Turquie: la police disperse des centaines de manifestants anti-Erdogan à Istanbul

La police turque a dispersé vendredi soir des centaines de personnes qui tentaient de se réunir sur l'emblématique place Taksim d'Istanbul pour exiger la démission du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, éclaboussé par un scandale politico-financier.

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Turquie: la police disperse des centaines de manifestants anti-Erdogan à Istanbul
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La police turque a dispersé vendredi soir des centaines de personnes qui tentaient de se réunir sur l'emblématique place Taksim d'Istanbul pour exiger la démission du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, éclaboussé par un scandale politico-financier. Présentes en nombre, les forces de l'ordre sont intervenues peu avant 19h00 locales avec des canons à eau et des balles en plastique pour repousser les manifestants dans les rues qui mènent vers la place Taksim, coeur de la fronde antigouvernementale qui avait fait vaciller le gouvernement islamo-conservateur de M. Erdogan en juin.

De 500 à 600 manifestants étaient par ailleurs réunis à Ankara aux cris de "gouvernement, démission", sans incident pour l'instant.

Au même moment, le chef du gouvernement islamo-conservateur s'adressait, à l'aéroport d'Istanbul, à plusieurs milliers de ses partisans.

Au pouvoir depuis 2002, M. Erdogan est touché par un scandale politico-financier sans précédent qui fragilise son autorité, à quatre mois des élections municipales.


Trois députés, dont un ex-ministre, du parti islamo-conservateur au pouvoir en Turquie ébranlé par une vaste affaire de corruption, ont annoncé vendredi avoir quitté leur formation. Parmi ces parlementaires figure l'ancien ministre de la Culture, Ertugrul Günay, qui a reproché au Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, d'entraver la justice dans l'enquête anti-corruption.

Ces trois députés constituent la frange libérale de la formation du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

"Il n'est plus possible de faire entendre quoi que ce soit au parti au pouvoir", a déclaré devant la presse à Ankara M. Günay, qui a accusé son ancien parti d'"arrogance".

Malgré ces départs, l'AKP jouit toujours d'une très confortable majorité au Parlement.

L'armée turque a annoncé vendredi ne pas vouloir s'immiscer dans les débats politiques dans le pays dont le gouvernement est confronté à une grave crise politico-financière. "Les forces armées turques (TSK) ne veulent pas être impliquées dans les débats politiques", souligne l'état-major des armées dans un communiqué publié en ligne.

Cette déclaration de l'armée est intervenue après qu'un journal pro-gouvernemental eut publié vendredi un article d'un proche conseiller politique du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, suggérant que le scandale qui éclabousse son gouvernement islamo-conservateur, aurait pu être déclenché pour ouvrir la voie à une intervention de l'armée.

Le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan a considérablement réduit par des réformes l'influence politique de l'armée qui, depuis 1960, a mené trois coups d'Etat et forcé un gouvernement d'inspiration islamiste à la démission.

M. Erdogan traverse la plus grave crise depuis que son parti AKP est arrivé au pouvoir en 2002.

Un scandale de corruption a largement écorné son image et éclaboussé son entourage, le contraignant à un vaste remaniement qui n'a pas suffi à étouffer l'onde de choc qui continue à résonner dans le pays.


Turquie: la justice empêche le gouvernement d'empiéter sur les enquêtes de police

Le Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative turque, a bloqué vendredi un décret gouvernemental controversé obligeant la police à informer sa hiérarchie avant toute arrestation dans le pays secoué par une crise politico-financière majeure. Une circulaire publiée dimanche obligeait les fonctionnaires de police à informer leurs supérieurs hiérarchiques avant de procéder à des perquisitions et des arrestations ordonnées par la justice. Cette mesure avait été vue comme un moyen pour le gouvernement islamo-conservateur, touché par une série d'enquêtes sur la corruption, d'avoir la haute main sur la police.

Le Conseil d'Etat a décidé de suspendre l'exécution de ce texte contesté par les juristes et l'opposition parlementaire car son application "pourrait provoquer des dégâts irréparables" dans le fonctionnement de l'Etat, a estimé l'institution, selon le site internet du journal Hürriyet.

Le Premier ministre islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan traverse la plus grave crise depuis que son Parti de la justice et du développement (AKP) est arrivé au pouvoir en 2002.

Pour répliquer à un vaste coup de filet anticorruption le 17 décembre qui a largement écorné son image et éclaboussé son entourage, M. Erdogan a lancé une purge sans précédent dans la police qu'il a accusée de ne pas l'avoir mis au courant d'une vaste enquête sur la corruption. La circulaire en question a été publiée dans la foulée des épurations dans la sûreté nationale où plus d'une centaine de hauts responsables ont été limogés.


