La NSA a un centre secret à Griesheim

Grâce aux nouveaux documents de Snowden, le "Spiegel" lève le voile sur le complexe "Dagger" (poignard) de la NSA à Griesheim. Ici se cache, derrière de hautes clôtures, le "Centre cryptologique européen" (ECC) considéré comme une " success story".

Marcel Linden, correspondant en Allemagne
La NSA a un centre secret à Griesheim
©AP

On savait que l’Agence de renseignement américaine, la NSA (National Security Agency), s’intéressait à l’Europe, mais à quoi exactement ? Elle aurait, par ses interceptions, observé prioritairement six domaines d’activité de l’Union européenne (UE), a révélé le magazine allemand "Der Spiegel" ce week-end en citant des documents inédits de la NSA que lui a confiés Edward Snowden.
Dans un "aperçu" d’avril, la NSA a établi une liste des priorités : de 1 (importance élevée) à 5 (importance mineure). L’UE y obtient le qualificatif moyen de 3. L’Allemagne, la France et le Japon reçoivent la même note, l’Italie et l’Espagne se rangeant derrière. Les pays de la plus haute priorité sont la Russie, la Chine, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan.

Parmi les six champs d’observation de l’UE, ceux ayant la priorité de 3 sont la politique étrangère, le commerce international et la stabilité économique et financière. Trois ont la priorité la plus basse de 5 : les nouvelles technologies, la sécurité énergétique et les questions alimentaires.

En juin, le "Spiegel" avait déjà révélé que la NSA avait placé des puces dans les missions de l’UE à Washington et auprès de l’Onu à New York. Toujours selon les nouveaux documents, l’Allemagne suscite l’intérêt de la NSA sur neuf points. Trois sont de priorité 3 : la politique étrangère, la stabilité économique et les risques de la finance. Ont une priorité 4 : les exportations d’armements, les armes conventionnelles de haut de gamme, les nouvelles technologies et le commerce international. En revanche, la NSA n’accorde que la note 5 au contre-espionnage allemand et aux attaques Internet contre des infrastructures US. Cela n’est pas étonnant, vu l’étroite coopération entre la NSA et le service d’espionnage allemand BND.

Centre nerveux à Griesheim

Grâce aux nouveaux documents de Snowden, le "Spiegel" peut aussi lever le voile sur le complexe "Dagger" (poignard) de la NSA à Griesheim en Hesse, près de Darmstadt. Ici se cache, derrière de hautes clôtures, le "Centre cryptologique européen" (ECC), qui selon une présentation de la NSA employait 240 personnes en 2011. Elle considère l’ECC comme son "plus grand lieu d’analyse et de production en Europe" et comme une "success story".

Le résultat du dépouillement des écoutes de Griesheim aboutit deux fois par semaine sur le bureau de Barack Obama dans les "presidential daily briefs" (les briefings présidentiels quotidiens). L’ECC surveille-t-il aussi des conversations téléphoniques, mails et SMS en Allemagne ? Le "Spiegel" avoue qu’il ne le sait pas.

Pour le BND, il "n’y a pas d’indices que la NSA collecte des données d’Allemands en Allemagne". La semaine dernière, le BND a avoué que le chiffre de 500 millions de métadonnées (numéros et adresses sans contenu) collectées par la NSA en décembre 2012 en Allemagne, qu’avait indiqué le "Spiegel" en juin, est "plausible". Le BND a ajouté que lui-même recueille dans son centre d’observation de Bad Aibling une grande partie des données provenant surtout d’Afghanistan. Ces mesures auraient permis d’empêcher quatre attaques de talibans contre des soldats allemands et de remporter des succès militaires dans 15 attaques.

Contexte électoral

A l’approche des élections du 22 septembre, ces révélations constituent un enjeu, même si, selon des sondages, 70 % des Allemands croient que l’affaire ne jouera pas un grand rôle dans le scrutin. L’opposition social-démocrate a accusé la chancelière Angela Merkel de courber l’échine devant Washington. Le gouvernement a rétorqué que l’accord sur la coopération NSA-BND a été signé en avril 2002 par le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, à l’époque ministre de la chancellerie sous Gerhard Schröder et actuellement chef du groupe parlementaire SPD. Après les attaques du 11 septembre 2001, où les pilotes provenaient de Hambourg, une telle coopération était indispensable. Mais, prétend Steinmeier aujourd’hui, il n’était alors pas prévisible que les écoutes prendraient une telle ampleur.