Avortement: en France, le PS est accusé de vouloir à nouveau diviser le pays

Ragaillardis par l'exemple espagnol, les opposants français à l'avortement redonnent de la voix. Et l'opposition d'accuser la gauche de "menacer l'unité du pays" pour faire oublier ses échecs socio-économiques.

Avortement: en France, le PS est accusé de vouloir à nouveau diviser le pays
© AFP
Bernard Delattre | Correspondant permanent à Paris

C’est un nouveau front qui s’ouvre, sur un grand sujet de société. Et nul, au gouvernement, ne l’avait vu venir. Alors que le pays n’a pas encore tourné la page de sa grande déchirure de 2013 sur "le mariage pour tous" - auquel, neuf mois après son vote définitif par le Parlement, 50 % des Français continuent à s’opposer, selon un sondage paru fin décembre.

Cette fois, ce sont les opposants à l’avortement qui redonnent de la voix. Près de quarante ans après le vote, en 1975, de la loi Veil ayant dépénalisé l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Lundi, à l’Assemblée nationale, les anti-IVG ont lancé une offensive qu’ils sont résolus à poursuivre pendant toute la semaine. Alors que, la veille déjà, dans les rues de Paris, cette fois, ils avaient été plusieurs milliers à manifester - un succès de foule jamais vu depuis des années.

Plus besoin d’état de "détresse"

En cause, une demi-douzaine de mots, à peine, de l’énoncé de la loi Veil, que la majorité souhaite changer et sur lesquels les députés vont, d’ici à vendredi, débattre et voter. La nouvelle version du texte stipule "que peut requérir une IVG toute femme ne voulant pas poursuivre une grossesse" . Et non "toute femme placée dans une situation de détresse" par cette grossesse, comme le dit la version initiale de la loi.

Dans la foulée, serait étendu et renforcé le délit d’entrave à l’IVG, qui, depuis une loi de 1993, est puni de jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. A présent, ne sont visées que les entraves physiques à l’IVG : actions contre des centres hospitaliers, menaces à l’encontre de praticiens, etc. Demain, seront aussi sanctionnés les anti-IVG qui sévissent sur Internet. Où ils ont créé d’innombrables sites présentés comme informatifs, voire officiels, mais qui, en fait, sont des espaces où l’on dissuade à l’avortement et où l’on culpabilise et désinforme les femmes l’envisageant.

"Atteinte à la liberté d’expression"

Pour la majorité, "ce toilettage" de la loi Veil, rappelant l’inconditionnalité du droit à l’IVG et luttant mieux contre ses opposants, est œuvre utile, à l’heure où, en Espagne, sont remis en cause les droits des femmes. Mais les antiavortement, eux, sont vent debout.

Ils accusent la gauche de vouloir indignement "banaliser" l’IVG, alors que "220 000 enfants meurent déjà chaque année, dans ce pays" - ainsi que l’organisatrice de la manifestation de dimanche a présenté le nombre annuel d’avortements en France. Et voient dans ce délit d’entrave élargi "une future atteinte intolérable à leur liberté d’expression".

L’opposition de droite et du centre a fait chorus. Rejointe par le Front national, elle a accusé la gauche de "menacer l’unité du pays" par "un tel combat idéologique" , dans le seul but de faire oublier ses échecs socio-économiques.

Et, comme sur le mariage, l’Eglise s’est elle aussi lancée dans la bagarre. Elle qui avait grimacé quand François Hollande, fidèle à ses engagements de campagne, avait rendu gratuite la contraception pour les 15-18 ans, et instauré le remboursement à 100 %, par la Sécu, de l’IVG. Pour l’épiscopat, "l’on est passé de la dépénalisation (de l’IVG) à l’affirmation d’un droit. (Or) proclamer le droit à l’avortement, c’est défendre une vision erronée de l’amour humain, une conception schizophrénique du corps, qui dissocie sexualité et fécondité".

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