Syrie: voici les preuves de Washington, Londres et Paris

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France affirment disposer de renseignements précis impliquant l’armée syrienne dans le gazage de plusieurs quartiers à l’est de Damas, vers 2h30 du matin, le 21 août. Voici ceux qu’ils ont rendus publics!

Christophe Lamfalussy.
Syrie: voici les preuves de Washington, Londres et Paris
©AP

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France affirment disposer de renseignements précis impliquant l’armée syrienne dans le gazage de plusieurs quartiers à l’est de Damas, vers 2h30 du matin, le 21 août. Voici ceux qu’ils ont rendus publics :
1. Les préparatifs. Trois jours avant l’attaque, des spécialistes en armes chimiques de l’armée syrienne - y compris du Centre d’études et de recherches scientifiques (CERS) ciblé par l’aviation israélienne en janvier 2013 - ont commencé à préparer des armes chimiques dans le quartier d’Adra à Damas. Parmi les substances, se trouvait du gaz sarin, qui est mélangé avant emploi avec un autre précurseur. Le CERS dispose d’une unité (la 450) chargée de remplir les munitions chimiques. Elle serait composée uniquement de militaires alaouites, et seul Bachar Al-Assad et certains membres influents de son clan seraient habilités à lui donner des ordres, selon la DGSE française et son corollaire militaire, la Direction du renseignement militaire (DRM).

2. L’attaque. Le 21 août, des ordres sont donnés à une "entité" syrienne pour se préparer à une attaque chimique, y compris en portant des masques à gaz. L’attaque débute à 2h30 par des tirs d’artillerie et de roquettes en provenance d’une zone tenue par le gouvernement vers au moins cinq quartiers à l’est de Damas, une zone tenue par les rebelles. Cette attaque est attestée par la surveillance satellite. Paris estime que l’armée syrienne a utilisé des roquettes Grad. Nonante minutes plus tard émergent sur les réseaux sociaux des informations sur une attaque de grande ampleur, dans une douzaine de quartiers à l’est et au sud de Damas.

3. Les vidéos. Une centaine de vidéos visibles sur YouTube montrent des civils, dont des enfants, victimes de symptômes typiques d’une attaque chimique : perte de connaissance, nausées, bave sortant du nez et de la bouche, pupilles contractées, hypersécrétion de salive, difficulté à respirer. De nombreuses victimes n’ont aucune trace de sang sur leurs vêtements, ce qui renforce la thèse d’une attaque chimique.

4. Les victimes. Selon la Maison-Blanche, l’attaque a fait 1429 morts, dont au moins 426 enfants. Ces chiffres sont ceux du Conseil national syrien, l’opposition syrienne armée. Le Renseignement britannique évoque, lui, "au moins 350 morts". Paris parle d’"au moins 281 décès"

5. Du gaz sarin. Le secrétaire d’État américain John Kerry a affirmé dimanche que des échantillons de cheveux et de sang, obtenus auprès de l’Onu, montrent que c’est du sarin qui a été utilisé. Cet agent neurotoxique fait partie de l’arsenal chimique de Damas. Selon Paris, la Syrie possède plusieurs centaines de tonnes d’ypérite (le gaz moutarde utilisé dans les tranchées de l’Yser lors de la Première Guerre mondiale), plusieurs centaines de tonnes de sarin et plusieurs dizaines de tonnes de VX, l’agent chimique le plus toxique. La Syrie est l’un des rares pays à n’avoir pas signé la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Le stock d’armes chimiques de la Syrie a été constitué à partir des années 70 pour contrebalancer le programme nucléaire israélien.

6. Un coup des groupes armés syriens ? Tout est possible dans une guerre, y compris un coup tordu. Mais Washington et Londres excluent que l’opposition ait pu tirer sur ses propres gens. Il n’y a "pas d’indication" d’une telle manœuvre, selon les Etats-Unis. Les services de renseignement occidentaux estiment qu’il faut voir au contraire le pattern des attaques chimiques depuis le début de la guerre (au moins 14 en 2012 et à plus petite échelle) et comprendre la stratégie de l’armée syrienne. Celle-ci utilise des armes chimiques dans des zones qu’elle ne parvient pas à contrôler, ce qui est le cas à l’est de Damas. Certains groupes de l’opposition syrienne cherchent à acquérir l’arme chimique, affirme le chef du Joint Intelligence Committee britannique, Jon Day, mais "aucun n’a la capacité de conduire une attaque chimique de cette ampleur".

7. Après l’attaque. Washington dispose de preuves qu’un ordre a été donné dans l’après-midi du 21 août de cesser l’attaque chimique. Des écoutes téléphoniques montrent aussi qu’un haut responsable syrien s’est inquiété à plusieurs reprises des preuves que pourraient récolter sur place les experts de l’Onu. Dans les 24 heures qui ont suivi, l’artillerie et l’aviation syriennes ont pilonné les quartiers visés par l’attaque chimique avec une intensité quatre fois plus grande que durant les dix jours précédents. Les alliés soupçonnent fortement Damas d’avoir voulu ainsi détruire les traces de l’attaque chimique avant de laisser le champ libre aux experts de l’Onu.