Pirates et hooligans par-dessus le marché

Mourmansk, dans l’extrême nord de la Russie, n’est pas l’endroit le plus drôle de la planète avec son cimetière de sous-marins nucléaires, ses compteurs Geiger qui mesurent en permanence la radioactivité dans les rues et ses 168 jours de neige par an... Un billet de Philippe Paquet.

Paquet Philippe
Pirates et hooligans par-dessus le marché
©AFP Internet

Mourmansk, dans l’extrême nord de la Russie, au-delà du cercle Arctique, n’est pas l’endroit le plus drôle de la planète avec son cimetière de sous-marins nucléaires, ses compteurs Geiger qui mesurent en permanence la radioactivité dans les rues, ses 168 jours de neige par an et sa nuit polaire qui fout le cafard aux 300 000 habitants. Et à Mourmansk, il existe des endroits encore moins drôles que d’autres. La rue Radichtchev, notamment. D’un côté, il y a la plus grosse entreprise de pompes funèbres de la ville; et de l’autre, le Centre de détention préventive n°1.

C’est là qu’ont été incarcérés, depuis le 19 septembre, vingt-huit militants de Greenpeace et les deux journalistes indépendants qui les accompagnaient dans une de ces missions coups-de-poing ou casse-cou dont l’organisation écologiste s’est fait une spécialité. Ce jour-là, les activistes, de dix-huit nationalités différentes, étaient partis à l’assaut d’une plateforme de forage de Gazprom, dans les eaux glaciales de la mer de Barents, pour y accrocher une banderole dénonçant les dangers de cette exploitation. Une opération héliportée des services de sécurité russes mit brutalement fin à la tentative.

Dans n’importe quel pays rationnel, a écrit "Le Monde", pareille audace aurait été sanctionnée d’une amende, au pire d’un peu de prison avec sursis. Pas dans une Russie d’un autre âge. Accusés de piraterie, les trente prévenus ont été détenus dans des conditions dignes des cachots du Moyen Age, avant d’être transférés, vendredi, vers une prison de Saint-Pétersbourg. Mais Greenpeace révèle que la requalification des faits en "hooliganisme", promise par le parquet, non seulement n’est pas intervenue, mais que l’accusation d’hooliganisme s’est au contraire ajoutée à celle de piraterie pour exposer les militants écologistes à une peine cumulée de vingt-deux ans de prison. Un record olympique, d’ores et déjà.