Obama est longtemps resté prudent sur la question raciale aux Etats-Unis

Barack Obama s'est longtemps montré prudent sur la question sensible des relations interraciales jusqu'à sa sortie très personnelle sur l'affaire Trayvon Martin. Cinquante ans après la "marche sur Washington", M. Obama doit intervenir mercredi depuis les marches du mémorial Lincoln, où Martin Luther King avait lancé son historique "Je fais un rêve".

Obama est longtemps resté prudent sur la question raciale aux Etats-Unis
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AFP

Premier président noir des Etats-Unis, Barack Obama s'est longtemps montré prudent sur la question sensible des relations interraciales jusqu'à sa sortie très personnelle, en juillet, sur l'affaire Trayvon Martin. Cinquante ans après la "marche sur Washington", M. Obama doit intervenir mercredi depuis les marches du mémorial Lincoln, où Martin Luther King avait lancé son historique "Je fais un rêve". L'accession de M. Obama à la Maison Blanche avait pour certains concrétisé le "rêve" du pasteur d'Atlanta: un jour où "les petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs". 


Mais plusieurs affaires ces cinq dernières années, et la façon dont le président y a réagi, ont montré que les Etats-Unis restaient marqués par leur histoire, estime Kareem Crayton, professeur de science politique à l'université de Caroline du Nord (sud-est). "D'un côté, les Etats-Unis se sont habitués à avoir un président et une famille non-blancs les représenter, mais (de l'autre), le président, sur les questions raciales, n'a fait que réagir" aux événements, sans les devancer, remarque-t-il. 

Ce n'est qu'après une controverse provoquée par des déclarations enflammées de son pasteur que M. Obama, alors candidat à l'investiture démocrate, avait prononcé son premier grand discours sur la question, le 18 mars 2008 à Philadelphie. Il avait déploré "l'impasse raciale dans laquelle nous sommes bloqués depuis des années" et exprimé l'espoir de voir les Américains "oeuvrer ensemble à dépasser certaines de nos vieilles blessures". Il avait inscrit cet effort dans la lignée de la recherche d'une "union plus parfaite", énoncée dans le préambule de la Constitution. 

Mais ces "vieilles blessures" se sont vite rappelées à lui, lorsqu'il avait dû faire amende honorable en juillet 2009 après avoir qualifié de "stupide" l'arrestation d'un ami noir et spéculé sur des motifs racistes sans avoir tous les éléments, polémique à la clé. "Cela montre à quel point la question raciale est insoluble en politique", affirme M. Crayton, déplorant une société américaine "prisonnière de certains comportements". M. Obama, qui a été réélu en novembre 2012 grâce au soutien des minorités, 59% des électeurs blancs ayant choisi son adversaire républicain, a appliqué la stratégie de ne "pas attirer l'attention sur son appartenance raciale et d'insister sur le rassemblement", selon l'universitaire. 

Mais il a récemment changé d'attitude, en particulier au sujet de Trayvon Martin, un jeune Noir abattu en février 2012 en Floride (sud-est) à l'issue d'un affrontement avec un vigile autoproclamé. Ce dernier, George Zimmerman, a été acquitté en juillet. "Il y a 35 ans, j'aurais pu être Trayvon Martin", avait alors affirmé M. Obama face à la presse. Emu, il avait parlé d'une "histoire qui ne disparaît pas" pour les Noirs et révélé s'être senti jadis stigmatisé à cause de la couleur de sa peau.

Toutefois, avait-il ajouté, "je ne veux pas que nous perdions de vue le fait que les choses s'améliorent. Chaque génération successive semble faire des progrès en matière de comportement". Mais une partie de la communauté noire souhaite du président davantage que de l'empathie, assure Jody Armour, professeur de droit à l'université de Californie du Sud, en évoquant notamment les disparités énormes qui persistent dans les taux d'incarcération et de chômage des Noirs et des Blancs. M. Obama "est dans son deuxième mandat, et la pression d'une réélection n'est plus là pour expliquer son absence d'efforts en faveur de la communauté la plus opprimée des Etats-Unis", dit ce juriste. 

Une vue partagée par Carol Swain, de la faculté de droit de l'université Vanderbilt. "Face aux vrais problèmes de la communauté, je pense que son bilan est plutôt mauvais", explique-t-elle à l'AFP, en évoquant elle aussi le chômage et la violence dont restent victimes les jeunes hommes noirs. Pour M. Crayton, il faudrait que M. Obama, mercredi dans les pas de King, définisse des "objectifs spécifiques" de réduction des inégalités raciales pour concrétiser sa promesse de campagne de 2008: "être un rassembleur".

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