France : L'école s'enflamme sur les sans-papiers

Après Leonarda la Kozovare, Khatchik l'Arménien émeut lycéens, parents et enseignants. Heureusement pour François Hollande, le congé de Toussaint arrive…

Correspondant permanent à Paris, Bernard Delattre
France : L'école s'enflamme sur les sans-papiers
©REPORTERS

Le duo Hollande-Ayrault va-t-il remercier le ciel (républicain) pour les hasards du calendrier? Ce vendredi soir, débute en France le congé scolaire d’automne. Il tombe bien, pour le pouvoir en place. Qui peut espérer que cette pause casse une mobilisation qui, dans les écoles, vient de reprendre vigueur.

Depuis plusieurs semaines, déjà, la grogne y faisait rage, à propos de la réforme des rythmes scolaires. Jeudi, un nouveau front est venu s’y ajouter. Motivé par “affaire Leonarda”, du nom de cette jeune Kosovare Rom, collégienne dans le Doubs (Franche-Comté), et qui a récemment été expulsée.

Après Leonarda, Khatchik

L’affaire avait, mercredi, causé une tempête politique, au cœur de laquelle s’était trouvé le ministre PS de l’Intérieur, Manuel Valls. Le lendemain, elle a incendié les écoles. Le mouvement, parti de Paris, a gagné la banlieue puis la province (Avignon, Grenoble, etc.). Nombre d’établissements ont été bloqués ou perturbés par des opérations de soutien à la jeune Rom. Dans la capitale, les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogène pour disperser les plus agités parmi les milliers de lycéens qui manifestaient aux cris de “Valls, dehors!”, ou “Nous sommes tous des sans-papiers!” Outre celui de Leonarda, un autre prénom a été scandé. Khatchik: Arménien sans-papiers âgé de 19 ans, lycéen à Paris jusqu’à son renvoi, samedi, vers son pays d’origine – où il risque la prison, pour désertion.

Les syndicats étudiants et lycéens sont très remontés. Jeudi, ils ont reçu le soutien à la fois de la principale fédération de parents d’élèves, et des syndicats enseignants. Le syndicat SNES, par exemple, s’est dit “écœuré” par le cas de Leonarda. Il exige “que le droit universel des enfants à l’éducation prime sur toute autre considération”, y compris sur les questions de séjour, autorisé ou non. Tous ont prévu de manifester à nouveau ce vendredi. Résolus à refuser toujours des policiers dans ou aux abords des écoles. Et convaincus qu’en matière d’expulsion de sans-papiers scolarisés, “Valls refait la même politique que Sarkozy” – dixit un leader lycéen, jeudi.


Inflexion plus que rupture avec Sarkozy

C’est à nuancer. Le ministre de l’Intérieur Sarkozy avait, en 2005, signé une circulaire ordonnant que les expulsions de sans-papiers scolarisés se fassent uniquement en fin d’année scolaire, et jamais au moyen de policiers envoyés dans des écoles. Fin 2012, le ministre Valls a abrogé ce texte restrictif, s’en remettant entièrement au “pouvoir d’appréciation” des préfets. Une appréciation qui, on l’a vu avec Leonarda, fait débat. Sous Nicolas Sarkozy, plusieurs dizaines de sans-papiers scolarisés ont été expulsés avant la fin de leurs études. Pendant les dix-huit mois de François Hollande à l’Elysée, les associations disent avoir déjà recensé cinq dossiers de cette espèce.

Pour ce qui concerne le reste de la politique migratoire, on ne peut globalement pas dire que le slogan fondateur de la campagne du candidat Hollande (“Le changement, c’est maintenant”) y ait été appliqué.

Si le nombre total d’expulsions d’illégaux s’est réduit depuis mai 2012 (60 par jour environ, contre 100 précédemment), c’est uniquement parce qu’il n’englobe plus les reconduites de Roms – qui, elles, ont augmenté. Sinon, côté pile, le pouvoir socialiste a un peu desserré l’étau en matière d’accès à la nationalité (naturalisations) et d’autorisations temporaires de séjour données aux jeunes universitaires étrangers, pendant la durée de leurs études (la très controversée circulaire de l’ex-ministre Guéant a été abrogée). Mais, côté face, dans le même temps, et au détriment de certains types particuliers de migrants, la France est encore plus restrictive qu’auparavant. Ainsi, les associations d’aide aux malades ont, depuis mai 2012, recensé “un nombre sans précédent” de sans-papiers souffrant de pathologies graves mais renvoyés dans leurs pays d’origine, alors que les traitements médicaux indispensables à leur survie n’y sont pas disponibles.

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