Crash en Ukraine: plus aucun corps sur le site principal de l'accident

Le site est en zone rebelle, contrôlée par les séparatistes pro-russes, une situation qui rend les opérations particulièrement complexes. Plus aucun corps ne serait visible sur le site de l'accident. Les rebelles affirment qu'ils garantiront la sécurité des experts si Kiev accepte une trêve.

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Crash en Ukraine: plus aucun corps sur le site principal de l'accident
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Plus aucun corps n'est visible sur le site principal du crash de l'avion malaisien sous contrôle des séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine, a constaté un journaliste de l'AFP. Les rebelles ayant gardé le site semblent l'avoir quitté. Les secouristes locaux sur place se sont refusés à tout commentaire.

Le site "est totalement chaotique"

Le Premier ministre australien a qualifié dimanche de "totalement chaotique" le site du crash de l'avion malaisien dans l'est de l'Ukraine, ajoutant redouter que l'altération des lieux se poursuive.

Tony Abbott a ainsi joint sa voix à celles d'autres pays --États-Unis, Pays-Bas, Malaisie...-- pour réclamer la coopération de la Russie dans l'enquête sur le Boeing 777 de Malaysia Airlines, qui transportait 298 personnes et qui a probablement été abattu par un missile jeudi au-dessus d'une zone en proie au conflit. La priorité est de récupérer les corps, a ajouté le chef du gouvernement d'Australie, dont 28 citoyens étaient à bord du MH17.

"La difficulté est que le site est chaotique, totalement chaotique", a-t-il ajouté à la télévision australienne ABC. "Le genre de choses qui sont habituellement conduites sur le site d'un crash aérien ne le sont pas" dans cette affaire-là.

Plusieurs tentatives de se rendre sur les lieux ont échoué à cause du conflit qui se déroule dans cette région proche de la frontière russe, a indiqué le Premier ministre.

"Il est donc absolument impératif que l'Australie fasse tout son possible pour récupérer les corps, s'assurer que le site soit préservé, qu'une enquête véritable ait lieu et que justice soit faite".

Le site est en zone rebelle, contrôlée par les séparatistes pro-russes, une situation qui rend les opérations particulièrement complexes. "Ma crainte est que la Russie dira la chose à dire, mais que sur le terrain, des interférences avec le lieu, les enquêteurs et un traitement digne des corps se poursuivent", selon Tony Abbott.

"Les Russes, comme on a pu le voir ces dernières 48 heures, tentent de se laver les mains de tout ça", a-t-il encore dit. "Mais il leur est impossible de se laver les mains de quelque chose qui est arrivé en territoire contrôlé par les Russes, et provoqué visiblement par des individus soutenus par les Russes, avec vraisemblablement un armement fourni par les Russes".

Les États-Unis jugent "inacceptable" la situation sur le site du crash, selon les mots du porte-parole du département d'État américain Jen Psaki, prononcés samedi soir. Le chef de la diplomatie néerlandaise Frans Timmermans s'est dit "choqué" et "indigné" par le traitement des corps, dont 192 étaient des citoyens néerlandais.

Et le ministre malaisien des Transports Liow Tiong Lai a d'ores et déjà déploré que "des indices vitaux" n'aient pas été préservés sur place.

Les séparatistes garantiront la sécurité des experts si Kiev accepte une trêve

Les séparatistes prorusses vont garantir la sécurité d'inspecteurs internationaux sur le site du crash de l'avion malaisien sous leur contrôle dans l'est de l'Ukraine si Kiev accepte une trêve, a indiqué l'un des dirigeants dans un communiqué. "Nous garantirons la sécurité d'experts internationaux sur le site si Kiev conclut un accord de cessez-le-feu", a déclaré Andreï Pourguine, "Premier ministre adjoint" de la république séparatiste de Donetsk autoproclamée (DNR).

"Nous invitons Kiev à conclure immédiatement un tel accord avec la DNR au moins pour la durée de l'enquête sur le site" de la catastrophe, a-t-il souligné.

Londres plaide pour plus de fermeté vis-à-vis de Moscou

Le Premier ministre britannique David Cameron a plaidé samedi pour plus de fermeté vis-à-vis de la Russie après l'accident de l'avion malaisien, appelant l'Occident à "changer son approche à l'égard de Moscou".

"La Russie peut profiter de cette opportunité pour sortir de cette crise dangereuse qui s'envenime. J'espère qu'elle le fera. Mais si cela ne se fait pas, alors nous devons réagir fermement", écrit M. Cameron dans un article publié dans le Sunday Times.

Selon lui, s'il est confirmé que l'avion a été abattu par un missile sol-air tiré depuis une zone contrôlée par les séparatistes prorusses en Ukraine, Moscou doit être tenue pour responsable.

