Violences en Inde: l'opposition pointée du doigt

La communauté musulmane indienne a été la cible de violente attaques, ces dernières semaines. Le principal parti d'opposition, le BJP, cherche à raviver les tensions inter-communautaire.

Violences en Inde: l'opposition pointée du doigt
©AP
Robin Duculot (st.)

Au début du mois de septembre, dans la province indienne d'Uttar Pradesh, des émeutes anti-Musulmans ont fait une quarantaine de morts. Et plus de 40 000 personnes ont fui leurs villages pour échapper aux massacres. 

Dans ces régions, les petites frictions sont fréquentes, entre la majorité hindoue, qui représente environ 80% de la population, et la minorité musulmane. Cependant, elles atteignent rarement de telles proportions. Cette fois-ci, un parti politique a volontairement exacerbé le climat de violence, encourageant  les émeutiers à l'aide de diverses techniques de propagandes. Des officiels du Parti nationaliste hindou (BJP), la principale formation d'opposition, auraient, entre autre, harangué la foule à l'aide d'une fausse vidéo supposée montrer des Musulmans lynchant des Hindous.

Une stratégies meurtrière

Le Bharatiya Janata Party (BJP) est coutumier de ce genre de pratique."Depuis toujours, leur objectif est d'unifier un électorat autour de l'identité hindoue en stigmatisant les minorités, en particulier les Musulmans. En réalité, les violences envers eux sont simplement une stratégie de campagne", nous confie Gilles Verniers. Ce Belge, établi en Inde depuis huit ans, est doctorant à Science-Po Paris. Il explique que ce parti est sur le déclin depuis qu'il a perdu les rênes du pouvoir en 2004,"Les identités régionales et les identités de castes ont pris de l'importance, ces dernières années, dans le paysage politique indien. Aujourd'hui, il est plus compliqué de consolider un électorat autour du seul marqueur de la religion", témoigne-t-il

Lors des scrutins précédents, ce parti politique, qui jongle entre libéralisme économique et traditionalisme social, avait même un peu mis de côté son agenda anti-Musulmans, pour mettre davantage l'accent sur les performances économiques du pays et la lutte contre la corruption. Mais, pour les prochaines élections législatives, qui auront lieu au printemps prochain, les dirigeants du parti semblent avoir décidé de revenir à leur ancienne ligne politique, ouvertement marquée par le sentiment anti-Musulmans. Outre les violences, cette décision se manifeste dans le choix de la tête de liste du parti. Il s'agit de Narendra Modi (voir photo), un personnage controversé. "Même s'il a été blanchi lors une procédure judiciaire, son implication dans le massacre de plus de 3000 personnes en 2002, ne fait pas vraiment de doute", explique Gilles Verniers. 

Une tactique efficace ?

De leur côté, les autres partis condamnent fermement les violences. L'actuel Premier ministre, Manmohan Singh, a même rendu visite au 40 000 personnes toujours réfugiées dans des camps de fortune, mis en place par l'armée. Modi, lui, persiste et signe dans la controverse. Lundi dernier, il était le grand absent du Conseil national sur l'intégration, un forum exceptionnellement organisé suite aux violences d'Uttar Pradesh, au cours duquel l'ensemble des acteurs de la vie politique indienne étaient invités à débattre des tensions inter-communautaires. Son refus de participer a été accueilli avec colère dans les rangs de la majorité, le Premier ministre a même promis de punir les politiques qui encouragent les violences. 

Si cette menace est mise à exécution, la tactique du PJB pourrait donc coûter cher à ses membres. De plus, il n'est pas certain qu'elle soit efficace à la sortie des urnes, selon Gilles Verniers. "La société indienne a beaucoup changé depuis les années 90, quand le PJB était au sommet de sa popularité avec son message anti-Musulmans. Rien n'indique que la stratégie qui a marché à l'époque a encore une chance de fonctionner aujourd'hui". Le Congrès national indien, parti au pouvoir depuis 2004, a  donc de bonnes chances de l'emporter à nouveau, dans quelques mois. Mais d'ici là, il y a de gros risques que les attaques conte les Musulmans se multiplient.

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