Qui sont les bonnets rouges?

En France, depuis la fin du mois d'octobre, un mouvement breton a refait son apparition: "les bonnets rouges". Mais qui sont-ils? Pourquoi sont-ils de nouveau sur le devant de la scène? Détails sur ce collectif antifiscal breton. Explications.

Founé Diarra (ST)
Qui sont les bonnets rouges?
©REPORTERS

Depuis un mois et demi, la Bretagne est le théâtre d'un grand mouvement de contestation contre le gouvernement français. Ce que la région reproche à l'Etat, c'est l'instauration de l'écotaxe et la crise économique qui touche de plein fouet la région. Explications sur une colère qui prend de plus en plus d'ampleur dans l'Hexagone. 


Une naissance inscrite dans l'histoire de France 

Tout commence en 1675 alors que la France est en guerre contre la Hollande depuis 3 ans. Malmenées par les Hollandais qui ont organisé des inondations volontaires, les troupes royales françaises n'arrivent plus à progresser. Les navires hollandais finissent par avoir la mainmise sur les côtes françaises et plus particulièrement sur la Bretagne. Le roi de l'époque, Louis XIV, décide alors d'instaurer la levée de nouvelles taxes pour financer cette guerre. Dès lors, la région bretonne craint pour son économie. Victime d'un contexte économique morose, la Bretagne redoute un impôt sur le sel (la gabelle), dont elle était encore exempte. S'ensuit une véritable rébellion à l'encontre du pouvoir royal. Les acteurs de cette rébellion, provenant du Poher (actuelle région de Carhaix-Plouguer dans le Finistère), portaient des bonnets rouges.

Les bonnets rouges du XXIè siècle

Le 26 octobre 2013 sonne le grand retour de ces "bonnets rouges". A Quimper, lors d'une première manifestation, le collectif des salariés de 3 entreprises agroalimentaires en crise (les abattoirs Gad, les volaillers Doux et Tilly-Sabco) ont commencé à apparaître coiffés de bonnets rouges comme leurs prédécesseurs. Le modèle 2013 est confectionné par une entreprise locale, "Armor Lux", du "made in France", donc, pour reprendre les propos du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.
Contrairement à certains mouvements, où les membres sont tous issus du même secteur, les "bonnets rouges" d'aujourd'hui dépassent le traditionnel clivage gauche/droite.  Le groupe contestataire est composé de patrons, salariés d'entreprises en difficulté, d'agriculteurs, de syndicalistes, de quelques élus et de citoyens. 


Les raisons  de la colère

L'écotaxe (impôt sur les poids lourds) et la situation de l'emploi en Bretagne ont mis le feu aux poudres. Suite à la fronde des professionnels bretons, le 29 octobre dernier, le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a annoncé la suspension de l'écotaxe. Mais en vain, la colère gronde toujours.
Depuis les années 1960 et la décentralisation, les petites exploitations agricoles ont laissé la place aux grandes structures industrielles pour l'exportation de porcs et de volailles. Les années 1990 marquent un nouveau tournant pour l'économie bretonne. La concurrence internationale fait rage, ailleurs le prix de la main-d'oeuvre est bon marché et le coût des matières premières explose. 
En dépit du "don" d'un milliard d'euros octroyé par l'Etat et la Banque publique d'investissement pour l'économie bretonne, les syndicalistes ne sont pas satisfaits.

L'économie bretonne en chiffres

Le poids du secteur agroalimentaire est primordial pour la Bretagne. A lui seul, il représente plus de 60.000 salariés, soit 1/3 des emplois locaux. L'économie locale représente 10% du Produit Intérieur Brut national. Au trimestre dernier, le taux de chômage en Bretagne était de 9,5%, soit un point en moins que la moyenne nationale. Avec un chiffre d'affaires de 20 milliards d'euros, le secteur agroalimentaire est le véritable moteur économique régional. 

L'avis des Français

C'est ce moteur économique que les "bonnets rouges" veulent préserver à tout prix. Mais leur persévérance divise les Français. Selon un sondage BVA pour I>Télé Le Parisien, 6 Français sur 10 estiment que la colère des "bonnets rouges" doit cesser. Par contre, ils sont 40% à approuver le maintien de la pression sur le gouvernement. 
Du côté des politiques, des voix s'élèvent. Nouveau un coup dur pour le président Hollande, son ex-compagne Ségolène Royal qualifie cette colère de "révolte citoyenne" et juge l'instauration de l'écotaxe "totalement absurde". Quant à la présidente du Front National, Marine Le Pen, elle a déclaré qu'elle "comprenait" la colère des Bretons. Selon elle, "le risque, c'est de passer de la révolte à la révolution et c'est ce qui peut se passer quand on a un gouvernement autiste".