Damas est-il "suicidaire" ou "machiavélique" ?

Faire usage d’armes chimiques au premier jour de travail des experts de l’Onu, venus précisément enquêter sur leur utilisation dans le conflit syrien, eût été "un suicide politique" . C’est ce qu’a affirmé jeudi, à l’Agence France-Presse, un haut responsable des services de sécurité à Damas.

Sabine Verhest
Damas est-il "suicidaire" ou "machiavélique" ?
©AP

Faire usage d’armes chimiques au premier jour de travail des experts de l’Onu, venus précisément enquêter sur leur utilisation dans le conflit syrien, eût été "un suicide politique" . C’est ce qu’a affirmé jeudi, à l’Agence France-Presse, un haut responsable des services de sécurité à Damas. Le monde entier avait découvert, mercredi, les images étayant l’assertion de l’opposition syrienne selon laquelle le régime de Bachar al Assad avait causé la mort de 1 300 personnes, près de la capitale, dans une attaque aux gaz neurotoxiques. Or, a rétorqué le responsable des services de sécurité, "tous les analystes affirment qu’il n’est pas dans notre intérêt, dans les circonstances actuelles, d’utiliser des armes chimiques" .

Alors, "suicidaire" , le régime de Damas ? "Ce que l’on sait avec quasi-certitude, c’est qu’il dispose d’armes chimiques, notamment du gaz sarin" , nous explique Xavier Baron, auteur de l’ouvrage "Aux origines du drame syrien. 1918-2013" (Tallandier). "Sur un plan rationnel, il est vrai que cela n’a pas de sens d’avoir recours à ces armes en pleine mission des observateurs de l’Onu. D’autant que, sur le terrain, les forces gouvernementales reprennent quelques points stratégiques. Ou alors, c’est de la provocation totale. Du machiavélisme : ‘On ne pourra jamais croire qu’on a fait cela, donc on le fait !’ Tant que les experts n’auront pas pu procéder à une inspection précise sur le terrain, il sera très difficile de se prononcer sur ce qu’il s’est réellement passé." Cela à plus forte raison que l’armée a bombardé la zone, jeudi.

Le Conseil de sécurité divisé

Le mandat de la mission de l’Onu présente sur place se limite actuellement à déterminer si des armes chimiques ont été utilisées précédemment à Khan al-Assal, Ataybé et Homs. Aussi Ban Ki-Moon a-t-il officiellement demandé hier que ses membres reçoivent "les autorisations et l’accès nécessaires pour enquêter rapidement sur l’incident survenu au matin du 21 août" , a déclaré le porte-parole adjoint Eduardo del Buey. Le secrétaire général "espère obtenir rapidement une réponse positive" .

Et si les allégations d’utilisation de gaz toxiques "sont corroborées, les attaques doivent être considérées comme des crimes de guerre" , a embrayé Hassiba Hadj Sahraoui, la directrice adjointe pour le Moyen-Orient d’Amnesty International. "La seule manière de traiter les violations continues en Syrie est que le Conseil de sécurité de l’Onu transfère le dossier à la Cour pénale internationale."

Mais, alors que le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a estimé que "toutes les lignes rouges" avaient été franchies, le Conseil de sécurité, divisé, s’est pour l’heure borné à demander que "la lumière soit faite" . Assad "sait que, tant que la Russie et la Chine le soutiendront et que son armée demeurera solide, il pourra continuer à faire ce qu’il veut. Il peut très bien avoir des agissements machiavéliques" , estime Xavier Baron. A moins que, comme croit savoir "Le Figaro", des opposants au régime, encadrés par des commandos jordaniens, israéliens et américains, progressent vers Damas depuis quelques jours. Une offensive qui "pourrait expliquer le possible recours du président syrien à des armes chimiques" .