Solidarité au compte-gouttes de l'UE pour les réfugiés syriens

Les Européens ne sont jamais parvenus à s'entendre sur une action concertée en faveur des réfugiés syriens, et agissent au coup par coup depuis le début du conflit en espérant que la catastrophe annoncée ne se produira pas car ils seraient démunis face à un exode massif.

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Solidarité au compte-gouttes de l'UE pour les réfugiés syriens
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Les Européens ne sont jamais parvenus à s'entendre sur une action concertée en faveur des réfugiés syriens, et agissent au coup par coup depuis le début du conflit en espérant que la catastrophe annoncée ne se produira pas car ils seraient démunis face à un exode massif.

"Pour le moment, la situation est gérable au niveau des arrivées dans l'UE", a assuré vendredi à l'AFP un responsable européen.

Près de deux millions de personnes ont fui les combats en Syrie et se sont réfugiés dans les pays de la région. "La vaste majorité ne veut pas partir pour le moment, car ils espèrent toujours pouvoir rentrer chez eux", souligne-t-on à Bruxelles.

La Commission européenne a toutefois recommandé à tous les Etats membres de préparer leur système d'asile à des arrivées massives de Syriens, notamment en cas d'intervention militaire, a rappelé le responsable européen.

Confrontés à des vagues d'arrivées cet été, les dirigeants italiens, grecs et bulgares ne cachent plus leur préoccupation. Plus de 4.600 syriens sont arrivés en Italie par la mer depuis le début de l'année, dont plus de 3.000 pendant le seul mois d'août, selon les données de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), et le chef du gouvernement, Enrico Letta, a dénoncé "l'absence d'approche commune au problème".

L'Italie peut gérer ces arrivées, mais elle déplore le manque de solidarité de ses partenaires européens. La règle veut que le pays d'arrivée gère seul les demandeurs d'asile et leur hébergement. Pas question de répartir la charge au sein de l'UE.

La question a été relancée par la Bulgarie, qui a supplié ses partenaires de l'aider à gérer un afflux de réfugiés syriens. Ses trois centres d'accueil sont débordés, avec plus de 4.000 demandeurs dont près de 1.500 Syriens en attente d'une décision. La Commission a promis des soutiens financiers et une assistance technique. Mais Sofia n'obtiendra rien de plus.

La France, l'Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni et la Belgique refusent toute dérogation à la règle. A eux cinq, ces pays ont géré 70% des 330.000 demandes d'asile présentées en 2012 dans l'UE. Depuis le début de l'année 2013, sur 13.000 demandes d'asile formulées par des ressortissants syriens, 4.700 ont été déposées en Suède, 4.500 en Allemagne et 700 en France, selon les données de l'office européen de statistiques.

La Suède a été contrainte de préciser que les demandes devaient être soumises sur son territoire, et non dans ses ambassades, après avoir annoncé qu'elle accordera l'asile à tous les demandeurs syriens.

La solidarité européenne se fait également au compte-gouttes pour les demandes de réinstallation des réfugiés syriens les plus vulnérables. Le HCR a demandé d'en accueillir 10.000, et seuls trois pays de l'UE ont fait des offres. L'Allemagne s'est engagée à en accueillir 5.000, l'Autriche 500 et la Finlande 500. La Suisse, non membre de l'Union, a proposé de prendre en charge 500 personnes et offert de favoriser le regroupement familial.

La France, pourtant très active sur le dossier syrien, se montre en revanche très discrète sur ses intentions concernant les réfugiés. Le Premier ministre britannique David Cameron a fait savoir que son pays n'avait "aucun plan pour héberger des ressortissants syriens ou leur procurer une protection temporaire". Il offre en compensation un soutien financier.

La générosité de l'UE a ses limites. Les coupes dans le budget communautaire imposées par Londres et Berlin ont mis les caisses à sec pour l'aide humanitaire. La Commission a été contrainte de gratter tous les fonds non utilisés, notamment une partie de l'argent destinés à l'Egypte, pour répondre en juin à un appel de fonds du HCR, avec une offre de 400 millions d'euros.

L'Allemagne a plaidé début septembre pour l'organisation d'une conférence européenne consacrée aux réfugiés en provenance de Syrie. Le sujet devrait être abordé lors de la réunion des ministres de l'Intérieur de l'UE les 7 et 8 octobre.

Mais pour le moment, les Européens sont sur la défensive. Plutôt qu'un plan d'accueil coordonné des réfugiés en cas d'exode, ils se sont entendus pour rétablir, de façon temporaire et "en dernier ressort", des contrôles aux frontières nationales en cas d'afflux massif de migrants sur le territoire d'un Etat qui ne pourrait gérer cette situation.

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