Invité puis refoulé par le Parlement européen

Tarek Al-Hachemi, l’ancien vice-président irakien, recherché par Interpol, a passé 24 heures agitées en Belgique. Il était invité par le Parlement européen. Mais son président, Martin Schulz, y a mis son veto. Récit du principal intéressé.

Ch. Ly.
WASHINGTON - FEBRUARY 02: Iraqi Vice President Dr. Tariq Hashimi (L) shakes hands with U.S. Secretary of State Hillary Clinton at the State Department February 2, 2010 in Washington, DC. Hashimi met earlier with President Barack Obama and Vice President Joe Biden and they discussed Iraq's upcoming general elections scheduled for March and the United States planned withdrawal in 2011. Chip Somodevilla/Getty Images/AFP
WASHINGTON - FEBRUARY 02: Iraqi Vice President Dr. Tariq Hashimi (L) shakes hands with U.S. Secretary of State Hillary Clinton at the State Department February 2, 2010 in Washington, DC. Hashimi met earlier with President Barack Obama and Vice President Joe Biden and they discussed Iraq's upcoming general elections scheduled for March and the United States planned withdrawal in 2011. Chip Somodevilla/Getty Images/AFP ©IMAGEGLOBE

Un haut dirigeant irakien, recherché par Interpol, a passé 24 heures en Belgique, s’est vu refuser l’entrée du Parlement européen (PE), puis a donné une conférence de presse et quelques interviews avant de repartir jeudi soir en avion à destination de la Turquie, qui lui offre l’asile politique.

Cette affaire rocambolesque, c’est celle de Tarek Al-Hachemi, l’un des dirigeants irakiens sunnites les plus influents. Selon nos informations, il avait été invité jeudi matin, à 10h30, à parler devant la commission des Affaires étrangères du PE. Un groupe d’eurodéputés voulait en effet entendre son témoignage sur la guerre sectaire qui déchire son pays. Deux députés, le conservateur britannique Struan Stevenson et le conservateur espagnol Alejo Vidal-Quadras, avaient plaidé pour l’invitation, signée finalement par le président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, l’Allemand Elmar Brok.

Et comme l’homme se trouvait visé par une notice rouge d’Interpol, deux avocats, le Belge Georges-Henri Beauthier et le Français William Bourdon, se sont assurés que le dirigeant irakien puisse se rendre en Belgique sans être inquiété par la police belge.

Un visa belge, de type Schengen, a donc été accordé par la Belgique, avec l’accord des Affaires étrangères et de l’Intérieur, et sur base de l’invitation du Parlement européen, selon Me Beauthier. L’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) confirme aussi "avoir fait son boulot". Le visa a été délivré à la dernière minute, lundi, en Turquie.

Mais contre toute attente, le président du Parlement européen, Martin Schulz, s’est opposé mercredi à ce que M. Al-Hachemi foule le sol du Parlement européen. "Logique et normal qu’on ne franchisse pas la porte du Parlement quand on fait l’objet d’une notice rouge", affirme une source interne.

Des contacts avec certains eurodéputés et quelques journalistes ont cependant eu lieu à The Hotel - ex-Hilton de Bruxelles -, où l’ancien vice-président irakien avait établi ses quartiers avant de reprendre le vol de 18h15 vers Istanbul, jeudi à Zaventem. "Heureusement que la Belgique a tenu ses engagements", s’est félicité hier soir Me Beauthier.

La "notice rouge"

Précisons qu’une "notice rouge" d’Interpol n’est pas un mandat d’arrêt international. Elle sert à faire circuler des mandats d’arrêt nationaux au sein des 190 pays membres d’Interpol. L’Irak en fait partie. Le 8 mai 2012, Interpol avait demandé à ses membres de "localiser et d’arrêter" l’ancien vice-président. "Cette notice rouge d’Interpol à l’encontre de Tarek Al-Hachemi va réduire considérablement ses capacités à voyager et franchir les frontières internationales. C’est un outil puissant qui va aider les autorités dans le monde à le localiser et à l’arrêter", avait déclaré le secrétaire général d’Interpol, Ronald K. Noble, dans un communiqué.

M. Al-Hachemi dément tout ce que lui reproche la justice irakienne. Celle-ci l’accuse d’avoir ourdi, avec ses gardes du corps, le meurtre de 150 opposants, officiels et pèlerins chiites. La condamnation à mort, prononcée en septembre 2012, en l’absence de l’inculpé réfugié en Turquie, n’incluait plus que deux meurtres, ceux d’une avocate et d’un général. Le soutien qu’a reçu le condamné de la Turquie et des pays de l’arc sunnite a fortement irrité le Premier ministre irakien actuel, le chiite Nouri al-Maliki.