"Angela Merkel restera chancelière"

Les Allemands s’apprêtent à voter en série : le 15 septembre en Bavière, puis le 22 en Hesse et au niveau fédéral. Le degré de mobilisation de l’électorat est actuellement très faible pour les législatives.

"Angela Merkel restera chancelière"
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Analyse Marcel Linden, correspondant en Allemagne

Les Allemands s’apprêtent à voter en série : le 15 septembre en Bavière, puis le 22 en Hesse et au niveau fédéral. Le degré de mobilisation de l’électorat est actuellement très faible pour les législatives. La grande majorité des gens croient que, de toute façon, Angela Merkel réintégrera la chancellerie. Ou elle gouvernera avec les libéraux, comme tel est le cas depuis 2009 - son option préférée - ou elle s’alliera aux sociaux-démocrates ou - fait inédit - aux verts.

"Ce sera très très serré" , avertit la chancelière. En ce début de la campagne électorale, beaucoup restent indécis, ce qui rend aléatoire le résultat du vote. Petit tour des questions clés à un mois des élections fédérales.

1. Angela Merkel est-elle inamovible ? Apparemment oui. "Elle restera chancelière" , nous confie Peter Matuschek, expert de l’institut de sondage Forsa de Berlin. Sa dernière enquête d’opinion donne 47 % des suffrages au camp chrétien-libéral contre 43 % aux trois partis de gauche réunis, SPD, verts et Linke. Selon Peter Matuschek, 45 % suffiraient pour une majorité au Bundestag. L’actuelle coalition pourrait continuer à gouverner. Selon l’expert, la grande majorité des Allemands ainsi qu’une majorité des adhérents sociaux-démocrates désapprouvent une alliance rouge-rouge-verte. L’union CDU-CSU, poursuit-il, profite surtout de la grande popularité d’Angela Merkel qui, depuis la grande coalition initiée en 2005, a propagé l’image d’une chancelière "qui prend soin des autres et qui, dans la crise de l’euro, défend bien les intérêts allemands et écarte les dangers menaçant le pays" . Elle fait tout pour ne pas effrayer l’électeur. Elle a social-démocratisé la CDU, au grand dam de la droite du parti, en pillant sans se gêner dans le programme du SPD.

2. Le challenger Steinbrück a-t-il une chance ? Peer Steinbrück, proclamé candidat social-démocrate au poste de chancelier en octobre dernier, est mal parti. Il ne veut pas être élu, plaisantent les journaux après ses nombreux couacs. Le Hambourgeois, qui avait un excellent rapport avec la chancelière quand il était ministre des Finances de la grande coalition, n’est pas à son aise. En social-démocrate de droite, il est obligé de cautionner le virage à gauche du SPD après les réformes impopulaires de Gerhard Schröder. Peter Matuschek note que, contrairement à Schröder, Steinbrück n’est pas un bon stratège électoral et n’a jamais gagné d’élection. L’électeur le considère comme "peu sympathique, maladroit et aussi un peu cupide" . Selon Forsa, en cas d’élection directe du chancelier, Merkel obtiendrait 57 % contre 21 % à Steinbrück. Toujours ironique et pas diplomate pour un sou, il avait, quand il était encore ministre, menacé les Suisses de leur envoyer la cavalerie. Sitôt candidat, il a admis avoir tenu des discours payés 15 000 euros devant des lobbies et caisses d’épargne. Il a choqué les petites gens en disant qu’un chancelier était trop mal payé et que jamais il ne boirait une bouteille de Pinot Grigio de cinq euros. Il a qualifié de "clowns" les Italiens Beppe Grillo et Silvio Berlusconi. Les Allemands de l’Est ont vivement protesté quand il a reproché à la chancelière de manquer de vision européenne, parce qu’elle a grandi en RDA.

3. Les verts feront-ils alliance avec Merkel ? Selon le résultat du scrutin, la chancelière pourrait préférer s’allier aux verts. Pour ceux-ci, ce serait une révolution culturelle. L’état-major du parti écologiste n’hésiterait sans doute pas à quitter les bancs de l’opposition, mais la base rechignerait. Il existe au plan municipal des alliances noires-vertes mais, au niveau des Länder, celle de Hambourg a échoué avant terme. Angela Merkel, qui a engagé la sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima en 2011, bénéficie d’un grand ascendant sur l’électorat vert : près de la moitié souhaiterait qu’elle reste chancelière. La CDU, elle, préférerait la grande coalition, les sociaux-démocrates lui apparaissant plus fiables.

4. La justice sociale sera-t-elle un enjeu ? Malgré la forte baisse du chômage allemand, de fortes hausses salariales et une croissance économique soutenue, beaucoup d’Allemands ont l’impression que le fossé entre nantis et pauvres se creuse. On s’en prend aux mini-jobs et au régime Hartz des chômeurs de longue durée. Toutefois, pour l’expert de Forsa, la tentative du SPD de faire de la justice sociale un thème électoral majeur est une erreur, le parti étant de toute façon considéré comme le plus compétent dans ce domaine. A aucune élection, poursuit-il, le SPD n’a gagné des voix avec une campagne de redistribution des revenus du haut vers le bas. Il serait important pour le SPD d’être considéré comme compétent sur le plan économique. Or, dit-il, ce terrain est occupé par l’union CDU-CSU et la chancelière.

5. L’affaire d’espionnage préoccupe-t-elle vraiment l’électeur ? La presse allemande condamne les agissements de la NSA américaine, mais le sujet ne semble émouvoir ni les lecteurs ni l’électeur. Selon des sondages, l’affaire ne nuira guère au gouvernement Merkel. Certes, 70 % des Allemands ont dit qu’ils n’étaient pas satisfaits des molles tentatives du gouvernement d’obtenir des éclaircissements de Washington. Mais le SPD n’en a pas du tout tiré profit. Au contraire, quand Berlin a révélé que le service d’espionnage allemand BND avait lui-même collecté en toute légalité des informations provenant d’Afghanistan pour la NSA, le SPD en a pris un sérieux coup.