L'embargo de la Russie "conduira inévitablement à des licenciements"

Si l'association des coopératives horticoles belges n'est pas pessimiste, la fédération belge de la viande l'est beaucoup plus. Selon cette dernière, il s'agit d'un coup très dur pour le secteur. Un coup qui se fera sentir au travers de licenciements.

L'embargo de la Russie "conduira inévitablement à des licenciements"
©Bauweraerts D
AFP et BELGA

L'Association des coopératives horticoles belges n'est pas pessimiste ...

L'Association des coopératives horticoles belges (VBT), qui représente les intérêts des coopératives belges de producteurs des filières fruits et légumes, n'est pas pessimiste après l'instauration par la Russie d'un embargo sur la plupart des produits agroalimentaires en provenance des pays d'Europe et des USA. Pour les poires, principal produit d'exportation des producteurs belges, "de nombreuses autres opportunités" existent, souligne-t-on. Le secrétaire général de la VBT, Philippe Appeltans, réagit depuis Istanbul, où il est réuni avec ses collègues européens pour discuter des prévisions de récolte du secteur.

"Nous attendons encore une liste avec les produits visés par l'interdiction. Nous savons d'expérience que la Russie travaille avec des codes douaniers spécifiques", explique-t-il. "Par exemple, la Pologne (qui fait face déjà depuis plusieurs jours à un embargo russe, ndlr) peut toujours exporter des tomates vers la Russie. Nous temporisons donc quelque peu".

Philippe Appeltans ne voit pas les choses trop négativement pour les cultivateurs belges. "Il n'y a pour ainsi dire aucune exportation en direction de la Russie en août et septembre. Nous espérons aussi une solution rapide au conflit dans l'est de l'Ukraine."

La Belgique est connue pour ses exportations de poires vers la Russie. Après l'Italie, notre pays occupe d'ailleurs la deuxième place en Europe au classement des principaux producteurs de poires. Environ 90% de notre production de poires est exportée. Malgré l'embargo russe, Philippe Appeltans entrevoit "de nombreuses opportunités" pour les poires belges.

La récolte ne devrait en effet pas être extraordinaire dans plusieurs pays européens, comme en Turquie où elle est attendue en baisse de 25%, alors que la situation en Belgique est bonne. "Nous pouvons nous focaliser sur de nouveaux marchés", poursuit-il, estimant que l'embargo russe ne devrait pas avoir de répercussion sur les prix.

Les producteurs belges de fruits et légumes nourrissent également de l'espoir à la suite de ce qui se passe en Pologne depuis l'instauration la semaine dernière d'un embargo russe sur certains fruits et légumes. "J'ai parlé de cette situation avec un collègue polonais. Depuis l'embargo russe, la demande intérieure y a quadruplé. Il a tout vendu", conclut Philippe Appeltans.

Crédit : Christophe Bortels

L'embargo de la Russie "conduira inévitablement à des licenciements"
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... mais pour la fédération belge de la viande, "cela conduira inévitablement à des licenciements"

L'embargo russe sur les produits agroalimentaires se fera particulièrement ressentir parmi les abattoirs belges. "C'est un coup très dur pour le secteur et cela conduira inévitablement à des licenciements", réagit l'administrateur délégué de la Febev, la Fédération belge de la viande, Thierry Smagghe. Il évalue à 500, sur 5.000, le nombre d'emplois excédentaires. Un embargo russe était déjà en vigueur depuis le début de l'année sur la viande de porc, après la découverte de cas de fièvre porcine africaine en Lituanie. "Nous pensions arriver à une solution d'ici septembre mais désormais l'embargo est confirmé pour une longue période. Nos membres devront tirer leurs conclusions", déplore Thierry Smagghe, évoquant une "guerre économique".

Les chambres froides des abattoirs sont déjà remplies de viande qui ne peut être vendue. Au sein des entreprises fortement dépendantes de la Russie, une partie du personnel se trouve déjà en chômage technique, selon la Febev. "Plusieurs vont devoir fermer leurs portes. Jusqu'à présent, nous avons pu continuer à stocker mais si cela dure encore longtemps, cela n'aura plus de sens".

