"Charles ne passera pas son tour au profit de William"

L’arrivée du "Royal baby" ne modifie pas l’ordre de succession, selon Marc Roche, spécialiste de la monarchie britannique.

Stagiaire
"Charles ne passera pas son tour au profit de William"
©AFP

Au regard de l’actualité récente des maisons royales néerlandaise et belge, au vu de la frénésie suscitée par la naissance tant attendue du troisième héritier au trône d’Angleterre, les spéculations sur le monarque à venir outre-Manche vont bon train… La presse étrangère s’interroge : Elizabeth II pourrait-elle laisser son trône à Charles ? Ou - "mieux" , selon la presse people anglaise - au prince William ? Autant de questions qui, loin d’être dénuées d’intérêts, n’annoncent pourtant pas de réels changements au Royaume-Uni.

Et de fait, à la différence des monarchies belge ou néerlandaise - qui restent certes attachées aux us et coutumes de leur fonction mais admettent certaines adaptations au gré des évolutions de la société -, la monarchie anglaise n’envisage pas, ou du moins pas encore, l’assouplissement de ses fondamentaux. Parmi lesquels figurent notamment, l’ordre de succession au trône ou encore le caractère intangible du serment religieux dans lequel le souverain s’engage à servir son pays jusqu’à sa mort.

C’est pourquoi, selon Marc Roche, correspondant du quotidien "Le Monde" à Londres et auteur de nombreux ouvrages sur la famille royale britannique, l’ordre de succession est et restera intangible en Angleterre. La reine Elizabeth II, chef suprême de l’Eglise d’Angleterre, n’abdiquera jamais. Parce qu’elle considère que sa fonction de monarque, au-delà des prérogatives royales et du rôle constitutionnel et cérémoniel qui lui sont attachés, est éminemment consacrée par "un engagement religieux" qu’elle ne pourrait désavouer.

Le prince de Galles, Charles, héritier présomptif de la couronne depuis soixante et un ans, reste le premier dans l’ordre de succession et sera donc plus que probablement le prochain monarque.

Par ailleurs, ajoute Marc Roche, au-delà de la position de la famille Windsor, extrêmement conservatrice, il faut également percevoir que l’attachement à la famille royale, loin d’être affaibli, n’a jamais été aussi fort en Angleterre. Certes, "l’effet Kate et William" n’est pas étranger à ce phénomène mais il ne peut à lui seul expliquer cet attachement. "Les Anglais sont et restent très imbus de leur système monarchique qui incarne, selon eux, la plus vieille et la plus prestigieuse des monarchies européennes. Monarchie d’autant plus appréciée, qu’ils n’ont pas oublié les écueils de la République de Cromwell" , la période datant de 1649 à 1660 au cours de laquelle la monarchie fut abolie .

Charles l’innovateur

Là où des analystes observent une certaine désaffection pour le successeur légitime au trône et anticipent son retrait au profit de son fils William, l’essayiste fait part d’une tout autre analyse. Certes, les mésaventures amoureuses de Charles l’ont un temps désavoué aux yeux des Britanniques, mais son divorce avec Diana remonte à 1996 et les années de scandale sont désormais loin derrière lui. Depuis son mariage en secondes noces avec Camilla Parker Bowles, en 2005, le prince Charles s’est définitivement réconcilié avec l’opinion.

D’aucuns avancent que l’âge avancé de Charles pourrait, aux yeux des Anglais, le rendre illégitime en tant que futur souverain. Marc Roche pense au contraire que le Prince de Galles, traditionnel mais aussi et surtout - contrairement à la reine Elizabeth II et au prince William - foncièrement innovateur, ne pourra que séduire davantage le peuple britannique. "A l’encontre de l’opinion communément véhiculée, William ne serait pas forcément synonyme de modernisation et d’ouverture s’il venait à monter sur le trône. Elevé par sa grand-mère, il reproduirait plus que probablement un règne à l’image de cette dernière et prendrait appui sur les mêmes piliers, à savoir l’armée, la religion et l’aristocratie."

Déjà connu pour son engagement associatif au profit des déshérités et en faveur du développement durable, partisan invétéré de l’œcuménisme, philanthrope, Charles de Galles, s’il bouscule d’ores et déjà l’establishment des Windsor, promettrait, quant à lui, un règne propice au changement et à l’ouverture.

C.Mo. (st.)


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