Espion belgo-iranien: l'Iran dément les informations

L'Iran a démenti catégoriquement mardi les informations sur un présumé espion belgo-iranien en Israël. Il est vrai que son arrestation a été rendue publique à point nommé pour la campagne anti-Iran de Netanyahou.

Gutter Renée-Anne/Belga
Espion belgo-iranien: l'Iran dément les informations
©AFP

L'Iran a démenti catégoriquement mardi les informations sur un présumé espion belgo-iranien en Israël. "Ce sont à nouveau des tentatives désagréables du régime sioniste (Israël) pour dresser l'opinion contre l'Iran", a affirmé mardi la porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Le service israélien de contre-espionnage Shin Beth a annoncé dimanche que l'"espion" Ali Mansouri avait été arrêté le 11 septembre à l'aéroport de Tel Aviv (Israël), en possession notamment de photos de l'ambassade américaine de la ville. D'après le Shin Beth, Ali Mansouri détient un passeport belge et il a été envoyé en Israël à la demande des Gardiens de la révolution iraniens, le corps d'élite du régime islamique. Le SPF Affaires étrangères a confirmé dimanche l'arrestation.

Un tribunal israélien a décidé lundi de placer en détention provisoire pour huit jours Ali Mansouri.

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a précisé dimanche que le suspect avait acquis la nationalité belge à la suite de son mariage en 2002 avec une ressortissante belge, dont il a divorcé en 2007.

L’espion belgo-iranien mis en scène? 

En Belgique, le ministre des Affaires étrangères Reynders devrait évoquer l’affaire Mans-Mansouri, ce mardi, avec le Premier ministre Di Rupo dans le cadre d’une réunion sur le renseignement et la sécurité. Mais en Israël, ce qui frappe surtout, c’est le moment choisi par les services israéliens pour révéler l’arrestation de ce Belgo-Iranien soupçonné d’espionnage au profit de Téhéran. Un choix destiné à servir la croisade anti-iranienne que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou vient précisément d’entamer aux Etats-Unis.

Ce lundi, en effet, à la demande de la police et du "Shin Beth", le juge de paix de Petah Tikva (près de Tel-Aviv) a prolongé de huit jours la détention d’Alex Mans, alias Ali Mansouri, pour permettre l’achèvement de son interrogatoire. Or, durant cette audience au tribunal, la police a déclaré que la décision de lever prématurément le secret sur l’arrestation de l’espion présumé a été prise "en haut lieu".

Par ailleurs, des sources dans les milieux sécuritaires, citées par les médias israéliens, ont confirmé que l’affaire a effectivement été rendue publique avant l’heure "pour des considérations nationales, sans toutefois que cela ait porté atteinte à l’enquête qui touche de toute façon à sa fin". Car, normalement, dans ce genre de dossier sensible, le secret n’est levé qu’à la fin de l’enquête, lorsqu’un acte d’accusation est établi officiellement.

Donc, pas de doute pour les commentateurs ici : la révélation de l’affaire a coïncidé avec le départ de M. Netanyahou pour les Etats-Unis, afin de lui permettre d’étayer sa thèse selon laquelle la récente opération de charme du président Rohani à l’Onu n’est que de la poudre aux yeux, dissimulant les réelles intentions de Téhéran, qui demeurent hostiles à Israël et aux Etats-Unis. Une thèse que le Premier ministre devait déjà présenter à la Maison-Blanche lundi en fin de journée, et qu’il martèlera ce mardi devant l’assemblée générale des Nations unies.

Preuve des projets terroristes antiaméricains, selon l’entourage de M. Netanyahou : le fait que M. Mans-Mansouri ait pris des photos de l’ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv. Il logeait d’ailleurs dans un hôtel face à l’ambassade, d’où il surveillait le bâtiment américain. Il semble que le "Shin Beth" soupçonne le Belgo-Iranien non pas d’avoir voulu personnellement perpétrer des attentats en Israël, mais bien d’avoir eu pour mission d’y préparer une infrastructure commerciale - magasins, entrepôts - pouvant accueillir des agents terroristes de l’étranger. Selon les experts, cette forme d’infiltration en Israël serait une première de la part des services iraniens.

Durant l’audience devant le juge de paix, lundi, on a appris que M. Mans-Mansouri avait refusé de se soumettre au détecteur de mensonges mais accepté de transmettre aux enquêteurs, en plus de renseignements sur ses contacts iraniens, son numéro de compte en banque, ses codes d’accès informatiques et un prélèvement ADN. Les clés de son appartement en Belgique lui ont été confisquées. Il se serait plaint par ailleurs de mauvaises conditions de détention.

Selon ses avocates israéliennes, appointées par la défense publique, "l’image apocalyptique présentée par le Shin Beth, qui prête à M. Mans-Mansouri des intentions terroristes, est loin de la réalité et sans fondement". Soulignant que leur client était toujours sous enquête et qu’elles ne pouvaient donc pas en dire plus, elles se sont bornées à déclarer que "l’image était bien plus complexe".