L’Europe paie pour des fantômes

L’Union finance les salaires de fonctionnaires palestiniens absents, révèle un audit.

A portrait of Yasir Arafat and Palestinian president Mahmoud Abbas hanging on the wall of Al Alia Government Hospital in the West Bank town of Hebron. Reporters / Redux *** Local Caption *** 14237393
A portrait of Yasir Arafat and Palestinian president Mahmoud Abbas hanging on the wall of Al Alia Government Hospital in the West Bank town of Hebron. Reporters / Redux *** Local Caption *** 14237393 ©Reporters / Redux
Vincent Braun

Les jours de Pegase sont comptés. Le programme d’aide financière de l’Union européenne à l’Autorité palestinienne présente de graves défaillances dans sa mise en œuvre, révèle un rapport de la Cour des comptes européenne rendu public mercredi. L’aide financière directe prévue dans le cadre du programme Pegase sert, entre autres, à payer les salaires de fonctionnaires palestiniens qui ne travaillent pas et qui n’assurent donc aucun service public. Un comble, puisque ce programme est censé soutenir les services publics au profit de la population palestinienne. Entre 2008 (date de son lancement) et 2012, Pegase a octroyé un financement total d’environ un milliard d’euros à l’Autorité palestinienne.

Dans son rapport, le gardien financier de l’Union ne remet pas en cause l’efficacité du programme Pegase, appliqué "dans des conditions difficiles", mais il émet des doutes sur sa durabilité "sans une révision majeure de l’approche actuelle". Le programme, affirme le rapport, a fortement contribué à payer les salaires dus par l’Autorité palestinienne aux fonctionnaires de ses services publics (administration, enseignement, santé) ainsi que les retraites et les aides aux familles démunies. Mais "l’augmentation du nombre de bénéficiaires et la réduction du financement des donneurs ont induit en 2012 d’importants retards dans le versement des salaires par l’Autorité palestinienne, provoquant des troubles généralisés" au sein de la population.

L’organe de contrôle financier de l’Union recommande donc une "révision approfondie" de certains aspects de ce mécanisme de soutien. "L’approche actuelle doit être radicalement modifiée", souligne la Cour, ajoutant que ce changement devient "indispensable". Car, bien que la Commission européenne ait établi un système de vérification fiable pour savoir si l’aide va bien aux personnes ciblées, celui-ci s’est vu prendre en défaut.

Gaza sans contrôle

C’est à Gaza que les manquements se sont révélés les plus criants. L’audit affirme que les salaires ont été payés à un grand nombre de bénéficiaires gazaouis qui ne vont pas travailler en raison de la situation politique. Le contexte sécuritaire, qui empêche parfois les gens d’aller travailler, n’a pas permis non plus de réaliser des contrôles sur les lieux, relève le rapport. Selon les estimations de la Cour, environ 22 % des fonctionnaires des ministères de la Santé et 24 % des employés du ministère de l’Education reçoivent des subsides européens alors qu’ils ne travaillent pas.

Parmi les exemples de mauvaise gestion supposée des fonds européens, le rapport cite le remboursement de la TVA, à hauteur de plus de 2,5 millions d’euros, pour un hôtel 5 étoiles de la bande de Gaza, soit 23 % de toute l’aide européenne versée aux entreprises à Gaza. "Ces paiements sont censés fournir un service public, or, quand les enquêteurs ont visité l’hôtel, en octobre 2012, il fonctionnait à peine", note le rapport.

La Cour des comptes propose que l’UE conclue un nouvel accord avec l’Autorité palestinienne, prévoyant que le financement des salaires et des pensions du programme Pegase pour les fonctionnaires publics de Gaza soit interrompu et redirigé vers la Cisjordanie. L’audit invite aussi les autorités politiques européennes à s’entendre avec Israël - qui conserve le contrôle sur une bonne partie de la Cisjordanie - sur les mesures que l’Etat hébreux pourrait prendre pour assurer que l’aide financière du programme européen soit plus efficace.

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