RDC: gouvernement semi-ouvert

Les ténors de l’opposition restent en effet sur la touche.

François Misser
RDC: gouvernement semi-ouvert
©AFP

Dans un discours prononcé devant les deux Chambres en présence du président de l’autre Congo, Denis Sassou-Nguesso, et de la présidente de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, le président Joseph Kabila a annoncé hier la constitution prochaine d’un "gouvernement de cohésion nationale". Et dans le même esprit de rassemblement, le rapatriement prochain de la dépouille du président Mobutu Sese Seko.

Selon le Président, le futur gouvernement sera chargé de mettre en œuvre les recommandations des concertations nationales qui ont rassemblé à Kinshasa, pendant près d’un mois jusqu’au 5 octobre, quelque 900 délégués de la majorité, d’une partie de l’opposition et de la société civile. Composé de représentants de ces entités, ce gouvernement sera chargé de rétablir la paix, restaurer l’autorité de l’Etat dans le pays, consolider l’unité nationale, mettre en œuvre la décentralisation, organiser les élections et améliorer les conditions sociales des populations.

Ces assises avaient été convoquées pour renforcer précisément cette cohésion ébranlée par l’élection contestée du Président et des députés en novembre 2011. Kabila a également accédé favorablement à la demande de libération de certains détenus civils. En revanche, il s’est montré inflexible face aux exigences d’amnistie émanant des rebelles "récidivistes impénitents" du M23 qui sévissent au Nord-Kivu. Du coup, les pourparlers de paix en cours à Kampala risquent de rester "sans perspective immédiate des conclusions", comme le dit Kabila lui-même.

Le suspense demeure

Notamment quant au sort du Premier ministre sortant Augustin Matata Ponyo, technocrate prisé des hommes d’affaires étrangers et des diplomates. Selon une source gouvernementale, il serait assuré de conserver son poste. Autre inconnue : la date des prochaines élections municipales, provinciales et sénatoriales qui auraient dû avoir lieu il y a un an. Celles-ci, dit le Président, doivent intervenir "dans un délai court mais raisonnable". L’annonce d’un redécoupage du pays en 26 provinces au lieu de 11 reste un défi. Car, au Katanga, bastion présidentiel, en grande partie, la classe politique est réticente.

En définitive, Kabila va-t-il remporter son pari d’élargir sa légitimité ? La réponse est mitigée. Certes, il peut compter sur le ralliement du président du Sénat Léon Kengo et d’autres "transhumants" politiques, passés de l’opposition à la collaboration avec le pouvoir. Mais l’ouverture est limitée puisque les principaux ténors de l’opposition, le vétéran Etienne Tshisekedi et l’ancien président de l’Assemblée, Vital Kamerhe, restent farouchement sur la touche.

Pour le politologue congolais Jean Omasombo, la formule d’un gouvernement de cohésion n’est pas bonne car elle remet en question le résultat des élections. En rassemblant une partie de l’opposition, on crée une situation dans laquelle personne n’est responsable de l’action gouvernementale et Kabila, selon lui "président faible", se replace au centre du jeu politique. Dans un rôle d’arbitre et de distributeur de postes, qui évoque celui de Mobutu à la fin de son règne.

En tout cas, Kabila est parvenu par son annonce à semer la panique chez les ministres sortants comme chez les opposants en quête de maroquins ministériels.