L’apartheid, c'était ça

En 1948, le Parti national des Afrikaners arrive au pouvoir suite à des élections réservées aux Blancs. C'est le début de la politique de l'apartheid, qui durera 43 ans. Flash-back.

Éclairage > Marie-France Cros

Lorsqu’en 1948 le Parti national des Afrikaners arrive au pouvoir par élections réservées aux Blancs, il met en place son programme d’apartheid ("séparation", en afrikaans), qui prône "un développement séparé des races" . Vivent à cette époque en Afrique du Sud 3 % d’Indiens, descendants de main-d’œuvre immigrée, 9 % de Métis, descendants d’unions interraciales, 20 % de Blancs et 68 % de Noirs.

Mais en réalité la ségrégation raciale a été instaurée dès la création de la colonie hollandaise du Cap, en 1652, et poursuivie sous la domination des Anglais. Le groupe des "Blancs" comprend en 1948 environ 40 % d’"Anglos" , qui ont généralement la double nationalité sud-africaine et britannique (ce qui leur laisse une porte de sortie vers la Grande-Bretagne en cas de malheur) et 60 % d’Afrikaners. Ces derniers sont les descendants des fondateurs des colonies blanches dans ce qui deviendra l’Afrique du Sud, principalement des Hollandais mais aussi des huguenots français ou des Scandinaves, qui font de l’Afrique leur patrie ("afrikaner" veut dire "africain").

En 1835, les Afrikaners avaient déserté leur colonie du Cap (15 000 partiront dans ce "Grand Trek "), vingt ans après que les Britanniques eurent mis la main dessus. Et, dans la dernière décennie du XIXe siècle, ils menèrent deux guerres - dites "des Boers" - contre Londres lorsque l’empire voulut mettre la main aussi sur les nouvelles colonies afrikaners (Transvaal, Orange, etc.). Mais ils les perdirent et 26 000 moururent dans les camps de concentration anglais.

Les premiers laissez-passer pour non-Blancs furent instaurés dès 1809 et la première loi séparant l’espace en fonction de la couleur de la peau date de 1894. En 1911 est établi le "colour bar" (séparation des couleurs) qui établit la ségrégation dans l’emploi et ne laisse que 7 % du territoire aux Noirs, qui ne peuvent acquérir de terres en dehors de ces zones; l’établissement du cadastre provoque des expropriations massives des Noirs.

Mariages interdits, les bancs publics aussi

L’apartheid établi en 1948 systématise la séparation raciale, interdisant les unions entre "races" et introduisant "un petit apartheid" : bancs publics "whites only" (seulement pour les Blancs), transports publics séparés, tout comme les WC et une série d’autres détails de la vie quotidienne. La séparation devient la règle de base et tout l’arsenal législatif s’y plie.

Il s’agit d’établir "une communauté de nations différentes" . Le concepteur de cette politique, Hendrik Verwoerd, prétendait que chaque "race" y trouverait son bonheur; dans la pratique, seuls les Blancs en tirèrent bénéfice.

L’apartheid créera des "bantoustans" , territoires réservés aux ethnies noires (qui forment ensemble 13 % du territoire), avec l’approbation de chefs traditionnels devenus ainsi fonctionnaires payés du régime. Ces zones arides et non développées seront décrétées "patries" des Noirs pour diminuer artificiellement le nombre de Noirs sud-africains.

Dans la même logique, l’apartheid s’assouplit dans les années 80 pour les Métis et les Indiens, afin qu’ils aient des intérêts différents de ceux des Noirs et saper ainsi l’union des opprimés.

Ce n’est qu’en 1986 qu’une mission de "sages" du Commonwealth plaidera pour le démantèlement de l’apartheid, même si Mme Thatcher s’opposera longtemps à toute sanction contre le régime raciste. Une campagne internationale appuiera alors la lutte intérieure contre l’apartheid, qui sera aboli en 1991.