Suisse : l'UE regrette le "oui", l'extrême droite se réjouit

La Commission européenne a "regretté" dimanche le vote des Suisses pour introduire des quotas d'immigration, dans un communiqué, et averti qu'elle "examinerait les implications de cette initiative sur l'ensemble des relations entre l'UE et la Suisse".

Suisse : l'UE regrette le "oui", l'extrême droite se réjouit
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La Commission européenne a "regretté" dimanche le vote des Suisses pour introduire des quotas d'immigration, dans un communiqué, et averti qu'elle "examinerait les implications de cette initiative sur l'ensemble des relations entre l'UE et la Suisse". (lire : 3 clés pour comprendre l'impact du vote sur les relations avec l'UE)

"La Commission européenne regrette que l'initiative pour l'introduction de quotas sur l'immigration soit passée via cette votation. Cela va à l'encontre du principe de libre-circulation des personnes entre l'Union européenne et la Suisse", écrit la Commission.

"L'Union examinera les implications de cette initiative sur l'ensemble des relations entre l'UE et la Suisse. Dans ce contexte, la position du Conseil fédéral sur le résultat sera aussi prise en compte", conclut le communiqué.

Les Suisses ont dit "oui" à 50,3% à une limitation de l'immigration, notamment européenne, dimanche lors d'un référendum (découvrir ce texte ici)

Le gouvernement suisse a aussitôt annoncé qu'il allait mettre en oeuvre "rapidement et de manière conséquente" le texte, qui prévoit de limiter l'immigration par des plafonds et des contingents.

"L'accord sur la libre-circulation des personnes avec l'UE est remis en cause", a indiqué pour sa part Didier Burkhalter, ministre suisse des affaires étrangères, et président actuel de la Confédération helvétique.

Cet accord, signé en 1999 et mis en oeuvre en 2002, s'est traduit par une immigration massive d'Européens en Suisse.

Mais la remise en cause pourrait s'étendre à de nombreux autres accords signés entre la Suisse et l'UE, concernant aussi bien l'agriculture que les transports ou la recherche.

Des difficultés à venir pour la Suisse après le référendum

Berlin "regrette" le vote des Suisses pour introduire des quotas d'immigration, une décision qui va "créer de nombreuses difficultés" à la Confédération, a déclaré dimanche soir le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble.

Le plus européen des ministres d'Angela Merkel a déclaré dans une interview à la télévision publique allemande ARD: "la Suisse ne le prendra pas mal si je dis que nous regrettons cette décision".

"Cela va créer de nombreuses difficultés pour la Suisse dans beaucoup de domaines. Il faut que les responsables en Suisse en prennent bien conscience", a-t-il ajouté dans cet entretien, selon des extraits transmis avant sa diffusion tard dans la soirée.

"Cela montre un peu, naturellement, que dans ce monde de la globalisation les gens ressentent un malaise grandissant vis à vis de la liberté complète d'installation", a-t-il analysé. "Je crois que nous devons tous prendre cela au sérieux".

Dédramatiser

Le président du comité de défense des travailleurs frontaliers (CDTF) du Haut-Rhin, département français frontalier de la Suisse, a dédramatisé les résultats du référendum suisse dimanche exigeant de nettes restrictions aux travailleurs étrangers, faisant valoir que le pays pouvait difficilement se passer d'eux.

De nombreux travailleurs frontaliers sont recherchés en Suisse parce qu'ils ont des compétences "très spécifiques", que ce soit dans les secteurs de la recherche, de l'artisanat, du BTP ou du tourisme, a rappelé Jean-Luc Johaneck, interrogé par l'AFP.

Il a ainsi relevé que dans les grandes métropoles suisses et dans les cantons frontaliers, l'initiative du parti UDC (droite populiste) "n'a pas obtenu la majorité", bien qu'elle l'ait emporté à 50,3% sur l'ensemble du pays.

Le texte du référendum prévoit le rétablissement de quotas et de contingents annuels de travailleurs étrangers, en fonction des besoins du pays, et précise que "ces plafonds doivent inclure les frontaliers".

Cependant "si on appliquait vraiment un contingentement très strict, cela irait même à l'encontre des résidents suisses", car bon nombre de frontaliers disposent de contrats précaires et sont employés à moindre coût que les Suisses, a fait valoir M. Johaneck.

Le gouvernement helvétique s'est engagé dimanche soir à mettre en oeuvre "rapidement et de manière conséquente" le texte du référendum.

Cependant "entre un référendum et l'application de mesures, il y a un monde", a encore estimé M. Johaneck.

L'extrême-droite jubile

Plusieurs partis européens d'extrême droite se sont félicité du choix des électeurs suisses.

En France, le Front national, présidé par Marine Le Pen, a salué "la lucidité du peuple suisse" tandis que le chef du parti britannique populiste Ukip, Nigel Farage a parlé d'une "merveilleuse nouvelle pour les amoureux de la liberté et de la souveraineté nationale en Europe".

En Autriche, le dirigeant du parti d'extrême droite FPÖ Heinz Christian Strache, a salué un "grand succès", affirmant qu'"en Autriche aussi, la majorité des personnes se prononcerait en faveur d'une limitation de l'immigration".

En Italie, le chef de la Ligue du nord Matteo Salvini, considérée comme populiste, a annoncé sur twitter l'intention de son mouvement de réclamer un référendum pour limiter également l'immigration en Italie.

"Ici chez nous, il n'y a plus de place ni de travail pour les immigrés. Il faut donner la priorité à nos millions de chômeurs, de retraités sans droits et de jeunes", a déclaré Massimo Bitonci, chef de file de la Ligue au Sénat.

Mais ces déclarations ne seront pas forcément suivies d'effet. La Ligue du nord ne représente plus qu'environ 4% des électeurs dans les sondages et pour convoquer un référendum en Italie, il faut recueillir 500.000 signatures tandis que les référendums sont uniquement abrogatifs de lois existantes.

L'ancien chef de la Ligue et actuel président de la région Lombardie, Roberto Maroni, avait d'ailleurs critiqué le référendum suisse, estimant qu'il risquait de pénaliser les nombreux travailleurs frontaliers italiens, qui tous les jours passent la frontière pour aller travailler dans le Tessin voisin de la Lombardie.

"Je ne vois pas comment les Suisses feraient sans les travailleurs italiens", avait-il ajouté.

Dans le même ordre d'idée, le président du comité de défense des travailleurs frontaliers (CDTF) du Haut-Rhin, département français frontalier de la Suisse, a fait valoir que la Suisse pouvait difficilement se passer des travailleurs étrangers.

De nombreux travailleurs frontaliers sont recherchés en Suisse parce qu'ils ont des compétences "très spécifiques", que ce soit dans les secteurs de la recherche, de l'artisanat, du BTP ou du tourisme, a rappelé Jean-Luc Johaneck, interrogé par l'AFP.


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