Hommage français à Mandela : Trois avions pour une première

Hollande et Sarkozy pour la première fois côte à côte à l’étranger, ce mardi: en Afrique du Sud. La République y mettra les moyens.

Hommage français à Mandela : Trois avions pour une première
©REPORTERS
Bernard Delattre, Correspondant permanent à Paris

Une première, qui va coûter cher. Ce mardi, François Hollande et Nicolas Sarkozy assistent côte à côte aux cérémonies qu’organise l’Afrique du Sud en hommage à Nelson Mandela. Tout comme en 2009, l’alors Président Sarkozy avait convié son prédécesseur, Jacques Chirac, à l’accompagner aux funérailles du Gabonais Omar Bongo. Mais, s’agissant de l’actuel chef d’Etat et de celui qu’il a remplacé à l’Elysée il y a dix-neuf mois, cette participation conjointe à une cérémonie à l’étranger est une première.

Sur le territoire national, les dernières fois où les duellistes du scrutin élyséen de 2012 avaient été vus ensemble, c’était en mai et juin de cette année-là. Quand Nicolas Sarkozy avait invité le Président élu Hollande (pas encore investi) aux cérémonies du 8 Mai, sur les Champs-Elysées. Puis quand, le mois suivant, tous deux avaient assisté à une cérémonie d’hommage aux militaires français tombés en Afghanistan.

Contingences techniques et diplomatiques

Pour cette première en territoire étranger, pas moins de trois avions officiels de la République française sont prévus au décollage, lundi soir. Le premier sera le Falcon 7x qu’utilise habituellement François Hollande. Il convoiera, outre le chef de l’Etat, ses invités personnels, ses plus proches conseillers élyséens, ses agents de sécurité ainsi que quelques ministres. Aussitôt après son décollage, prendra son envol un Falcon 900. Lui aura à son bord Nicolas Sarkozy et ses invités. L’ex-Président, qui a été marqué par ses deux rencontres avec Nelson Mandela (en 2007 et 2008), a fait dire par son entourage qu’il avait beaucoup apprécié l’invitation à le rejoindre que lui a lancée son successeur, ce week-end. Un troisième jet officiel, enfin, sera occupé par les experts et les techniciens de l’Elysée.

Trois avions différents, donc, pour une seule et même destination commune. Lundi, pressé de demandes d’explications par les médias, l’Elysée a justifié ce choix par des “raisons pratiques, techniques et économiques”. En clair, les Falcon présidentiels ne comptent que quatorze places assises. Dès lors, si par extraordinaire François Hollande et Nicolas Sarkozy – qui entretiennent des relations notoirement détestables – avaient pris sur eux et accepté de voyager en chiens de faïence dans le même appareil, ils n’auraient pas réussi à y faire entrer tout leur entourage. De toute manière, commentait-on à l’Elysée, lundi, “il est compréhensible que chacun ait son espace: c’est un déplacement fatigant. Cela dure 13 heures. C’est un vol de nuit”.

Quant à utiliser le fameux Airbus A330 de l'Elysée (jadis appelé “Air Sarko-one”), il n’en a jamais été question. Cet appareil est jugé surdimensionné pour un tel déplacement et, à l’utilisation, il coûte quatre fois plus cher à l’heure de vol que les jets de type Falcon. Remplir cet Airbus des délégations hollandaise et sarkozyste – à supposer que cela aurait été diplomatiquement possible – aurait coûté 460 000 euros au contribuable – contre 160 000 euros pour l’usage des Falcon.

Courtoisie bienvenue mais tardive”

Lundi, dans les rangs de la droite, certains proches de Nicolas Sarkozy ont publiquement apprécié ce voyage par vols séparés. “C’est mieux comme cela”, a, ainsi, estimé le sénateur UMP Pierre Charon, pour qui “voir Nicolas Sarkozy passer (toutes ces) heures avec toute la cohorte socialiste aurait été un peu curieux”.

Pour le reste, ce “geste républicain” (dixit le ministre Pierre Moscovici) d’un premier déplacement officiel commun continue de faire consensus. Même Marine Le Pen, pourtant si prompte à dénoncer les connivences supposées entre “l’UMPS”, a trouvé “cela plutôt naturel”.

Certains barons de la droite n’en font pas moins la leçon à l’Elysée. Dès dimanche soir, l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait trouvé “bienvenue mais tardive” cette “courtoisie” de François Hollande à l’égard de son prédécesseur, venant d’un pouvoir socialiste jugé par l’UMP structurellement “sectaire” et “anti-sarkozyste primaire”. Lundi, dans la foulée, le député Lionel Lucca (aile droite de l’UMP) a considéré que c’était la moindre des choses que le chef de l’Etat enfin “retrouve une façon d’être correct avec son prédécesseur, ce qui n’a pas été le cas dès la cérémonie de passation des pouvoirs”. Cérémonie lors de laquelle, pour mémoire, François Hollande n’avait pas raccompagné Nicolas Sarkozy jusqu’à la sortie du palais de l’Elysée, ni ne lui avait rendu hommage, dans son premier discours de nouveau chef de l’Etat.


Sur le même sujet