Malala couronnée du Prix Sakharov, les talibans contestent

Les présidents des groupes politiques du Parlement européen ont choisi à l'unanimité d'honorer la jeune militante pakistanaise, cible il y a un an d'un attentat des talibans pour avoir milité en faveur de l'éducation des filles.

Malala couronnée du Prix Sakharov, les talibans contestent
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La jeune militante pakistanaise pour le droit à l'éducation Malala Yousafzaï a obtenu jeudi le prestigieux Prix Sakharov du Parlement européen, a annoncé le président du Parlement, Martin Schulz.

Les présidents des groupes politiques du Parlement ont choisi à l'unanimité d'honorer la jeune fille, cible il y a un an d'un attentat des talibans pour avoir milité en faveur de l'éducation des filles, a précisé une source parlementaire.

"Le Parlement européen salue la force incroyable de cette jeune femme", a déclaré M. Schulz dans un communiqué. "Malala défend avec courage le droit de tous les enfants à l'éducation", un "droit trop souvent refusé aux jeunes filles".

Il doit annoncer officiellement la désignation de la jeune Pakistanaise à 10H00 GMT devant les députés européens réunis à Strasbourg.

Malala est invitée à venir recevoir son Prix Sakharov le 20 novembre à Strasbourg.

Elle a été préférée à l'Américain Edward Snowden, auteur des révélations sur la surveillance électronique mondiale effectuée par les Etats-Unis, et à des opposants bélarusses emprisonnés.

Le Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit récompense chaque année un défenseur des droits de l'Homme et de la démocratie.


Malala "n'a rien fait" pour mériter le prix, selon les talibans

La jeune militante pour le droit à l'éducation Malala Yousafzaï "n'a rien fait" pour mériter le prestigieux prix Sakharov du Parlement européen, ont affirmé jeudi les talibans pakistanais qui menacent encore de la tuer.

"Elle n'a rien fait. Les ennemis de l'islam lui ont décerné ce prix car elle a abandonné la religion musulmane pour se convertir à la laïcité", a déclaré à l'AFP Shahidullah Shahid, porte-parole des talibans pakistanais du TTP.

"Elle remporte des prix car elle oeuvre contre l'islam. Les talibans vont cibler Malala qu'elle soit aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni", a ajouté ce cadre du TTP, un groupe islamiste armé en lutte depuis six ans contre les forces pakistanaises.


Nobel de la Paix: Malala parmi les favoris

L'adolescente pakistanaise Malala, un médecin congolais aidant les femmes violées et des militants des droits de l'Homme russes et bélarusses sont en tête des pronostics avant l'attribution du prix Nobel de la paix vendredi à Oslo.

Point d'orgue de la saison Nobel, le prix de la paix attise les spéculations, une science forcément inexacte puisque la liste des candidats reste secrète pendant au moins 50 ans. Seule certitude: 259 individus et organisations étaient en lice cette année, nouveau record.

Dans la dernière ligne droite avant le jour J, plusieurs experts du Nobel font de Malala une favorite. La jeune Pakistanaise, qui a miraculeusement survécu à une balle dans la tête tirée par des talibans il y a un an, est devenue une figure planétaire du droit des filles à l'éducation face à l'extrémisme religieux.

L'attribution du prix à Malala adresserait au monde "plusieurs messages très importants", en premier lieu "le rôle de l'éducation, en particulier celle des filles et des femmes, pour la paix, la démocratie et les droits de l'Homme", a estimé Kristian Berg Harpviken, directeur de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo (Prio).

A 16 ans, elle serait, de très loin, la plus jeune lauréate Nobel de l'histoire. Une jeunesse qui pourrait jouer contre elle, selon certains.

"Imposer cela à un enfant pourrait ne pas être éthique", objecte ainsi Tilman Brück, directeur de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Le journaliste américain Scott London, autre spécialiste du Nobel, souligne aussi qu'un tel prix "serait potentiellement controversé et risqué pour le comité, et ce dans le sillage de plusieurs choix malheureux, dont le président Obama (en 2009) et l'Union européenne" l'an dernier.

"A travers le monde, un concert grandissant de critiques estime que le prix est devenu trop politisé, que les lauréats sont choisis moins pour leurs mérites que pour la valeur publicitaire qu'on leur prête", explique-t-il à l'AFP.

Malala elle-même juge ne pas encore mériter la prestigieuse récompense. "Je pense que je peux en faire davantage. Selon moi, je n'ai pas accompli tant de choses que ça pour gagner le prix Nobel de la paix", a-t-elle déclaré mercredi sur les ondes d'une radio pakistanaise.

Habitué des "nominations", le gynécologue Denis Mukwege est un autre favori aux yeux de l'historien norvégien Asle Sveen, auteur d'ouvrages sur le Nobel.

Dans sa République démocratique du Congo (RDC) natale, le médecin, lui aussi cible d'une tentative d'assassinat en octobre 2012, soigne chaque année des milliers de filles et femmes victimes de viol, utilisé comme une arme de guerre par les groupes armés.

Théâtre l'an dernier de la pire répression depuis la chute de l'URSS selon l'ONG Human Rights Watch (HRW), la Russie peut également attirer l'attention des gardiens du Nobel en distinguant des militants des droits de l'Homme comme Lioudmila Alexeeva, Svetlana Gannouchkina et Lilia Chibanova ou encore l'ONG Memorial.

"Il y a de bonnes raisons pour que le comité Nobel commente la façon dont l'espace laissé à la société civile et l'expression démocratique rétrécit en Russie", estime M. Harpviken.

A moins qu'il ne se tourne vers le Belarus souvent décrit comme "la dernière dictature d'Europe" et où le militant Ales Beliatski purge une longue peine de prison, officiellement pour fraude fiscale.

Pour M. Brück, le prix pourrait aussi couronner les efforts de paix du gouvernement et de la rébellion des Farc en Colombie ou l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) chargée de superviser la destruction de l'arsenal chimique syrien.

Mais ces candidatures seraient prématurées pour la première et improbable pour la seconde puisque les propositions devaient être envoyées avant la date limite du 1er février.

Le Nobel consiste en une médaille d'or, un diplôme et un chèque de 8 millions de couronnes (916.000 euros).

Professeur spécialisé dans la recherche sur la paix à l'université suédoise d'Uppsala, Peter Wallensteen se veut beaucoup moins catégorique sur le nom du vainqueur: "Je soupçonne le comité d'attribuer un prix qui surprendra la plupart des commentateurs. Il aime les surprises".

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