Deux ans après Breivik, la Norvège penche très à droite

Le Parti du Progrès, formation de droite populiste xénophobe, devrait obtenir lors des législatives de dimanche un résultat lui ouvrant les portes d'une coalition avec les conservateurs.

Deux ans après Breivik, la Norvège penche très à droite
©AFP
Slim Allagui

Pour la première fois dans l’histoire de la Norvège, un parti populiste, le Parti du Progrès (PdP), deuxième du Storting, (le Parlement norvégien) qui a bâti sa popularité sur une politique d’immigration ultra-restrictive, va entrer dans un gouvernement dirigé par les conservateurs, à l’issue des élections législatives du 9 septembre. Tous les sondages prédisent la fin du règne des travaillistes, au pouvoir depuis huit ans, et l’arrivée probable à la tête des affaires d’une coalition dirigée par deux femmes, Erna Solberg de Hoejre et Siv Jensen du PdP, avec le soutien parlementaire de deux petites formations les chrétiens-démocrates et les libéraux.

Le massacre de l’île d’Utoya, le 22 juillet 2011, commis par un extrémiste norvégien de droite, Anders Breivik, qui a abattu froidement 69 personnes dans un camp d’été de la Jeunesse travailliste, a créé un courant de sympathie pour le parti de la rose que voulait punir le tueur, l’accusant de favoriser l’invasion musulmane dans le pays et le multiculturalisme. Mais l’effet s’est estompé. Et la Norvège n’a pas changé deux ans après cette tragédie. L’appel à la solidarité, à la tolérance et à l’ouverture comme réponse au terrorisme de Breivik, s’est perdu. “La haine envers les minorités et particulièrement les musulmans fleurit toujours dans les réseaux sociaux”, déplore Vegard Groeslie Wennesland, survivant du massacre, qui se présente sur la liste travailliste à Oslo, conduite par le Premier ministre sortant Jens Stoltenberg. “C’est inquiétant. Cette réthorique, malheureusement, est la même qu’avant, voire pire”, constate-t-il. Un constat corroboré par Shoaib Sultan du Centre norvégien contre le racisme. “On est revenu à la situation d’avant le 22 juillet 2011”, marquée par le racisme latent sur Internet. Ainsi un policier, membre du PdP, a été congédié par son employeur, en août, en raison de ses insultes à l’encontre du Premier ministre et de propos racistes envers les musulmans postés sur Facebook.

Le PdP lisse son discours

Sur Karl Johan Gate, l’artère principale d’Oslo, les passants se pressent le long de l’allée ombragée où tous les partis en lice se sont installés dans des stands, distribuant brochures, café, tee-shirt, fleurs et conseils. Les militants du PdP, ragaillardis par les sondages, ne veulent surtout pas parler du problème des immigrés (qui représentent 13 % de la population), un sujet trop controversé, afin de ne pas compromettre leur arrivée au gouvernement, qui dépend du soutien des formations centristes plutôt critiques envers le Parti du Progrès. “Vous voyez, on discute bien avec eux”, assure Siri Ulleberg, candidate aux élections, qui explique à un groupe de Somaliens que “l’on dit trop de balivernes sur le parti, qui n’est pas hostile aux étrangers. Nous voulons simplement qu’ils soient bien intégrés”.

A côté, les travaillistes veulent encore y croire. Rescapée du massacre d’Utoya, Torunn Kanutte Husvik, candidate du parti, espère que le “miracle aura lieu”. “Nous voulons prendre une revanche sur Breivik. Il voulait nous faire peur, nous décourager de la politique en s’attaquant à nos valeurs, à notre parti. Mais il n’a pas gagné. “Cette tragédie n’a pas dissuadé les jeunes de la politique, au contraire. Jamais ils n’ont été aussi nombreux à rejoindre les travaillistes, pour faire barrage à l’extrémisme”.

Mais les dés sont jetés. Les travaillistes, même s’ils demeurent le premier parti du royaume, n’ont pas de chance de garder les rênes du pouvoir, car l’opposition de centre-droite est moins divisée qu’aux élections de 2009. “Les électeurs veulent de nouvelles têtes tout simplement. Ils ont oublié l’état émotionnel suscité par la tuerie d’Utoya”, reconnaît Karin, retraitée, passée dans tous les stands de Karl Johans Gate “pour se décider sur qui voter”.

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