de Blasio, nouveau visage très à gauche de New York?

Bill de Blasio, 52 ans, se présente comme l'anti-Bloomberg, maire de la Grosse Pomme depuis douze ans.

de Blasio, nouveau visage très à gauche de New York?
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A dix jours des élections primaires, la course à la mairie de New York s'est soudainement emballée avec la montée spectaculaire du plus à gauche des candidats, le démocrate Bill de Blasio.

Deux sondages l'ont cette semaine placé en tête, à 32 et 36% des intentions de vote dans les primaires démocrates, nettement devant la présidente du conseil municipal Christine Quinn, "héritière" de Michael Bloomberg longtemps donnée favorite (désormais à 17 et 21 %). Il devance aussi le seul noir de la course, l'ancien contrôleur financier de la ville Bill Thompson (18 et 20%).

Depuis des semaines, Bill de Blasio, 52 ans, le médiateur de la ville, répète du haut de son mètre 90 le même message: après 12 ans de Bloomberg, il est l'"anti-Bloomberg", le seul qui aura l'audace de changer de cap. Il veut augmenter les impôts des New-Yorkais gagnant plus de 500.000 dollars par an pour financer l'école maternelle pour tous à partir de 4 ans. Il dénonce les inégalités, "le conte de deux villes", et la politique controversée des fouilles au corps ("stop and frisk") de la police new-yorkaise qui vise surtout les jeunes noirs et latinos. Il se bat pour éviter la fermeture d'un hôpital, quitte à se faire arrêter devant les caméras de télévision.

Il fait campagne avec sa famille, sa femme noire, son fils de 15 ans, adolescent décontracté à la coupe afro devenue célèbre. Il met en avant ses soutiens, le chanteur Harry Belafonte, les acteurs Steve Buschemi ou Susan Sarandon. "Je suis le progressiste de la course", répète l'ancien directeur de campagne d'Hillary Clinton lorsqu'elle était candidate au Sénat en 2000.

Et après 12 ans passés sous la férule du milliardaire ploutocrate Michael Bloomberg, la ville cosmopolite, très majoritairement démocrate (elle a voté à 81% pour Obama en 2012) , semble apprécier.

Car s'ils savent gré à leur maire actuel de la baisse de la criminalité, des progrès dans les transports, d'une gestion rigoureuse, deux tiers des New-Yorkais aspirent au changement, selon un récent sondage Quinnipiac.

Pour Bill de Blasio, rien de plus facile dès lors de dénoncer en Christine Quinn, qui espère devenir la première femme et première lesbienne maire de New York, celle qui leur imposera "plus d'années Bloomberg". "Elle offre de petites solutions, une approche qui ne change pas la réalité fondamentale", a-t-il encore insisté cette semaine.

Le médiateur de la ville, qui était auparavant conseiller municipal (2002-2009) de Brooklyn, a aussi profité de l'effondrement de la candidature de l'ancien Représentant Anthony Weiner le mois dernier, après de nouvelles révélations sur sa propension à envoyer des messages sexuels à des jeunes femmes.

Christine Quinn, qui a récemment reçu le soutien des médias locaux - New York Times, New York Post et New York Daily news - reste pour l'instant confiante, faisant valoir qu'elle a pris "beaucoup de coups" car elle était en tête. "Je pense que je serai au 2e tour (des primaires) et nous gagnerons ce deuxième tour", a-t-elle déclaré vendredi.

Si aucun candidat démocrate ne recueille 40% des votes lors des primaires démocrates, mais aussi républicaines, du 10 septembre, un second tour sera en effet organisé le 1er octobre.

L'élection du maire aura lieu le 5 novembre.

Et selon Andrew Gelman, expert de l'université de Columbia, rien n'est encore joué. De Blasio "a une chance", dit-il, mais ces élections municipales sont traditionnellement "très difficiles à prévoir". "Les choses peuvent encore changer" car "il y a beaucoup de candidats démocrates, et leurs idéologies ne sont pas très différentes. Et la participation est imprévisible", souligne-t-il.

Si De Blasio emporte la nomination démocrate, "les républicains deviendront très nerveux", ajoute-t-il. Mais il doute qu'un républicain l'emporte au final, même si New York a depuis 20 ans élu deux maires républicains, Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg (devenu indépendant en 2007).

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