L'embargo russe est désormais étendu à la viande bovine mais la Febev estime qu'il est possible de trouver d'autres marchés à l'exportation. Les exportations de viande bovine vers la Russie sont néanmoins beaucoup moins importante que celles de viandes de porc.

Au 31 juillet 2014, la Febev avait estimé que l'embargo russe sur la viande de porc avait déjà coûté 40 millions d'euros au secteur belge sur les six derniers mois.

Le secteur laitier craint une baisse des prix

Le secteur laitier redoute que l'embargo sur les produits agroalimentaires décrété par la Russie n'entraîne les prix à la baisse sur le marché européen. Les entreprises risquent dès lors d'enregistrer des revenus moindres, ce qui pénalisera les éleveurs, craint-on à la Confédération belge de l'industrie laitière (CBL). Les entreprises belges du secteur laitier ont exporté en 2013 pour quelque 20 millions d'euros à destination de la Fédération de Russie. "Ce n'est pas notre principal marché. Les exportations se sont montées à 500 millions d'euros et la Russie n'était que notre quatrième marché à l'exportation", souligne Renaat Debergh, de la CBL. Si des d'emplois ne sont pas directement menacés, le secteur craint les conséquences indirectes de la décision russe.

Un tier du formage et plus d'un quart du beurre européen est écoulé en Russie, souligne encore la CBL. Si les portes du marché russe se referment, une forte pression sur les prix pourrait s'en suivre alors que les quotas laitiers européens seront abolis au 1er avril 2015. "La Russie était un marché en croissance sur lequel nous fondions nos espoirs. Nous espérons donc rapidement qu'une solution puisse être trouvée au conflit en Ukraine", conclut Renaat Debergh.


Un impact de maximum 25 millions d'euros sur les exportations wallonnes

L'instauration par la Russie d'un embargo sur la plupart des produits alimentaires en provenance des pays d'Europe aura un impact sur les exportations wallonnes, en année pleine, pouvant aller jusqu'à 25 millions d'euros, a-t-on appris jeudi auprès de l'Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers (AWEX). "Dans un premier temps, l'embargo semblait concerner le bœuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait, les légumes et les fruits. En année complète, cela représente un manque à gagner de 10 à 12 millions d'euros pour les exportations de la Wallonie", explique Christian Verdin, directeur général commerce extérieur à l'Awex. "Mais il semble que l'embargo russe concerne également les produits alimentaires manufacturés. Si on ajoute la liste complète des préparations alimentaires, on pourrait alors arriver à un impact de 24 à 25 millions d'euros sur les exportations wallonnes".

"Ce sont des chiffres interpellants, l'impact n'est pas négligeable, mais la Russie n'est pas, et de loin, notre premier marché à l'exportation", nuance toutefois Christian Verdin. Concrètement, la Russie représentait en 2013 0,84% de l'ensemble des exportations wallonnes, soit un montant de 337,35 millions d'euros. "Et les produits alimentaires ne représentent que 7% de ces 0,84%".

Parmi les produits alimentaires, la rubrique la plus importante des exportations wallonnes vers la Russie est celle du lait et des produits dérivés (yaourt, fromage, etc.). Viennent ensuite la viande, les produits de la minoterie (farines), les préparations alimentaires et puis seulement les fruits et légumes.

S'agissant des exportations wallonnes en général vers la Russie, ce sont les produits des industries chimiques qui composent la plus grosse part (35%), suivis des machines et équipements mécaniques (18%), des métaux et ouvrages métalliques (17%), des matières plastiques et des caoutchoucs (8%).

Au total, en 2013, le montant des exportations wallonnes s'élevait à 40,3 milliards d'euros (excluant le gaz naturel), un résultat en hausse de 2% par rapport à 2012.


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