Schulz: "Il faut rendre leur voix aux citoyens européens"

De la présidence du Parlement européen, Martin Schulz ambitionne de passer à celle de la Commission. L’Allemand sera la tête de liste du Parti socialiste européen pour les élections qui auront lieu en mai 2014 dans toute l’Union.

Olivier le Bussy
Schulz: "Il faut rendre leur voix aux citoyens européens"
©REPORTERS

De la présidence du Parlement européen, Martin Schulz ambitionne de passer à celle de la Commission. L’Allemand sera la tête de liste du Parti socialiste européen pour les élections qui auront lieu en mai 2014 dans toute l’Union.

Selon le traité de Lisbonne, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union devront prendre en compte les résultats des élections pour désigner le futur président de la Commission. Etes-vous certain que le Conseil européen se prêtera au jeu ?

Beaucoup de gens pensent que leur vote aux européennes ne compte pas et s’abstiennent, alors que le Parlement européen est le législateur le plus important en Europe. Au bistrot de mon quartier, les gens m’interpellent pour me signaler que 70 % des lois viennent de Bruxelles, avant d’ajouter que le Parlement n’a rien à dire ! Il faut donc expliquer aux citoyens que leur vote a un impact concret. Tous les partis politiques ont accepté de présenter leur candidat pour la présidence de la Commission. Le Conseil européen doit accepter de consulter le Parlement juste après les élections.

Le projet européen n’est pas populaire en ce moment. Le risque n’est-il pas que la campagne se résume à un débat entre partis antieuropéens, extrémistes et populistes d’une part et partis pro-européens d’autre part, empêchant ces derniers d’afficher ce qui les distingue les uns des autres ?

Il ne faut pas permettre aux eurosceptiques et aux populistes de réduire le débat à un “oui” ou “non” à l’Europe. Il faut contrer ces gens qui disent que le vote européen sert à brandir un carton jaune aux gouvernements en place ou qui racontent aux citoyens que l’Union va disparaître au lendemain des élections. Pour ce faire, il faut une compétition entre les différents programmes sur la direction de la Commission. Il faut rendre sa “normalité électorale” au scrutin européen. Je ne suis pas naïf : cela ne va pas faire grimper le taux de participation à 80 % mais il ne faut pas laisser le créneau aux seuls populistes qui réduisent le débat à une alternative qui n’existe pas.

Vous avez souvent dénoncé les politiques de rigueur menées au niveau européen et leurs effets pervers. L’Irlande vient de sortir du plan d’aide financière. N’est-ce pas la preuve que la rigueur finit par payer ?

La discipline budgétaire est nécessaire, mais elle ne sert à rien sans croissance. On ne peut pas assainir un budget uniquement en coupant les dépenses. On a besoin d’emplois, qui nourrissent la consommation, qui amènent de la croissance, qui produisent des revenus. Or, en Europe, on ne parle que des dépenses, jamais des revenus. Résultat : les riches et les superriches ne paient rien – au contraire, ils déposent leur argent dans n’importe quel paradis fiscal – et les simples citoyens, les contribuables paient la facture. L’Irlande quitte le plan d’aide après des sacrifices sévères de la population. Mais elle était parmi les pays en difficultés qui avaient l’économie la plus stable avant la crise. Dans d’autres pays, la rigueur crée une récession sans précédent. On ne peut pas dire, parce que l’Irlande sort de son plan d’austérité, que c’est bien, comme d’aucuns tentent de le faire croire. Qui a payé les factures ? Pas les banques, qui empruntent à 0,25 % à la Banque centrale et sont de nouveau en train de spéculer.

L’Union pourrait-elle à nouveau laisser les banques provoquer une nouvelle crise ?

Nous avons besoin de plus de contrôle des marchés financiers. L’union bancaire et le mécanisme de surveillance unique en Europe, c’est un changement considérable. Le bail-in et le fonds de résolution consacrent le principe que les banques doivent être sauvées par les banques, pas par les citoyens. Mais la vérité, c’est que le Parlement européen tient la ligne dure et que les Etats membres jouent les intérêts nationaux les uns contre les autres.

Votre pays, l’Allemagne, a souvent été critiqué, à tort ou à raison, pour avoir imposé sa vision au reste de l’Union pour résoudre la crise. En quoi la formation d’une coalition entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates va-t-elle changer sa politique européenne ?

Notre accord gouvernemental comporte trois points essentiels : 1° l’instauration d’un salaire minimum pour la première fois en Allemagne; 2° une initiative pour instaurer un salaire minimum dans tous les pays de l’UE; 3° des garanties d’égalité des droits sociaux inscrits dans la charte des droits fondamentaux avec les libertés du marché intérieur. Aucun gouvernement en Europe n’a jamais fait cela.

L’accord prévoit-il qu’Angela Merkel soutienne votre candidature à la présidence de la Commission si votre parti l’emporte aux européennes ?

CDU/CSU et SPD mèneront séparément la campagne électorale en tant que membres de leur famille politique européenne respective. Nous sommes partenaires en Allemagne mais concurrents sur la scène européenne. Si Angela Merkel veut me soutenir, elle peut voter SPD.

On parle ici de son soutien au sein du Conseil européen…

Il y a une vie avant la réunion du Conseil européen : la campagne électorale et le vote de Parlement.

Le traité de Lisbonne a étendu les pouvoirs du Parlement européen. En a-t-il fait bon usage ? Par exemple, vous avez tonné contre un cadre budgétaire européen 2014-2020 trop étroit, mais vous l’avez accepté, au final…

Nous avons obtenu une clause de révision du budget, la flexibilité entre années et rubriques budgétaires, le groupe de haut niveau sur les ressources propres. C’est considérable. Je reconnais que nous n’avons pas obtenu plus d’argent. Mais on peut vivre un certain moment avec moins, si l’on a une plus grande flexibilité. Ensuite, ce Parlement a eu un impact sur la scène internationale comme jamais auparavant. Qui a protégé les données bancaires des citoyens en Europe par rapport à leur utilisation par les Etats-Unis ? Qui a protégé la propriété intellectuelle ? Le Parlement européen ! Chaque parlement national tirerait un feu d’artifice après de tels succès. Mais le Parlement européen ne valorise pas ses votes historiques et les gens continuent à se demander à quoi il sert.

Quelle évolution envisagez-vous pour l’Europe après-2014 ? Un saut fédéral, comme le suggèrent Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit ?

Vos questions ont souligné une tendance des gouvernements de l’Union à s’approprier les décisions, au détriment des citoyens. Je ne tiens pas à blâmer les gouvernements qui ont dû travailler dans l’urgence pour sauver l’euro et les banques. C’étaient des circonstances exceptionnelles qui justifiaient d’agir dans le cadre purement exécutif. Mais l’exception ne peut pas devenir la règle. Il faut revenir dans le cadre de la méthode communautaire où les Etats membres, au-delà de leur superficie, de leur poids démographique et économique, agissent sur le même niveau et trouvent un compromis qui convienne à tous. Plutôt que perpétuer ce malentendu selon lequel la valeur ajoutée de l’Europe, c’est l’addition de vingt-huit intérêts nationaux.


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