierre Izard, directeur général des infrastructures de la SNCF. 

Elle "est venue se loger au centre de l'aiguillage et à cet endroit elle a empêché le passage normal des roues du train et elle aurait provoqué le déraillement du train." Dès les instants qui ont suivi l'accident, des témoignages de voyageurs semblaient d'ailleurs mettre en cause l'aiguillage, situé à 200 mètres en amont de la gare. La SNCF a annoncé le contrôle des 5.000 pièces semblables de son réseau. "La désolidarisation de cette éclisse du rail est l'objet même" des enquêtes judiciaire et techniques en cours, a déclaré le patron de la SNCF Guillaume Pepy. 

Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a pointé l'obsolescence des infrastructures ferroviaires françaises : "Le constat est sévère avec une dégradation ces dernières années faute de moyens consacrés aux lignes classiques." "On a privilégié le TGV (train à grande vitesse, ndlr) au lieu de penser au réseau secondaire, les lignes qui rendent service", a de son côté accusé auprès de l'AFP le porte-parole de l'association des voyageurs-usagers du chemin de fer (Avuc), Willy Colin, fustigeant les "trains poubelles". Cet aiguillage a pourtant fait l'objet d'un contrôle de sécurité le 4 juillet, selon la SNCF. Et une demi-heure avant la catastrophe, un autre train est passé, sans qu'aucune anomalie ne soit relevée. Quant aux wagons et à la locomotive, ils étaient "à jour de toute vérification". 

Les autres pistes semblent s'éloigner, notamment celle d'une fragilisation de la structure liée à des travaux récents dans la zone et surtout celle de l'erreur humaine. Le train, qui transportait 385 voyageurs, roulait à 137 km/heure, soit sous les 150 km/h autorisés. Et M. Cuvillier a rendu hommage au conducteur, qui a déclenché "l'alerte immédiatement, ce qui a évité la collision avec un train qui venait dans le sens inverse et qui aurait à quelques secondes (près) percuté les voitures qui déraillaient". Tous, voyageurs rescapés comme témoins, s'accordaient à décrire la violence inouïe de la catastrophe qui s'est déroulée sur "plusieurs centaines de mètres". 

Des morceaux de ballast ont été retrouvés dans la ville, a raconté le maire de Brétigny, Bernard Decaux; le toit de la gare et un quai de béton ont été défoncés par le train, des voyageurs ont été éjectés, d'autres ont évoqué des "images de guerre", "un jeu de massacre", "un film catastrophe"... Cet accident est le plus grave en France depuis la collision en juin 2008 entre un train régional et un car scolaire à Allinges, dans le nord des Alpes, qui avait causé la mort de sept collégiens. 

La plus grave catastrophe ferroviaire de ces 25 dernières années avait eu lieu le 27 juin 1988, lorsque la collision de deux trains, gare de Lyon à Paris, avait fait 56 morts. 

Frédéric Cuvillier a par ailleurs dit n'avoir pas eu connaissance de "victimes dépouillées" après l'accident, comme ont fait état des rumeurs. Il a simplement parlé d'"une personne interpellée", pour "une tentative de vol de portable" sur un secouriste. Contacté par l'AFP, le sous-préfet de la zone, Ghyslain Chatel, a confirmé l'interpellation,et précisé qu'il n'y en avait pas eu d'autres.


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