Turquie: Erdogan fragilisé par les affaires, menacé par la rue

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan fragilisé par une crise sans précédent, fait face ce vendredi à la contestation de la rue dans plusieurs grandes villes de Turquie où des manifestations sont organisées pour réclamer la démission de son gouvernement.

Six mois après la fronde qui a fait vaciller son pouvoir, plusieurs partis et organisations proches de l'opposition ont appelé à des rassemblements de masse à Ankara et Istanbul, sur l'emblématique place Taksim, pour exiger le départ de M. Erdogan et de son gouvernement.

La crise politique a également accéléré l'affaiblissement des marchés. La devise nationale est tombée à 2,1515 livres pour un dollar vendredi en milieu de journée, à un nouveau plus bas historique, en dépit d'une intervention de la banque centrale.

De son côté, le principal indice de la bourse d'Istanbul a continué de plonger perdant 3,8% vendredi matin après avoir déjà fortement reculé jeudi et mercredi.

Le remaniement gouvernemental en urgence, après la démission de trois ministres clé éclaboussés par le scandale dévastateur pour le pouvoir islamo-conservatrice, n'a pas suffit à étouffer l'onde de choc qu'il a provoquée.

L'annonce jeudi du dessaisissement d'un des procureurs en charge de l'enquête, Muammer Akkas, a mis en lumière le bras de fer qui oppose la justice turque et l'exécutif. Dénonçant des "pressions" de la police et de sa hiérarchie, ce procureur a accusé la police d'avoir refusé d?appréhender une trentaine de personnes, notamment des personnalités du Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre.

Après l'annonce du dessaisissement du procureur, la presse libérale a dénoncé "un coup" de la police contre "l'ordre constitutionnel".

"La justice brisée", titrait vendredi à la Une le journal à gros tirage Hurriyet dont un éditorialiste condamnait l'"intervention inacceptable contre le pouvoir judiciaire". "Comment peut-on vivre dans ce pays alors que (l'exécutif) tente par tous les moyens de bâillonner des affaires de corruption qui s'étalent au grand jour", s'interroge Mehmet Yilmaz.

La presse turque a confirmé par ailleurs que l?enquête s?intéressait désormais de près à l?un des deux fils du Premier ministre, Bilal Erdogan, qui dirige la Fondation turque pour le service des jeunes et de l?éducation (Turgev), soupçonné de trafic d'influence dans des fraudes impliquant des municipalités tenues par l'AKP.

Le chef du gouvernement aurait lui-même confié son inquiétude. "La cible principale de cette opération, c'est moi", aurait-il dit à son entourage, souligne la presse.


Manifestations dans les grandes villes

Vendredi deux grands rassemblements sont prévus à Ankara et Istanbul dans l'après-midi, un mouvement qui fait ressurgir le spectre de la fronde antigouvernementale qui a défié l'autorité de M. Erdogan en juin dernier.

La police, au centre de la controverse, est soumise à une purge inédite depuis le coup de filet anticorruption du 17 décembre. Le chef de l?exécutif a entamé une chasse aux sorcières en sanctionnant plus d'une centaine de hauts gradés. Il reproche à ces officiers de ne pas avoir mis dans la confidence le gouvernement de l'enquête qui le vise.

Une circulaire publiée dimanche oblige désormais les fonctionnaires de police à informer leurs supérieurs hiérarchiques avant de procéder à des perquisitions et des arrestations ordonnées par la justice. Un moyen pour le gouvernement de garder la main sur la police.

Pour raffermir son autorité, M. Erdogan a placé au ministère de l'Intérieur un de ses proches conseillers, Efkan Ala, une nomination critiquée par le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP) qui y voit une volonté de gouverner par l'intermédiaire d'un " Etat parallèle".

Deux députés du parti gouvernemental, menacés d'expulsion pour s'être prononcés en faveur de l'indépendance de la justice, ont annoncé vendredi leur démission.

Si aucun nom n'a été cité, les spécialistes ont vu en toile de fond de la crise actuelle une guerre, désormais ouverte, entre le pouvoir et l'influente confrérie de l'imam Fethullah Gülen, exilé au Etats-Unis.

La confrérie, omniprésente dans la police et la magistrature, n'a pas pardonné au gouvernement sa décision de fermer les nombreux établissements de soutien scolaire, une de ses importantes sources de revenus.

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