"Si c'est le cas, alors nous devons être clair sur ce que cela signifie: c'est la conséquence directe de la déstabilisation par la Russie d'un État souverain, de la violation de son intégrité territoriale, du soutien de milices brutales, et de leur entraînement et de leur armement", avance M. Cameron.

"Nous devons réagir à cet affront par l'action. L'action de trouver ceux qui ont commis ce crime et de les traduire en justice. Mais cela va bien plus loin que la justice", écrit-il encore.

Avant d'ajouter: "Si le président Poutine ne change pas son approche sur l'Ukraine, alors l'Europe et l'Occident doivent fondamentalement changer leur approche à l'égard de la Russie. Il ne s'agit pas d'action militaire, de toute évidence. Mais il est temps que notre pouvoir, notre influence et nos ressources comptent."

Ces commentaires du Premier ministre britannique se font l'écho de son entretien plus tôt dans la journée de samedi avec ses homologues australien, Tony Abbott, et néerlandais, Mark Rutte.

"Les trois chefs de gouvernement sont d'accord que le président Poutine doit s'engager activement avec la communauté internationale et utiliser son influence sur les séparatistes (ukrainiens pro-russes) pour s'assurer qu'ils permettent un accès au site de l'accident" de l'avion de la Malaysia Airlines, jeudi dans l'est de l'Ukraine, a rapporté une porte-parole de Downing Street, les services du Premier ministre.

"Le Premier ministre (David Cameron) et son homologue Mark Rutte sont convenus que l'Union européenne (UE) devra revoir son approche concernant la Russie à la lumière de la preuve que les séparatistes prorusses ont abattu l'avion", a-t-elle ajouté.

"Nous recevons un soutien insuffisant de la part des Russes, nous ne voyons pas la Russie user assez efficacement de son influence pour obtenir des séparatistes, qui contrôlent la zone, l'accès dont nous avons besoin", a quant à lui déclaré à des journalistes le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond.

"Tous les regards sont tournés vers la Russie pour s'assurer qu'elle remplit ses obligations dans les prochaines heures", a-t-il ajouté.

Il a également précisé que l'ambassadeur de Russie à Londres serait convoqué au ministère britannique des Affaires étrangères qui lui fera part de la position du gouvernement britannique.

"Notre objectif maintenant est de sécuriser le site pour qu'il y ait une enquête internationale afin d'identifier les causes et les auteurs, de les traduire en justice, et de s'assurer que les victimes sont traitées avec la dignité et le respect adéquats", a-t-il assuré.

Cet accident a "mobilisé l'ensemble de la communauté internationale" qui "demande qu'un accès approprié soit autorisé, que les corps des victimes soient récupérés décemment et que les preuves soient préservées", a-t-il répété.

"Nous ne pouvons pas encore être catégoriques sur la cause de ce terrible accident mais il y a un faisceau de preuves qui suggèrent clairement qu'un missile a été tiré par les séparatistes à partir de l'est de l'Ukraine", a-t-il également affirmé.

Malaysia Airlines remboursera les billets des passagers qui souhaitent annuler

Malaysia Airlines remboursera sans frais les clients souhaitant annuler un billet. Les passagers peuvent échanger ou annuler, jusqu'à jeudi, leur billet réservé pour un vol d'ici au 31 décembre, a annoncé la compagnie aérienne malaisienne.

"Au regard de l'affaire du MH17, Malaysia Airlines ne retiendra aucun frais pour les passagers souhaitant changer de destination", a-t-elle indiqué dans un communiqué. "Les passagers qui souhaitent retarder ou annuler leur billet seront remboursés, y compris ceux qui avaient acheté des billets non remboursables".

Le vol MH17, qui effectuait la liaison Amsterdam-Kuala Lumpur avec 298 personnes à bord, s'est écrasé dans l'est de l'Ukraine jeudi, abattu vraisemblablement par un missile sol-air dans cette zone disputée entre les séparatistes pro-russes et les troupes fidèles à Kiev.

Le 8 mars, un avion de Malaysia Airlines, là encore un Boeing 777, a disparu alors qu'il se rendait de Kuala Lumpur à Pékin, avec 239 personnes à bord.

Aucun débris de l'avion n'a été retrouvé malgré des recherches massives mais les experts, qui s'appuient sur des données satellitaires, estiment qu'il s'est abîmé dans le sud de l'océan Indien.

La compagnie avait indiqué en mai que la disparition du MH370 avait eu un "effet dramatique" sur les résultats du premier trimestre. De multiples annulations avaient aggravé les pertes de cette compagnie nationale publique, déficitaire depuis plusieurs années.

Sur le seul premier trimestre de 2014, les pertes totalisaient 443 millions de ringgits (137 millions USD), 5e trimestre consécutif dans le rouge. Ses pertes totales au cours des trois dernières années s'élèvent à 1,3 milliard de dollars US.


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