Immortel JFK

Le 22 novembre 1963, John F. Kennedy était assassiné à Dallas. Un demi-siècle plus tard, les circonstances de la mort du président américain n’ont toujours pas été éclaircies. Et le mythe qu’elles ont nourri n’a pas faibli.

Paquet Philippe
Immortel JFK
©AP

Il semble qu’on ait déjà tout dit et tout écrit sur John Fitzgerald Kennedy, à défaut sans doute de pouvoir cerner l’essentiel : pourquoi a-t-il été assassiné, le 22 novembre 1963, et, sinon par qui (si l’on retient la thèse officielle qui fait de Lee Harvey Oswald le meurtrier), du moins pour le compte de qui : la mafia, le lobby du pétrole, les castristes (ou, au contraire, les anticommunistes), les "cinglés" du Texas (contre lesquels JFK mit en garde Jackie en arrivant à Dallas), la CIA, le FBI et d’autres sphères du pouvoir (où l’on s’inquiétait d’un président que la maladie et une libido incontrôlable avaient rendu vulnérable), voire Lyndon Johnson lui-même, qui aurait été pressé de prendre le relais…

Sans doute cette mort, magnifiquement servie par le pouvoir extraordinaire de l’image en ce premier âge de la télévision, est-elle ce qui pouvait arriver de mieux pour la postérité de JFK. Quelle place aurait, en effet, laissé dans l’Histoire ce président s’il avait pu achever paisiblement son mandat, un an plus tard ? Nul ne peut savoir avec certitude, évidemment, quelles politiques il aurait mises en œuvre (a fortiori s’il avait été réélu pour un second mandat), quels succès il aurait engrangés, quels échecs il aurait essuyés. L’homme qu’ont révélé, après sa mort, des centaines de livres, nous apparaît pourtant bien fragile pour laisser croire qu’il aurait pu sortir indemne d’inévitables scandales pour se hisser parmi les plus grands.

Heure de gloire en 1962

Tout est bien sûr affaire de supputations. Le président Kennedy a, certes, démontré qu’il pouvait diriger l’une des deux superpuissances d’alors avec l’autorité, la sûreté de jugement et le courage qui font les hommes d’Etat. La crise des missiles de 1962 à Cuba, qui amena le monde aussi près qu’il était possible d’une guerre nucléaire, fut dénouée de main de maître, et d’aucuns voient dans ce brillant coup de poker la preuve que JFK aurait pu changer la donne de la guerre froide pour faire évoluer les relations Est-Ouest (il poursuivit dans cette voie avec sa visite historique à Berlin en juin 1963 et son immortel "Ich bin ein Berliner" ).

L’ombre qui plana sur sa politique étrangère, c’est naturellement l’engagement américain au Vietnam. En se fondant sur les déclarations d’anciens proches collaborateurs de Kennedy, certains experts assurent qu’il n’aurait pas, contrairement à Johnson, approuvé l’escalade qui conduisit à l’enlisement, puis à la débâcle. C’est possible, mais rien ne permet d’assurer que JFK n’aurait pas été lui aussi entraîné dans la spirale des événements, surtout si l’anticommunisme qui l’animait était resté, selon toute vraisemblance, un des fondements de sa pensée et de son action.

C’est donc plus logiquement en politique intérieure que Kennedy aurait pu imprimer durablement sa marque. C’est Johnson qui transforma fondamentalement l’Amérique avec l’octroi des droits civiques à la population noire et les réformes sociales liées à son projet de "Grande Société" (dont la création des assurances Medicare et Medicaid). LBJ s’inscrivit pourtant dans la voie que JFK avait tracée avec son programme de la "Nouvelle Frontière". On rappelle volontiers que c’est Kennedy qui envoya la troupe sur les campus du Sud pour imposer l’intégration raciale prévue par la loi - il rencontra au demeurant Martin Luther King lors de sa fameuse marche sur Washington.

Mort à 46 ans, le premier et, à ce jour, unique président catholique des Etats-Unis n’a pas laissé derrière lui de grands accomplissements, et pourtant sa disparition (dramatisée par le fait que l’assassin fut lui-même assassiné, dans des circonstances qui ont permis d’échafauder toutes les théories et de nourrir tous les fantasmes) a fait de lui un personnage hors du commun dans l’histoire américaine.

"Jeune, courageux, audacieux"

Lors d’une cérémonie d’hommage, mercredi, à Washington, Barack Obama a parfaitement résumé les raisons qui expliquent la fascination que continue d’exercer JFK. "Cinquante ans après, John F. Kennedy reste dans les mémoires comme il était dans la vie : jeune, courageux et audacieux." Et d’ajouter : "Il est toujours dans notre esprit, non pas parce qu’il nous a quittés si tôt, mais parce qu’il incarne le caractère du peuple qu’il a dirigé. Son idéalisme […] nous rappelle que le pouvoir de changer ce pays nous appartient".

Kennedy sut effectivement faire rêver sa génération (et les suivantes), non seulement par l’image de dynamisme et d’optimisme qu’il projetait, mais par les ambitions qu’il incarna - citons la conquête de l’espace dans laquelle il voulut engager l’Amérique après le défi lancé par le Spoutnik soviétique.

Sans parler de l’atout ô combien précieux que représentait le charme de son épouse, l’éloquence et l’élégance de John Kennedy le servirent à merveille, et partout grâce à la télévision - cette télévision qui fit de sa mort une tragédie planétaire, mais dont, par une singulière ironie, JFK avait fait, de son vivant, un instrument redoutable de pouvoir comme le révéla le mémorable débat avec Richard Nixon, tournant de la campagne présidentielle en 1960.


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