Attaque du Westgate: les commerçants se plaignent de pillages

Le comité parlementaire kényan chargé d'enquêter sur l'attaque meurtrière du centre commercial Westgate de Nairobi devait entamer mardi ses travaux, pendant que les accusations de pillages contre les militaires kényans se multiplient.

Attaque du Westgate: les commerçants se plaignent de pillages
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AFP

Le comité parlementaire kényan chargé d'enquêter sur l'attaque meurtrière du centre commercial Westgate de Nairobi devait entamer mardi ses travaux, pendant que les accusations de pillages contre les militaires kényans se multiplient.

Les membres de la Commission de la Sécurité nationale et celle de la Défense et des Relations étrangères - qui forment le comité ad hoc - devaient se réunir mardi au Parlement "pour établir un programme" de leurs travaux, a indiqué à l'AFP le député Dalmas Otieno.

Lundi, leurs membres s'étaient rendus sur le site du Westgate, où les polices scientifiques kényanes et de plusieurs pays occidentaux poursuivent leurs recherches d'indices et d'éventuels cadavres de victimes.

Les enquêteurs, selon des propos rapportés par M. Otieno, espéraient retrouver les cadavres d'au moins cinq assaillants dans les décombres de la partie arrière du bâtiment, partiellement effondrée après avoir été le théâtre d'un intense incendie durant le siège, mais ne pensaient pas y trouver de corps d'éventuels otages.

L'enquête parlementaire devra notamment se pencher sur les possibles manquements des diverses forces de sécurité à prévenir l'attaque, puis leurs rôles pendant et à l'issue du siège, selon le président de la commission de la Défense, Ndungu Gethenji.

Les troupes d'élite de l'armée kényane, qui ont mené - entre le samedi 21 septembre en fin d'après-midi et le mardi 24 au soir, fin officiellement annoncée du siège - les opérations contre les assaillants, sont notamment accusées de s'être livrées à des pillages systématiques des magasins du centre commercial.

"Pas une vitrine n'est intacte, tout a été pillé", a raconté à l'AFP une commerçante de retour du Westgate, "mon ordinateur portable est parti (...) tout a été ouvert dans le bureau, sans doute pour chercher s'il y avait des choses à voler".

Les employés du magasin, qui s'y étaient enfermés durant l'attaque, avaient évacué les lieux le 21 septembre en fin d'après-midi, après avoir été secourus par la police qui avait ensuite quitté le bâtiment, les commandos de l'armée kényane ayant pris le relais.

Une employée d'un salon de beauté a affirmé mardi à l'AFP que "tous les magasins, à l'exception de quelques uns ont été pillés".

"Quand les employés (réfugiés à l'intérieur du magasin) ont été secourus ils ont fermé à clé, mais (...) la caisse est fracturée, des bijoux et nos sacs à main ont disparu", a-t-elle raconté.

Angie Meseguer, propriétaire d'une boutique de vêtements a indiqué à l'AFP que son "stock a disparu".

Le ministre kényan de l'Intérieur, Joseph Ole Lenku, a implicitement admis les pillages, disant "prendre très au sérieux" les accusations en ce sens, tout en tentant de minimiser leur étendue.

Pardeep Rehal, propriétaire d'une librairie, a fait état d'"une très forte puanteur de cadavres à l'intérieur, et du sang partout".

"Ca pue le cadavre, on ne peut pas se tromper sur l'odeur", a raconté une autre commerçante, "tout le 1er étage a brûlé (...) il n'y a plus de lumière et il y a des cendres partout".

M. Githenji a fait savoir lundi que l'enquête parlementaire comprendrait aussi "un réexamen" de la politique kényane en matière d'accueil par le Kenya de camps de réfugiés somaliens, qu'il a qualifiés de "camps d'entraînement et foyers" extrémistes.

Près de 500.000 Somaliens sont réfugiés au Kenya. Le président de la Commission de la Sécurité nationale, Amam Kamama, a de son côté suggéré la fermeture du camp de Dadaab, le plus important complexe de camps de réfugiés au monde.

L'ONG Human Rights Watch s'est dit "inquiète des appels de parlementaires à fermer les camps de réfugiés au Kenya".

Mardi, la classe politique kényane - dont le président Uhuru Kenyatta, le vice-président William Ruto et leur principal opposant Raila Odinga - était réunie pour une cérémonie de prière oecuménique, animée par les responsables des différentes religions: Eglises chrétiennes, musulmans, hindous et sikhs.

L'attaque, revendiquée par les islamistes somaliens shebab qui l'ont décrite comme des représailles à l'intervention militaire kényane lancée en octobre 2011 en Somalie, a fait 67 morts et 39 personnes restaient portées disparues, selon la Croix-Rouge.

Le Kenya "ne se laissera pas intimider", a assuré mardi M. Kenyatta, répétant que les troupes kényanes "resteraient (en Somalie) tant que (les Somaliens) n'auront pas remis de l'ordre dans leur pays".

M. Odinga a estimé que le pays était "engagé dans une longue bataille vouée à perdurer" et a appelé à renforcer la sécurité. "Le renseignement non exploité ne sert à rien", a-t-il souligné alors que la presse kényane a fait état d'un rapport resté sans réponse des services kényan de renseignement, avertissant d'une possible attaque.

"En période de problèmes nous devons prier ensemble pour au moins nous consoler les uns les autres", a expliqué à l'AFP Mustafa Gichuri, un musulman de 50 ans qui participait à la cérémonie de prières.

Jacob Mituki, un chrétien "born-again" de 45 ans a dit "prier pour les victimes du Westgate, remercier Dieu (...) et célébrer notre unité".

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