Les témoignages accablants sur les goulags nord-coréens

Violences, exécutions sommaires, morts d'épuisement, malnutrition, humiliations publiques : les témoignages sont accablants. Comme celui de cette prisonnière qui a assisté à la noyade d'un nourrisson par sa propre mère.

Jonas Legge

Ce mardi, les Nations unies ont entamé, à Séoul, dans le cadre d'une commission d'enquête, des auditions au sujet des violations des droits de l'homme en Corée du Nord. Des experts examinent, du 20 au 24 août, les exécutions publiques et les actes de tortures menés dans les prisons de la République populaire.

La commission compte entendre les récits de 30 réfugiés vivant désormais dans le sud de la péninsule. Tortures, violences, exécutions sommaires, morts d'épuisement, malnutrition, humiliations publiques : leurs témoignages sont accablants. 

Comme celui de Jee Heon-a, cette prisonnière qui a assisté à la noyade d'un nourrisson par sa propre mère, forcée par les matons. "C’était la première fois de ma vie que je voyais un nouveau-né, ce qui m’a remplie de joie. Mais soudain, un garde est entré et a ordonné à la jeune maman de noyer son propre bébé dans une bassine d’eau", a-t-elle déclaré, sur un ton calme et presque placide, comme le rapporte France 24. Cette ex-prisonnière, aujourd'hui âgée de 34 ans, poursuit ensuite : "La mère a supplié le garde de l’épargner, mais il ne s’arrêtait pas de la frapper. Elle a pris alors son bébé dans ses bras tremblants et lui a plongé la tête dans l’eau. Les pleurs se sont arrêtés et le petit a rendu son dernier souffle. La dame âgée qui avait réalisé l’accouchement a emmené le corps du bébé, en silence, à l’extérieur".

Jee Heon-a a également pointé du doigt la malnutrition dans les goulags nord-coréens, où les grenouilles représentaient l'un des seuls aliments. "Nous ressemblions tous à des animaux, les yeux enfoncés dans les orbites, nourris par des grenouilles dont nous retirions la peau."

Shin Dong-hyuk, détenu 24 années durant, s'est également présenté devant la commission. Ce trentenaire, qui est né en prison, a rapporté qu'il avait eu le doigt sectionné pour avoir laissé tomber une machine à coudre. "Je pensais que toute ma main allait être amputée jusqu'au poignet, donc je me suis senti chanceux de n'avoir qu'un seul doigt coupé", a déclaré Shin Dong-hyuk, dont les propos sont relayés par l'agence Reuters. Ce Coréen a également affirmé que l'enquête de l'Onu constituait la seule manière d'améliorer les droits de l'homme dans son pays car "les Nord-Coréens ne peuvent pas se défendre avec des armes comme en Libye ou en Syrie". 

Des estimations indépendantes affirment que 150.000 à 200.000 personnes sont enfermées dans les prisons nord-coréennes. 

De son côté, Pyongyang nie les accusations en bloc. La commission de l'Onu n'a d'ailleurs aucune valeur à ses yeux. Les conclusions du rapport, attendu pour mars 2014, risquent donc d'avoir un impact nul sur la dictature. Les experts de la commission admettent qu'ils espèrent, dès lors, parvenir au moins à conscientiser la communauté internationale. Or, seuls douze individus, mélangeant journalistes et citoyens, ont assisté, ce mardi 20 août, à ces auditions, qui se tiennent pourtant publiquement dans la capitale de Corée du Sud...