La "dirty water", la punition collective d'Israël aux manifestants palestiniens

À Jérusalem-Est, où vivent de nombreux Palestiniens, des protestations ont lieu. Presque tous les soirs, depuis le début des combats à Gaza. Lors de chacune ces manifestations, un mystérieux camion blanc passe dans les rues et les asperge d'un liquide à l'odeur atroce. Rien n'y échappe...

La "dirty water", la punition collective d'Israël aux manifestants palestiniens
©AP
Félix Dumont

Déjà trois semaines que l'opération "Bordure protectrice" est en cours, causant la mort de milliers de Palestiniens et de dizaines d'Israéliens. La bande de Gaza connait, plus encore aujourd'hui qu'au début du conflit, d'importants bombardements, rendant la ville grise de cendres, noire de suie et rouge de sang.


À Jérusalem-Est, où vivent de nombreux Palestiniens, des manifestations ont lieu. Presque tous les soirs, depuis le début des combats à Gaza. Et, dans cette partie orientale de la Ville Sainte, rapporte Florence Beaugé, envoyée spéciale du Monde à Jérusalem, lors de chacune ces manifestations, un mystérieux camion blanc passe dans les rues et les asperge d'un liquide à l'odeur atroce. Il recouvre les façades, les portes, les bancs, les plantes. Rien n'y échappe.



Mais qu'est-ce? Que contient-il? Difficile à savoir, d'autant plus que la police israélienne se fait muette sur le sujet. La "dirty water", soit l'eau sale, pourrit la vie de ceux qui la subissent: son odeur, repoussante, agresse les narines et colle à la peau, durant plusieurs jours.

Si les ingrédients de ce liquide sont inconnus, la raison de son utilisation semble en revanche évidente: punir les manifestants, et les dissuader de recommencer. Rétablir le calme. À Souwaneh, quartier chaud de Jérusalem-Est, les rues sont désertes. A de rares occasions, l'un ou l'autre Palestinien pressé, le visage couvert, se bouchant le nez.

Reclus chez eux, à l'abri de la dirty water, les Palestiniens ne risquent plus de créer d'émeutes ou de manifestations. Mission accomplie pour l'eau sale, donc. Le hic, c'est que même chez eux, les Palestiniens ne sont pas à l'abri de son insupportable odeur: elle s'installe dans les habitations, prend place dans les canapés, les chambres.

Les Palestiniens, écœurés, se sentent de surcroît humiliés, comme l'explique Mounir à Florence Beaugé: "Qui sommes-nous pour qu'on nous traite au moyen d'insecticides comme des rats ou des moustiques ?"

Sa voisine, Nahla, désespérée, ne sait plus quoi faire: "J'ai tout essayé pour faire partir cette odeur de ma maison, le savon liquide, le vinaigre, le chlore, rien à faire…" La dirty water, en plein ramadan, est encore plus cruelle: Nahla, privée d'eau par son jeûne, a néanmoins dû en déverser par dizaines de litres sur sa maison, pour tenter de faire disparaître l'odeur.


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