La candidature de Bouteflika ranime la contestation

De jeunes opposants tentent de s'organiser alors que le Président brigue un 4e mandat.

Arezki Aït-Larbi
La candidature de Bouteflika ranime la contestation
©AFP

"Bouteflika dégage !” “Quinze ans ça suffit !” “Non au 4e mandat !” “Pouvoir assassin !” “Non à la dictature !” Malgré un impressionnant dispositif policier déployé dans le centre-ville, Alger a renoué, samedi, avec la contestation. A l’appel d’un “Collectif citoyen contre le 4e mandat” créé jeudi, quelques centaines d’opposants ont crié leur colère contre le président Bouteflika qui, malgré ses 77 ans (célébrés ce dimanche) et un AVC qui l’a cloué sur un fauteuil roulant, veut jouer les prolongations lors de la présidentielle du 17 avril prochain.

Si la manifestation a été étouffée dans l’œuf par la police qui a arrêté les meneurs, ces derniers ont toutefois gagné leur pari. En gestation depuis quelques semaines, le “Collectif citoyen contre le 4e mandat” a été créé jeudi en fin d’après-midi au Tantonville, un café mitoyen du Théâtre national. Le rendez-vous, fixé via les réseaux sociaux par Mustapha Benfodil, un écrivain journaliste quadragénaire, a réuni une trentaine de garçons et de filles déterminés à en découdre avec le régime. Jeudi, vers 17 heures, ils forment un cercle autour de guéridons assemblés sur la terrasse encore ensoleillée du célèbre café algérois. Tout autour, des policiers en civil sont aux aguets, en s’efforçant d’être discrets.

Le débat révèle des divergences de fond sur les buts du mouvement. Les uns tentent d’orienter le mécontentement contre le seul Bouteflika. D’autres veulent aller plus loin dans la rupture avec le régime. “Il ne faut pas s’arrêter au quatrième mandat. Quelle alternative proposons-nous ?, se demande Amine, un informaticien de 30 ans. Nous devons au moins nous mettre d’accord sur une charte.”

“Les partis ne sont plus crédibles”

Azwaw, un vétéran des luttes démocratiques qui a perdu un bras lors des émeutes d’octobre 1988, est remonté, lui, contre les partis : “Il ne faut pas les accepter dans notre mouvement; ce sont des opportunistes corrompus qui courent derrière les strapontins et qui nous fausseront compagnie à la première occasion.” Sabrina surenchérit : “Les partis ne sont plus crédibles. C’est à nous en tant que société civile de les mettre à nu par une large mobilisation citoyenne.”

La star du jour, c’est Amira Bouraoui. Cette gynécologue de 32 ans à la mèche rebelle a organisé, la semaine dernière, avec une poignée de camarades, un premier rassemblement anti-Bouteflika devant le campus de Bouzareah, sur les hauteurs d’Alger. Le lendemain, elle sort de l’anonymat en humiliant, dans un face-à-face télévisé, une députée du FLN (ex-parti unique, majoritaire) : “Dans mon service, nous sommes obligés de mettre deux femmes dans un même lit, alors que Bouteflika se fait soigner au Val-de-Grâce en France. Et vous, les députés, ne cherchez qu’à augmenter vos indemnités.”

Samedi soir, les contestataires, libérés des commissariats, ont fait le bilan de la journée et tracé un programme d’action. Mustapha Benfodil et Amira Bouraoui sont désignés porte-parole officiels du mouvement, appelé désormais “Barakat” (Ça suffit).

Prochain rassemblement : ce mardi (date de clôture des candidatures pour la présidentielle) devant le Conseil constitutionnel.