Enfants adoptés à donner sur Internet

Mise au jour d’un marché noir de l’adoption. Certains échangeaient des mineurs à problèmes.

Enfants adoptés à donner sur Internet
©REPORTERS
A.G. (st.)

Né en octobre 2000 - ce charmant petit garçon, "Rick", nous est venu d’Inde il y a un an, est obéissant et ne demande qu’à faire plaisir" peut-on lire sur un des huit sites "d’échange" d’enfants adoptés de l’étranger disponibles jusqu’il y a peu aux Etats-Unis.

Dans un édifiant reportage publié du 9 au 11 septembre, la journaliste d’investigation à l’agence Reuters Megan Twohey lève le voile sur une pratique connue sous le nom de "private re-homing" - une expression initialement utilisée pour désigner le marché des animaux domestiques. Le principe est simple : certains parents, lassés du comportement intempestif des enfants dont ils ont la charge, postent une annonce sur la Toile afin d’en remettre la garde au plus offrant en affection.

Un marché noir de l’adoption qui se fait généralement dans des conditions sordides, au détriment de la santé mentale et physique de l’enfant. Ainsi l’histoire de Quita, 16 ans, originaire du Libéria, remise dans un bungalow insalubre de l’Illinois en octobre 2008 par ses parents adoptifs à Nicole et Calvin Eason. Ce couple de trentenaires, les services d’adoption le connaissent bien : la garde de chacun de la demi-douzaine d’enfants qu’ils ont adoptés par Internet leur a été retirée. Pour violence et abus sexuels, d’après un rapport de police.

Lors de "l’échange" de Quita, ni avocat, ni assistant social. Seulement deux signatures apposées au bas d’une procuration passée devant notaire actant le changement d’autorité parentale. C’est que la procédure d’adoption ordinaire, formalisée devant une cour, coûte cher. "Si tu ne veux pas payer 35 000 dollars pour un gosse, tu saisis ta chance" lâche la femme du couple Eason. Frauduleux ? Certainement. Dans un entretien avec les journalistes de Reuters, celle-ci utilise sans la moindre gêne l’expression "d’ adoption illégale".

Un encadrement juridique existe pourtant. Un accord sur le placement des enfants passé en 1994 par 50 Etats américains exige une communication aux autorités en cas de déplacement d’enfants d’un Etat à un autre. L’occasion de vérifier le profil des parents désireux d’adopter. Cet outil juridique est cependant resté lettre morte jusqu’à aujourd’hui.

Face au scandale provoqué par la parution du reportage, les sites d’échanges ont été censurés par Yahoo !. Facebook s’est toutefois refusé à faire de même, estimant qu’"Internet est un reflet de la société, que les gens utilisent pour régler toutes sortes de problèmes".


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