La campagne de terreur de Robert Mugabe

Le président Mugabe promet de se retirer s'il perd l'élection présidentielle ce mercredi. Le parti du Premier ministre Tsvangirai redoute les fraudes.

Patricia Huon, envoyée spéciale à Harare
La campagne de terreur de Robert Mugabe
©AFP

T-shirt jaune à l’effigie de Robert Mugabe, casquette sur la tête, Jim Kunaka est en campagne. Il brigue un poste de conseiller municipal à Mbare, la banlieue populaire la plus peuplée de la capitale zimbabwéenne Harare. Lors du scrutin de 2008, c’est le parti d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), qui y a emporté une large majorité. Pourtant, aucune affiche de ce dernier n’est visible sur les murs. Seuls les visages de Robert Mugabe et ceux des candidats locaux de la Zanu-PF (le parti du président, au pouvoir depuis l’Indépendance en 1980) s’étalent sur les murs de tous les immeubles.

“Le MDC n’a tenu aucune de ses promesses”, martèle Jim Kunaka. “Il n’y a eu aucun développement dans le quartier. C’est pour cela que les gens ne leur font plus confiance. Ils disent que cette fois, ils voteront pour nous.” A 33 ans, le candidat est un fervent supporter du président zimbabwéen, ancien héros de la lutte pour l’indépendance devenu dictateur. “C’est grâce à lui que nous sommes libres aujourd’hui”, défend-il. “Il a chassé les colons et redistribué les richesses.”

Président des jeunes de la Zanu-PF à Harare, Jim a été remercié pour son soutien actif : il est l’heureux propriétaire d’une ferme, confisquée à des fermiers blancs. La saisie de la plupart des terres agricoles depuis le début des années 2000 a eu pour effet de ruiner l’économie zimbabwéenne, autrefois une des plus prospères et développées en Afrique.


“Les gens ont peur”

Alors qu’il traverse le marché, les gens le saluent et l’encouragent. “Je soutiens Jim, je soutiens Mugabe”, lance un commerçant. Difficile de savoir si les mots sont sincères. Sous couvert d’anonymat, un jeune homme explique qu’il a l’intention de voter pour l’opposition. Pourtant, il porte régulièrement un t-shirt aux couleurs de la Zanu-PF et assiste à ses meetings politiques.

Personne ici n’a oublié les violences qui ont eu lieu lors des dernières élections. Entre les deux tours du scrutin, les brutalités visant à mater l’opposition ont fait 200 morts, contraignant Morgan Tsvangirai – le président du MDC, principal parti d’opposition, et actuel Premier ministre –, à retirer sa candidature dans la course à la présidence. “Ça a été terrible à Mbare. Les milices de la Zanu-PF traquaient ceux qui étaient suspectés de soutenir le MDC. Des gens ont été battus, tués, certains ont dû fuir en Afrique du Sud”, se souvient le jeune homme. “Alors, pour ma sécurité, je vais aux meetings de Mugabe. Parce que parfois, ils prennent note de qui est présent ou non.”

À Harare, le cœur de la population semble pencher vers l’opposition. Mais ceux qui osent l’afficher publiquement sont encore rares.

“Les gens ont peur”, constate Eric Knight, casque rouge aux couleurs du MDC posé sur le crâne. Après plus de 10 ans d’exil à Londres, ce natif de Mbare est revenu au Zimbabwe il y a quelques mois et fait campagne pour un siège au Parlement. “C’est impossible de développer Mbare. À chaque fois que des ouvriers viennent, ils sont attaqués par des milices de la Zanu-PF. C’est une stratégie pour dire que le MDC ne fait rien.”

Des groupes de jeunes sympathisants de Robert Mugabe, surnommés “Chipangano”, patrouillent dans la banlieue pour récolter des pots-de-vin et intimider les habitants, surtout en période d’élections. Jim Kunaka jure ne pas savoir de quoi il s’agit, mais une rumeur insistante affirme qu’il dirigerait l’organisation au fonctionnement mafieux, dicterait ses actions violentes, tout en aidant ses membres en difficulté.


L’opposition veut y croire

Cette année encore, c’est Morgan Tsvangirai qui brigue la présidence face à Robert Mugabe. Il compte sur le soutien d’une population lassée d’un dictateur autoritaire et vieillissant qui a laissé le pays s’enfoncer dans le chaos économique. Cinq ans après l’accord de partage de pouvoir conclu sous la pression internationale entre Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai, le Zimbabwe remonte doucement la pente. L’opposition semble persuadée qu’elle peut remporter ce scrutin si celui-ci se déroule de manière transparente, mais a déjà dénoncé des irrégularités lors de l’enregistrement des électeurs.

Rien, cependant, ne permet de se prononcer sur l’issue du vote. Robert Mugabe et son parti ne rendront pas la tâche facile à leurs adversaires. Le dictateur a promis de se retirer s’il perdait le scrutin mais il a déjà démontré par le passé que tous les moyens étaient bons pour s’assurer la victoire, y compris la violence ou la manipulation des urnes.



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