Le retour d’Abou Jahjah, défenseur des musulmans, intrigant agitateur

C’est un drôle de coco qui s’apprête à revenir en Belgique, après sept années passées au Liban, son pays d’origine. Dyab Abou Jahjah, 42 ans, fondateur de la Ligue arabe européenne (LAE), s’apprête à s’installer à Bruxelles

An. H.
Le retour d’Abou Jahjah, défenseur des musulmans, intrigant agitateur
©Dario Cimmino

C’est un drôle de coco qui s’apprête à revenir en Belgique, après sept années passées au Liban, son pays d’origine. Dyab Abou Jahjah, 42 ans, fondateur de la Ligue arabe européenne (LAE), s’apprête à s’installer à Bruxelles, dans les semaines qui viennent, indiquait lundi “De Standaard”, qui l’a contacté par téléphone au Liban après un message posté sur ses comptes Twitter et Facebook.

En décembre 2002, l’homme s’était fait connaître à Anvers, après le meurtre d’un jeune professeur marocain, par un voisin raciste. Initiateur de “Comités de protection de la jeunesse arabe”, il avait poussé les jeunes du quartier difficile de Borgerhout à des émeutes, qui avaient abouti à une confrontation directe avec la police.

Quasi-inconnu jusque-là, dans la communauté arabo-musulmane, il avait réussi, en quelques mois, à devenir la coqueluche des médias flamands. Beau parleur, look impeccable, gel dans les cheveux, il dégageait un charisme évident. Mais il restait énigmatique, insaisissable.

Né en 1971 à Bint-Jbeil, il était arrivé clandestinement en Belgique où il avait demandé – et obtenu – l’asile en invoquant des persécutions par le Hezbollah. Abou Jahjah a admis par la suite que cela n’avait jamais été le cas. Son mariage en 1994 (suivi d’un divorce dans la même année) n’a pas eu d’autre objet que d’obtenir la nationalité belge. Il prêchait contre l’assimilation, revendiquait le droit à la différence, réclamait des adaptations dans l’enseignement, défendait la célébration, au niveau national, des fêtes musulmanes.

A l’époque, le monde politique s’était vivement ému de possibles accointances du bonhomme et de sa Ligue arabe européenne (pas même une centaine de militants actifs) avec les fondamentalistes, voire les terroristes. Les services de police et de renseignement belges s’étaient penchés sur son cas. En 2003, deux rapports avaient conclu que le leader de la LAE était certes un agitateur, pourrissant le climat, à Anvers notamment, mais qu’il n’avait pas de liens avérés avec l’intégrisme.

Un solide réseau au Moyen-Orient

Au Liban, il travaillait, selon ses dires, dans le marketing et s’est beaucoup investi dans le Printemps arabe. “J’ai mis sur pied un solide réseau au Moyen-Orient, avec des gens qui, de manière bien organisée, soutiennent les forces progressives et non islamistes des révolutions arabes”, a-t-il affirmé au “Standaard”.

Quels sont ses projets en Belgique, aujourd’hui ? “Il s’agira de questions de société que j’ai déjà essayé de mettre à l’agenda, il y a dix ans. Notamment des problèmes de racisme et de discrimination. Il ne s’agit pas de faire une copie de la LAE. J’ai dix ans de plus aussi. Ce que nous allons faire peut être plus beaucoup plus grand, plus fort et plus efficace que la LAE ne l’a jamais été. Nos idées sont plus fortes que jamais. Nous sommes aujourd’hui plus mûrs et bien plus à même de faire inscrire nos idées à l’agenda.”