Leonarda: Dati accuse Hollande de "violer la Constitution"

"Le pire, assure Mme Dati, c'est de dire Leonarda peut revenir, à la charge de la France, faire sa scolarité. (...) Si ceux qui respectent la loi et ceux qui ne la respectent pas ont les mêmes droits, c'est ça le terreau de la haine et du racisme".

AFP
Leonarda: Dati accuse Hollande de "violer la Constitution"
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L'ancienne ministre de la Justice Rachida Dati (UMP)a accusé dimanche François Hollande de "violer la Constitution" en proposant le retour sur le sol français de la collégienne kosovare expulsée Leonarda Dibrani.

"Cette affaire révèle non seulement les contradictions mais aussi l'incompétence extrêmement dangereuse de ce gouvernement qui remet en cause l'Etat de droit et le respect de la loi", a déclaré Mme Dati à l'émission 12/13 Dimanche sur France 3.

Selon elle "c'est insensé" de se poser depuis quelques jours la question de respecter ou non une décision de justice, et de pointer "le manque de discernement" des policiers, alors que "le père (de Leonarda, ndlr) reconnaît avoir menti, fraudé" et que tous les recours contre l'expulsion de la famille avaient été épuisés. "Le pire, a enchaîné Mme Dati, c'est de dire Leonarda peut revenir, à la charge de la France, faire sa scolarité".

Mais sur quels principes ? Le président de la République viole la Constitution en disant cela". "Comment un président de la République peut-il défaire ce qui a été décidé par des magistrats? (...) Sur quelles bases juridiques elle va revenir?", a interrogé l'eurodéputée et maire du VIIe arrondissement de Paris.

"Le retour est impossible légalement". "Si ceux qui respectent la loi et ceux qui ne la respectent pas ont les mêmes droits, c'est ça le terreau de la haine et du racisme", a-t-elle lancé. Interrogée par ailleurs sur l'attitude de l'UMP vis-à-vis du FN, Rachida Dati a assuré que "ceux qui font monter le Front national, et la haine et le racisme dans notre pays, c'est la gauche".

"La gauche aujourd'hui donne tous les ingrédients pour écoeurer les Français", a-t-elle aussi affirmé, s'emparant du cas des salariés en lutte d'une imprimerie de Marcq-en-Baroeul (Nord). "Est-ce que cette gauche peut s'occuper de ces ouvriers qui veulent sauver leur emploi et leur entreprise? (...) La gauche les a oubliés, c'est ça qui fait monter le Front national".

La gestion de l'affaire Leonarda "fait monter le FN", accuse Copé

Le président de l'UMP, Jean-François Copé, s'est inquiété dimanche du bénéfice que le Front national pouvait tirer de l'affaire Leonarda, assurant qu'il n'était "pas question de laisser l'extrême droite profiter de l'impéritie du président de la République".

"je préviens: tout cela, cela fait monter le Front national et je ne laisserai pas faire ça", a déclaré M. Copé au micro d'Europe 1. "Il n'est pas question de laisser l'extrême droite profiter de l'impéritie du président de la République", a-t-il ajouté.

M. Copé a accusé à nouveau François Hollande d'avoir "porté un coup terrible à l'autorité de l'Etat" en proposant à la collégienne rom kosovare expulsée le 9 octobre de revenir seule en France si elle le souhaitait. "On a tout simplement, par la voix du président de la République, bafoué l'autorité de l'Etat", a-t-il affirmé.

Selon M. Copé, "il faut réécrire complètement la politique de l'immigration en France", et en particulier "renforcer le contrôle aux frontières et sortir les pays qui à l'intérieur de Schengen sont incapables de faire leur travail de contrôle".

"La deuxième priorité, c'est qu'une bonne fois pour toutes on arrête d'être le pays le plus attractif d'Europe en matière sociale pour les étrangers", a poursuivi le président de l'UMP.

"La France est un pays bien généreux, mais cette fois-ci ça suffit !", a-t-il déclaré, en soulignant que la famille de Leonarda, arrivée en 2009, était restée quatre années en France malgré "huit procédures de demandes d'asile toutes rejetées par l'administration".

"Je veux dire aux Français, il faudra le moment venu que la droite républicaine remette tout cela sur la table et fasse des propositions", a promis M. Copé.

Valls salue le geste "généreux de Hollande

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a salué le geste de "générosité" du président François Hollande envers Leonarda tout en précisant que la famille de la jeune fille, expulsée au Kosovo, ne "reviendra pas" en France, dans un entretien au Journal du Dimanche (JDD).

"Le geste du Président est un geste de générosité pour Leonarda mais la famille ne reviendra pas...", a-t-il déclaré, après la décision annoncée par M. Hollande d'offrir à cette collégienne âgée de 15 ans de rentrer en France, mais sans sa famille.

La proposition de M. Hollande a été repoussée par la collégienne et immédiatement critiquée, y compris par le premier secrétaire du PS, Harlem Désir: "Tous les enfants de la famille de Leonarda (doivent pouvoir) finir leurs études en France accompagnés de leur mère", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le Parti de Gauche a jugé d'une "cruauté abjecte" le fait de sommer une collégienne de choisir entre vivre en famille ou poursuivre ses études en France.

"C'est un geste fort du chef de l'Etat. Il a rappelé la force de la loi mais aussi sa volonté de préserver l'école des conflits de la société", a estimé de son côté le ministre de l'Intérieur qui a présenté samedi les conclusions de l'enquête sur l'expulsion de Leonarda au président de la République et au Premier ministre.

