L'ombre des Clinton plane sur New York

Une interview à un magazine new-yorkais accrédite l'idée d'une candidature d'Hillary à la Présidence en 2016.

L'ombre des Clinton plane sur New York
©AP
Philippe PAQUET, envoyé spécial à New York

Si le monde a les yeux braqués ce mardi sur Barack Obama, dans l'attente du discours qu'il doit prononcer devant l'Assemblée générale des Nations unies, l'Amérique semble se passionner, quant à elle, pour un autre de ses Présidents, lui aussi de passage à New York: Bill Clinton. Il vient présenter le bilan annuel de la désormais célèbre Clinton Global Initiative, un programme d'éradication de la pauvreté, du paludisme et du sida que parraine sa Fondation depuis 2005. Et ce qui retient spécialement l'attention, cette fois, c'est que la Fondation Bill Clinton vient précisément d'être rebaptisée Fondation Bill, Hillary et Chelsea Clinton.

Dans une rare interview publiée cette semaine par le magazine « New York » (le concurrent du « New Yorker »), l'ex-Première Dame interdit de voir dans ce changement une indication supplémentaire de son intention de briguer la succession d'Obama en 2016. Il s'agirait tout au plus de manifester la volonté de renforcer la Fondation en ne la laissant plus reposer sur les seules épaules de l'ancien Président, que d'aucuns ont trouvé vieilli ces derniers temps. Les observateurs n'en relèvent pas moins que, de ce fait, le clan Clinton resserre les rangs, tout en mettant le pied de Chelsea à l'étrier politique – d'aucuns la voient déjà en directrice de campagne de sa mère pour la présidentielle.

Hillary Clinton déclare goûter aux joies simples de l'existence comme elle n'avait plus eu l'occasion de le faire depuis très longtemps. L'ex-sénatrice de New York et ex-secrétaire d'Etat décrit son bonheur d'avoir enfin retrouvé une vie de famille, aux côtés de son mari – qu'elle n'avait, pour ainsi dire, croisé qu'une seule fois – à Bogota, en Colombie, où ils se trouvaient tous les deux pour des raisons différentes – pendant ses quatre années à la tête du département d'Etat, années durant lesquelles elle a enchaîné les voyages à l'étranger, visitant quasiment tous les pays du monde. « Nous nous amusons avec nos chiens, nous regardons des films idiots, nous faisons de longues balades et nous allons nager », résume-t-elle dans l'entretien accordé à « New York ».

L'artifice ne trompe personne. L'hebdomadaire new-yorkais, relayant les opinions de collaborateurs et d'amis intimes de Mme Clinton, conclut que sa décision de concourir pour la Maison-Blanche est bel et bien prise. « Elle est candidate, mais elle ne le sait pas encore », ironise une de ces sources, en présumant que le choix, en fait, la dépasse. « C'est comme un courant de l'Histoire. C'est inexorable, c'est gravitationnel. Je pense qu'elle croit sincèrement avoir plus de poids dans cette décision qu'elle n'en a objectivement. »

Si Hillary Clinton n'aurait donc que inconsciemment pris le parti de porter les couleurs des Démocrates en 2016 (tous les sondages font d'elle au demeurant la candidate naturelle du parti, et très loin devant n'importe quel autre prétendant potentiel), elle prend soin de ramener ses années à la direction de la diplomatie américaine à l'acquisition d'une expérience qui – faut-il comprendre – lui serait très utile si elle devait assumer un jour de plus hautes fonctions encore. Face à n'importe quel rival républicain, elle pourrait se targuer de savoir, elle, ce qu'est l'exercice du pouvoir suprême, pour l'avoir observé au plus près: aux côtés du président Obama.

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