L'adieu du monde à Mandela: le bal des hypocrites

La cérémonie de Soweto, si elle a permis aux Sud-Africains de montrer leur attachement au père décédé de la nation, a aussi - afflux de personnalités oblige - été l’occasion d’un rendez-vous diplomatique aux allures de bal des hypocrites.

L'adieu du monde à Mandela: le bal des hypocrites
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Analyse>Marie-France Cros

 La cérémonie de Soweto, si elle a permis aux Sud-Africains de montrer leur attachement au père décédé de la nation, a aussi - afflux de personnalités oblige - été l’occasion d’un rendez-vous diplomatique aux allures de bal des hypocrites.


Imiter Mandela ? Oui mais…

On a ainsi remarqué la rapidité avec laquelle le Président des Etats-Unis a salué un vieil ami du parti de Nelson Mandela, le chef d’Etat cubain Raul Castro. Washington - loin d’appliquer l’esprit de réconciliation de Madiba pourtant célébré par Barack Obama - continue à soumettre l’île caraïbe à un épuisant embargo économique depuis un demi-siècle.

Remarquable, aussi, la présence de trois anciens présidents des Etats-Unis - MM.Clinton, Bush fils et Carter. Ce dernier dirigea les Etats-Unis (1977-1981) à une époque où ce pays refusait de sanctionner le régime d’apartheid, bien que la jeunesse sud-africaine eut entamé son soulèvement après le massacre de Soweto (1976).

La même indifférence, à l’égard de celui auquel les excellences de ce monde ont rendu hommage mardi, est à mettre au passif des Européens, car ce n’est généralement qu’en 1986 que les pays occidentaux prirent des sanctions envers l’apartheid. L’Onu, elle, avait décrété un embargo sur les armes (1963) et les livraisons de pétrole (1977) au régime raciste blanc - allègrement violé par de nombreux pays occidentaux apôtres des droits de l’homme.

Protea, le lobby flamand

La Grande-Bretagne de Margaret Thatcher et l’Allemagne refusèrent tant qu’elles purent des sanctions contre Pretoria. La France lui fournit des armes et collabora à la centrale nucléaire de Koeberg (1976). En Belgique, des Flamands de la Volksunie et du Vlaams Blok - bientôt rejoints par des sociaux-chrétiens et des libéraux - créaient (1977) Protea, un club d’amitié avec l’Afrique du Sud devenu rapidement un des principaux lobbies du monde en faveur du régime d’apartheid. Un de nos confrères flamands, à l’époque, nous avait confié que cela valait aux journalistes flamands d’être mieux traités en Afrique du Sud que ceux des PaysBas, où un important mouvement civique anti-apartheid était actif.

Car, dans les pays occidentaux, les citoyens militèrent contre l’apartheid bien avant les Etats. Boycottant les oranges sud-africaines ou forçant Coca Cola ou Kodak à désinvestir d’Afrique du Sud.

En Afrique, ce furent au contraire des Etats - ceux de "la ligne de front" en particulier, soit les voisins de Pretoria, dont le président zimbabwéen Robert Mugabe, très applaudi mardi - qui appuyèrent la lutte des Sud-Africains pour la liberté. A l’exception de la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny et du Zaïre de Mobutu, qui collaborèrent avec le régime raciste.


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