François, la divine surprise

Il y a un an, l'Église élisait son premier Pape non européen. L'Argentin Jorge Mario Bergoglio ne cesse de surprendre. Un printemps pour l'Église...

C.Le
François, la divine surprise
©AFP

Il y a un an, l'Église élisait son premier Pape non européen. L'Argentin Jorge Mario Bergoglio ne cesse de surprendre, tant sur la forme que sur le fond. Un printemps pour l'Église...

L'évêque de Rome habite toujours à Sainte-Marthe

Dès le soir de son élection, le pape François surprenait ses électeurs en décidant de rentrer avec eux à la Maison Sainte-Marthe où il venait de s’installer pour le conclave dans un bus très commun, repoussant d’emblée la belle limousine préparée à son intention. Ce n’était que la première d’une interminable liste de petites attentions du nouveau Pape qui entendait d’emblée montrer que le 265e successeur de l’apôtre Pierre serait d’abord l’humble évêque de Rome et pas un souverain pontife s’installant sous les lambris dorés du palais apostolique.

Pas replié sur sa sécurité, tout au contraire

Plus fort encore : depuis son élection, le pape François vit toujours à la résidence Ste-Marthe où il n’est pas rare de le croiser dès le petit matin à la chapelle puis dans les différents lieux qui n’ont pas grand-chose de commun avec les richesses voisines de la place Saint-Pierre. La sobriété papale fit merveille avant même son installation officielle : défiant les dangers potentiels et bravant donc ouvertement les recommandations de la sécurité, il va à la rencontre des fidèles, plus particulièrement de ceux que l’existence n’a pas épargnés.

Voilà à l’évidence un style pontifical décoiffant puisque François veut avant tout rappeler les vraies valeurs de l’Evangile en allant près des handicapés mais aussi en se rendant en prison pour y laver en toute simplicité les pieds des prisonniers et de femmes musulmanes.

Proche des pauvres, et pas qu'en paroles

Dès sa première rencontre avec la presse accourue des quatre coins de la planète, le nouveau Pape, qui avait là aussi bousculé le protocole en restant ostensiblement debout, avait annoncé la couleur : son pontificat serait une réussite si l’Eglise se montrait vraiment “pauvre avec et pour les pauvres”. Le successeur de Benoît XVI entendait transposer à l’échelon mondial la vision d’Eglise qui avait été la sienne en terre d’Argentine. Là, il avait frappé les esprits en décidant de s’installer dans un petit appartement plutôt qu’au palais archiépiscopal de Buenos Aires et d’emprunter le métro plutôt que de profiter d’une voiture avec chauffeur. On comprit très vite pourquoi le premier Pape jésuite avait choisi le patronyme de Saint-François d’Assise, symbole de paix, d’austérité et d’assistance aux pauvres. “C’est que François est l’homme qui nous a donné cet esprit de paix en décidant de vivre pauvre parmi les pauvres” .

La mondanité, cette lèpre aussi pour l’Eglise

Cela l’amena aussi à aller à Assise, le 4 octobre, le jour de la fête du “Poverello”. De là, il a invité les chrétiens à suivre son modèle de pauvreté en combattant “la mondanité, une lèpre, un cancer de la société, qui tue la personne, qui tue l’Eglise”. Selon le Pape, “le christianisme sans la croix, sans Jésus, sans dépouillement est comme une pâtisserie, une belle tarte. Le danger de la mondanité est un très grand péril”, avait-il conclu d’un ton grave.

Une évolution tranquille qui laissera des traces

Il fallait s’y attendre : pour des observateurs extérieurs à l’Eglise, le pape François reste, si on ose ainsi dire, un satané conservateur. Sur toutes les questions morales et/ou sexuelles, les avancées papales apparaissent timides voire inexistantes. Il est vrai que le Pape n’a, jusqu’ici, en aucune manière fait montre d’une volonté de changement, mais si l’on prend la peine de lire ses prises de position jusqu’au bout, il émerge un “aggiornamento” prudent de celles-ci. Que ce soit sur l’homosexualité ou sur les amours vécues hors des liens du mariage, François ne condamne pas à l’instar de ses prédécesseurs mais s’efforce de comprendre certaines évolutions sociétales.

“Homme de l’année” pour les gays américains

Ce n’est pas un hasard si “The Advocate”, le magazine influent de la communauté gay US, l’a choisi comme “homme de l’année”. Certes, le monde homosexuel, notamment catholique, aimerait le voir aller plus loin, mais sa bienveillance est quand même aux antipodes de mesures prises en Russie ou en Ouganda… Et s’il lui est arrivé de risquer l’une ou l’autre prise de parole condamnant des évolutions législatives bien dans l’air de cette époque sécularisée à l’extrême, il n’a pas renoué avec les mots durs pour les gouvernements démocratiques de moins en moins chrétiens – même avec de présumés catholiques à leur bord. Sur ce terrain, les évolutions à venir seront intéressantes à analyser…


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