Syriens réfugiés en Bulgarie: "Nous pensions que c'était l'Europe"

Un haut responsable de l'ONU a appelé vendredi l'Europe à venir en aide aux milliers de Syriens réfugiés en Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE, alors que les inquiétudes se multiplient sur leurs conditions de vie jugées "déplorables".

Syriens réfugiés en Bulgarie: "Nous pensions que c'était l'Europe"
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AFP

Un haut responsable de l'ONU a appelé vendredi l'Europe à venir en aide aux milliers de Syriens réfugiés en Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE, alors que les inquiétudes se multiplient sur leurs conditions de vie jugées "déplorables".

"Il est très important que les pays européens gardent leurs portes ouvertes aux réfugiés syriens. Et que la solidarité européenne soit mobilisée dans toutes ses formes, notamment quand certains pays comme la Bulgarie ont des ressources limitées et se situent à la frontière extérieure de l'Union", a déclaré le Haut commissaire aux réfugiés de l'ONU Antonio Guterres lors d'une visite à Sofia.

Cette dernière a accueilli près de 10.000 immigrants clandestins dont 60% des Syriens fuyant la guerre civile depuis le début de l'année, dépassant largement ses capacités d'accueil.

Mal préparées, les autorités ont transformé à la hâte des écoles et casernes abandonnées pour loger les demandeurs d'asile, et s'apprêtent à édifier une clôture à la frontière avec la Turquie pour réduire leur nombre.

En visite dans une ancienne école reconvertie de la banlieue de Sofia, à Vrajdebna, M. Guterres et la commissaire européenne à l'Aide humanitaire, la Bulgare Kristalina Gueorguieva, ont été assaillis d'appels au secours.

Déception des réfugiés

Avec ses murs décrépis, portes défoncées, toilettes turques, cette école est surtout peuplée de Kurdes syriens dont la majorité ne parlent que l'arabe. Il n'y a pas de cours de bulgare, pas de jeux pour les enfants. "Nous pensions que c'était l'Europe, nous avons été déçus et partirons vers l'Ouest dès que possible", déclare Youssouf Kuka, 34 ans, restaurateur.

Dans chaque salle de classe, où s'entassent une quinzaine de personnes, les gens se plaignent du manque de couvertures, de la vétusté des salles de bain, et plus que tout, d'un manque d'information sur le sort qui leur est réservé.

A la sortie, une centaine de femmes et d'enfants assis par terre barrent la route des deux visiteurs, scandant "Passeports, passeports". "Nous attendons depuis deux mois déjà, désoeuvrés, et les conditions sont dangereuses pour la santé des enfants", soupire Ralfa Gennan, une jeune Syrienne de Holms.

La nouvelle du décès par infarctus d'un Syrien de 32 ans jeudi dans un autre asile à Sofia a nourri les inquiétudes. Ses résidents avaient vivement réagi, jetant des pierres sur les policiers dont l'un a été blessé.

Le quotidien Troud rapportait vendredi huit révoltes dans cinq asiles de réfugiés depuis un mois. Mardi à Harmanli, le plus grand camp à la frontière bulgaro-turque, une cinquantaine de personnes ont organisé un sit-in, demandant à loger dans des fourgons pour se protéger de l'hiver qui approche.

Des organisations non gouvernementales ont cette semaine tiré la sonnette d'alarme. Amnesty international avait jugé mardi "inhumaine" la situation des réfugiés dans le camp de Harmanli, et fait état d'une grève de la faim imminente de certains d'entre eux. Médecins sans Frontières s'était alarmé jeudi des conditions déplorables dans tous les centres d'accueil et du "manque criant de prise en charge médicale des réfugiés".

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