"Compte tenu de sa prise en charge maladroite près d'un lieu scolaire, il a proposé à Leonarda, et à elle seule, de poursuivre sa scolarité en France" a précisé Manuel Valls. "Il revient à ses parents de bien réfléchir à cette proposition. Il y va de son avenir. S'ils acceptent, un visa spécifique lui sera remis, elle pourra poursuivre sa scolarité et son accueil sera organisé". Concernant l'émotion créée par cette affaire, il s'est dit "sensible à la situation de cette jeune fille". "J'entends l'émotion, notamment celle de la jeunesse", a-t-il assuré, mais "l'émotion ne peut pas être la seule boussole politique". "J'ai assumé mes responsabilités de ministre. Le rapport de l'Inspection générale le démontre, ll n'y a pas eu de faute ni du préfet, ni de l'administration, ni des forces de l'ordre", a-t-il ajouté.

Valls répond à la polémique

"La politique que je mets en œuvre est celle du Président", a tenu à souligner M. Valls à propos de la polémique déclenchée jusque dans son camp par cette affaire. Après plusieurs jours de controverse politique et de manifestations demandant le retour de Leonarda et la démission de M. Valls, ce dernier est rentré précipitamment des Antilles, où il effectuait un déplacement officiel.

"Les étrangers même en famille, même avec des enfants scolarisés, dès lors qu'ils n'ont plus droit au séjour, doivent quitter le territoire. Il n'y a pas deux politiques possibles. Celle que nous menons, respectueuse des droits, est une politique de gauche", a-t-il martelé.

"Les critiques ne m'atteignent pas", a-t-il encore affirmé, "et je ne me sens pas du tout isolé. J'ai le soutien de parlementaires, de maires, de sympathisants de gauche et de nos compatriotes".

"Je ne répondrai pas aux attaques stériles", ajoute-t-il. "Quand elles viennent de notre propre camp, je le déplore, car cela nous affaiblit collectivement".

"Rien ne me détournera de mon cap", conclut-il.


François Bayrou (Modem) aurait "maintenu" l'expulsion

François Bayrou, le président du Modem, a affirmé dimanche que dans l'affaire Leonarda, s'il avait été chef de l'Etat, il aurait "maintenu" la décision d'expulsion de la jeune collégienne rom kosovare, dès lors que l'enquête écartait tout "manquement grave".

"J'aurais dit ceci: +Premièrement, l'enquête a montré que c'était dans le respect du droit, un respect scrupuleux que cette décision a été prise et son exécution décidée. Deuxièmement, il n'y a pas eu de manquement grave, on éclaircira les rapports entre ce type d'action, d'interpellation, et l'école. Etant données ces deux premières raisons, la décision (d'expusion, ndlr) est maintenue. Je me serais arrêté là", a-t-il déclaré lors du "Grand Rendez-vous" Europe 1/le Monde/iTélé, où on lui demandait quel eût été son propos, samedi, s'il avait été chef de l'Etat.

"Qu'il y ait des cas particuliers, tout le monde sait que c'est nécesssaire (...) Il y a des décisions qui sont légales, mais injustes. Cette décision elle est légale et tout à fait légitime", a poursuivi M. Bayrou.

Selon lui, "l'émotion est légitime, mais quand on est chef d'Etat, on ne doit pas confondre l'émotion et le devoir de gouvernement, le devoir d'autorité".

Interrogé sur l'autorité de François Hollande, M. Bayrou a jugé qu'elle était "affaiblie". Ce "d'autant plus que le chef de son parti le critique vehémentement dans la minute. Harlem Désir (premier secrétaire du PS, ndlr) a dit dans la minute +il faut que ce soit les enfants et la mère+" qui puissent revenir en France.

"Il y a un problème d'autorité parce que François Hollande essaie de moyenner (...) à gauche, de trouver des positions qui ne déplaisent pas trop à sa majorité parce qu'il est trop obsédé par sa majorité, il est infiniment trop obsédé par le Parti socialiste, les courants du Parti socialiste, les alliés du Parti socialiste, les satellites et les nuances de ce qu'il croit être son camp", a estimé le président du Modem.

"Le pouvoir a perdu la boussole mais ça fait perdre la boussole au pays", a-t-il lancé. "Il y a des raisons d'être inquiet"


Popularité: Hollande toujours au plus bas à 23%

La cote de popularité du président François Hollande reste au plus bas en octobre à 23% tandis que celle du Premier ministre Jean-Marc Ayrault chute de deux points, à 28%, selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche.

A la question "Êtes-vous satisfait ou mécontent de François Hollande comme président de la République ?", 23% des sondés répondent par l'affirmative comme en septembre (2% sont "très satisfaits", 21% "plutôt satisfaits"). C'est le plus bas niveau jamais atteint par le président de la République, dans ce baromètre mensuel, depuis son élection en mai 2012. Jusqu'à septembre le taux minimal de satisfaction était de 25%, atteint en avril.

En octobre, 77% des personnes interrogées se disent mécontentes du chef de l'Etat, en hausse d'un point par rapport à septembre (37% "plutôt mécontents" et 40% "très mécontents".

A la question "Êtes-vous satisfait ou mécontent de Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre ?", 28% répondent positivement, en chute de deux points par rapport au moins précédent (2% de "très satisfaits" et 26% de "plutôt satisfaits"). Les mécontents augmentent de quatre points par rapport à septembre atteignant 70%, dont 42% "plutôt mécontents" et 28% "très mécontents". 2% des sondés ne se prononcent pas.

Sondage réalisé par téléphone du 11 au 19 octobre auprès d'un échantillon de 1.958 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).


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