L'UE veut jouer un "rôle de facilitateur" en Egypte

L'Union européenne a indiqué mardi vouloir "continuer à jouer un rôle de facilitateur", y compris en usant du levier financier, pour un retour à la démocratie en Egypte où se trouve actuellement sa chef de la diplomatie, Catherine Ashton.

AFP
L'UE veut jouer un "rôle de facilitateur" en Egypte
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L'Union européenne a indiqué mardi vouloir "continuer à jouer un rôle de facilitateur", y compris en usant du levier financier, pour un retour à la démocratie en Egypte où se trouve actuellement sa chef de la diplomatie, Catherine Ashton. "Nous avons déjà joué un rôle très important de facilitateur en Egypte et nous allons continuer", a déclaré le porte-parole de Mme Ashton, Michael Mann, lors d'un point de presse. L'UE "a un rôle important" car "c'est presque la seule organisation avec laquelle tout le monde veut discuter en Egypte", a-t-il souligné.

Il a précisé que Mme Ashton, qui a pu rencontrer dans la nuit l'ex-président islamiste Mohamed Morsi, gardé au secret par l'armée depuis près d'un mois, était "en contact permanent avec tous les gens qui comptent dans la région", y compris les Etats-Unis.

La responsable européenne s'est notamment "entretenu plusieurs fois" avec le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a précisé le porte-parole.

Il a toutefois nié que la diplomatie européenne intervienne en Egypte "sous pression d'un pays ou d'un autre".

Mme Ashton n'est pas allée en Egypte "avec un plan", mais elle "fait la navette entre les différentes parties" avec le message européen que "la violence doit s'arrêter" et qu'un retour à la démocratie doit être opéré "le plus vite possible", a-t-il expliqué.

L'UE peut dans ce cadre jouer du levier de son aide financière au pays, d'un montant global de 450 millions d'euros pour la période 2011-2013, a souligné M. Mann.

"Cela ne veut pas dire qu'il y a une pression directe" financière, "mais toute notre aide est conditionnelle et dans les derniers mois nous n'avons pas dépensé beaucoup car il n'y a pas eu assez de progrès dans la transition politique", a-t-il rappelé.

L'UE est aussi "prête à observer les élections" censées être prochainement organisées en Egypte, a ajouté le porte-parole.

Ashton assure que Morsi "va bien"

La chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton a affirmé mardi au Caire que l'ex-président Mohamed Morsi, gardé au secret par l'armée depuis près d'un mois, allait "bien" et avait "accès aux informations".

Mme Ashton a déclaré qu'elle était en Egypte pour "faciliter l'échange d'idées" entre les parties égyptiennes sur la manière de sortir du blocage politique actuel, même si elle n'était pas porteuse d'une initiative européenne particulière.

"M. Morsi va bien" et il a "accès aux informations", notamment via la télévision et les journaux, a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse après avoir rencontré durant la nuit l'ex-chef d'Etat islamiste sur son lieu de détention, toujours inconnu.

Mme Ashton s'est refusée à donner des détails sur la localisation de M. Morsi arrêté après sa destitution le 3 juillet par l'armée après des manifestations monstres réclamant son départ.

Il n'a officiellement reçu aucune visite jusqu'alors, sa famille s'étant plainte de n'avoir aucun accès à l'ex-président. Dans la nuit, Mme Ashton a pu se rendre, à bord d'un hélicoptère militaire, sur son lieu de détention et le rencontrer "pendant deux heures", selon sa porte-parole.

"Nous avons eu une discussion amicale, ouverte et directe", a assuré Mme Ashton, se refusant toutefois à divulguer le contenu de ces discussions. "Nous avons discuté en profondeur", a-t-elle ajouté.

Mme Ashton s'est également refusée à rendre public ce que M. Morsi lui avait dit. "je ne vais pas parler pour lui", a-t-elle dit.

M. Morsi n'est pas apparu en public depuis sa destitution.

Lors de sa précédente visite au Caire le 17 juillet, Mme Ashton avait demandé la libération de M. Morsi, et avait déploré n'avoir pu le rencontrer. Elle a indiqué mardi qu'elle avait conditionné cette nouvelle visite au Caire à la possibilité de le voir.

Mme Ashton, qui a multiplié les rencontres avec les acteurs politiques de tous bords, a ajouté qu'elle était venue "pour voir ce qu'un terrain d'entente pourrait être" et "essayer de trouver des éléments sur lesquels bâtir une certaine confiance".

Elle a toutefois ajouté qu'elle était là "pour aider, pas pour imposer" et que la sortie de crise restait avant tout de la responsabilité des Egyptiens eux-mêmes.

La responsable européenne s'est déclarée prête à revenir au Caire si nécessaire.

Arrivée dimanche soir dans le pays, elle avait rencontré lundi les nouvelles autorités et des membres de formations islamistes proches de M. Morsi.

Ces derniers ont indiqué dans un communiqué avoir prévenu Mme Ashton que "le peuple égyptien ne quittera pas les rues et les places jusqu'au retour à la légitimité constitutionnelle".

Depuis sa destitution, les partisans de M. Morsi, issu des Frères musulmans, organisent régulièrement des manifestations, émaillées de violences meurtrières qui ont fait plus de 200 morts, et observent des sit-in, notamment sur plusieurs places du Caire.

Ils ont appelé à une manifestation "d'un million" de personnes mardi pour réclamer la réinstauration du premier président élu démocratiquement du pays.