Des milliers d’Irakiens fuient devant les forces de l’Etat islamique

Des milliers d’Irakiens fuient l’avancée des forces de l’Etat islamique (ex-EIIL) tandis que des appels se font de plus en plus pressants en faveur d’une intervention militaire internationale en Irak pour stopper ce mouvement djihadiste proche idéologiquement d’Al Qaïda.

Des milliers d’Irakiens fuient devant les forces de l’Etat islamique
©AFP
Christophe Lamfalussy

La principale ville chrétienne tombée, Paris promet d’aider les forces kurdes.

Des milliers d’Irakiens fuient l’avancée des forces de l’Etat islamique (ex-EIIL) tandis que des appels se font de plus en plus pressants en faveur d’une intervention militaire internationale en Irak pour stopper ce mouvement djihadiste proche idéologiquement d’Al Qaïda.

La plus grande ville à majorité chrétienne du pays, Qaraqosh, est tombée dans la nuit de mercredi à jeudi, forçant près de 100 000 de ses habitants à se diriger vers Erbil, qui ne se trouve qu’à une heure de route.

Erbil est la capitale de la région semi-autonome kurde et est défendue par les peshmergas. Ceux-ci ont fait savoir mercredi à l’archevêque chaldéen de Qaraqosh qu’ils n’étaient plus en mesure de contenir la poussée des djihadistes. C’est pour cette raison que les chrétiens de Qaraqosh ont pris la fuite, laissant la voie libre à l’Etat islamique.

"Un exode, un via crucis"

"C’est un désastre humanitaire. Les églises sont occupées, leur croix ont été enlevées", a indiqué le patriarche chaldéen Louis Sako à l’AFP. Ce dernier juge que les djihadistes ont profité de la faiblesse du pouvoir central à Bagdad pour s’engouffrer dans la région et expulser les chrétiens. "Un exode, un véritable via crucis, les chrétiens marchent à pied dans la chaleur torride de l’été irakien vers les villes kurdes d’Erbil, de Duhok et de Souleimaniye", écrit-il dans un SOS lancé mercredi.

A leur arrivée, les familles de Qaraqosh sont hébergées dans des écoles et des abris. Elles s’ajoutent à celles qui avaient déjà quitté la ville de Mossoul il y a deux mois. Il y aurait environ 200 000 réfugiés dans la région kurde, selon l’Onu qui parle d’une "tragédie aux proportions immenses".

Désastre humanitaire aussi pour la minorité des Yazidis, des kurdophones proches du zoroastrisme et considérés par les sunnites comme des "adorateurs du diable", qui ont fui après la chute de leur bastion, à Sinjar. Des milliers de familles se sont réfugiées dans les montagnes tandis que plusieurs centaines sont arrivées jeudi en Turquie, pour y demander refuge. La Turquie construit un camp de réfugiés à sa frontière avec l’Irak pour accueillir la nouvelle vague de déportés qui vient d’Irak. Ce pays héberge déjà près d’un million de réfugiés, en provenance surtout de Syrie.

Appels à une intervention

Paris a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, jeudi soir, "pour contrer la menace terroriste en Irak et pour apporter aide et protection aux populations menacées". Le président François Hollande a confirmé "la dis po nibilité de la France à apporter un soutien aux forces engagées dans ce combat", dans lequel les Kurdes sont en première ligne. "La persécution par ce groupe terroriste des minorités religieuses, notamment chrétiens et Yazidis, constitue un crime d’une extrême gravité", affirme l’Elysée dans un communiqué. De leur côté, les Etats-Unis envisagaient jeudi soir une action humanitaire pour aider les Yazidis.

Un appui militaire aux Kurdes constituerait un changement de cap stratégique dans la région. Depuis 2011, Paris n’a pas cessé de soutenir l’Armée libre syrienne contre le régime de Bachar al-Assad. Maintenant que l’Etat islamique a pris le dessus sur les autres groupes rebelles en Syrie et menace le gouvernement de Bagdad, les priorités sont inversées. Près de 200 Belges et des centaines d’Européens ont rejoint les rangs de l’Etat islamique, un groupe qui détient des dizaines d’Occidentaux en otages, y compris de nombreux journalistes.

A Rome, le pape François a appelé les dirigeants des grandes puissances à aider à mettre fin au conflit.

"Qu’est-ce qu’ils attendent ?", s’insurge à Bruxelles le père Musa Yaramis, responsable de l’Eglise chaldéenne en Belgique. "Si un crime contre l’humanité est commis, comme l’a dit le secrétaire général de l’Onu, qu’est-ce qu’on attend ? Ici, tant qu’il n’y a pas de sang qui coule, on ne réagit pas. Mais quand on est mort, on n’a plus besoin d’aide !"

Responsabilité américaine

En Irak même, l’offensive de l’EI a fait taire toutes les dissensions. L’armée de Bagdad appuie par des frappes aériennes les peshmergas, tandis que des Kurdes venus de Turquie et de Syrie sont chargés de combattre les djihadistes dans la région de Rabia et Sinjar, à l’ouest de Mossoul. Le ministre kurde des Relations extérieures, Falah Mustafa Bakir, plaide lui aussi pour une intervention militaire internationale. "Les Etats-Unis ont une responsabilité morale et doivent nous soutenir", a-t-il dit dans une interview à CNN. "Il s’agit d’une lutte contre le terrorisme. Nous avons démontré que nous étions en faveur de la démocratie, de l’Occident mais aussi de la laïcité." Les Etats-Unis de George Bush avaient envahi l’Irak le 20 mars 2003 sans l’aval de l’Onu. Le dernier soldat américain avait quitté le pays le 18 décembre 2011, après neuf ans d’occupation. Une insurrection sunnite avait suivi, dirigée contre le pouvoir à dominante chiite, ce qui a redonné vigueur à des groupes comme l’Etat islamique.

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